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20 Janvier 2022 | 18, Shevat 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Culture/Télé

László Nemes, « Le fils de Saul » : « L’antisémitisme est toujours un énorme business politique et économique »

"L'antisémitisme est dans l'air que tu respires" (DR)

« Le fils de Saul » de László Nemes aborde d’une façon unique la Shoah de l’intérieur d’un camp de la mort. Un premier film qui a remporté le Grand Prix du festival de Cannes. Fait rare.

Actualité Juive : Qu’est-il important que nous entendions ?

László Nemes : Une voix, celle de l’expérience dans le camp de concentration. On est au cœur de l’extermination. La caméra suit un homme, donc on a un champ de vision restreint. L’imagination du spectateur recrée le contexte. Parce que j’ai essayé que ce ne soit pas un film de plus sur la Shoah, Claude Lanzmann l’a aimé. C’était déterminant, même si j’étais confiant.


A.J. : Comment avez-vous imaginé Saul ?

L.N : Ce sonderkommando, donc affecté au crématoire, est exceptionnel. Comme les autres, il doit faire en sorte que l’usine de morts fonctionne, et a dépassé les étapes émotionnelles classiques, après ce qu’il voit au quotidien. Saul est différent, têtu, obsessionnel. Il veut faire enterrer par un rabbin dans le camp un garçon mort pensant que c’est son fils. 


A.J. : En découvrant le livre de témoignages « Des voix sous la cendre » vous avez l’idée. Pensez-vous que sans vos origines juives vous l’auriez eue ?

L.N. : Non. De la déportation à l’extermination en passant par les caches et la résistance, toute ma vie j’ai entendu des histoires très variées des deux côtés de ma famille hongroise, cela me mettait en colère. Je n’ai jamais trouvé la réponse, pourquoi il fallait les tuer. J’étais donc motivé. Le fait de trouver ce livre sur les sonderkommandos a représenté une illumination. Il a été écrit dans les camps. Le film m’a permis de reconnecter le culturel avec le religieux comme avec quelque chose de perdu. Mais on vit aussi avec l’impression d’exister dans un monde en ruines. Ce qui était la vie juive très riche en Hongrie au début du vingtième siècle était extrêmement varié, et enrichissant pour la Hongrie aussi. Maintenant ce n’est que l’ombre de ce que cela a été. Au quotidien, on entend des remarques sur les juifs quand on prend le tramway. Mais est-ce mieux en France aujourd’hui ? L’antisémitisme est toujours un énorme business politique et économique. L’extrême droite et les néo nazis sont puissants. Aujourd’hui en Europe, on ne dit plus « Sale juif », mais « Sale sioniste ». À chaque fois, l’antijudaïsme primaire trouve des façons différentes d’exister. J’ai préparé mon film notamment à l’école Sam Spiegel de Jérusalem dans le cadre d’un atelier pour améliorer le scénario. Plus on attaque Israël, plus j’ai envie de le défendre. 

En salles : « Le fils de Saul » László Nemes avec Géza Röhrig

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