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07 Juin 2020 | 15, Sivan 5780 | Mise à jour le 04/06/2020 à 16h26

Chabbat Béhaalotékha : 21h36 - 23h01

Rubrique France/Politique

Alain Finkiellkraut et Gilles Bernhein débattent sur « Qu’est-ce qu’être juif et français ?»

Alain Finkielkraut et le grand rabbin Gilles Bernheim (DR)

Quelques jours après les attentats de Paris, une conférence à la Grande Synagogue de la Victoire accueillait le philosophe Alain Finkielkraut et le grand rabbin Gilles Bernheim pour les entendre diffuser leur lumière sur l’actualité.

En cette soirée du mercredi 18 novembre, qui aurait imaginé une telle affluence à La Victoire pour venir écouter deux intellectuels décrypter les récents événements qui ont secoué la communauté nationale et leurs représentants de la judaïcité ? Près de six cents personnes avaient fait le déplacement. Des chanceux qui ne furent pas déçus de la joute livrée par deux amis de longue date, Alain Finkielkraut et Gilles Bernheim qui, déjà il y a plus de vingt-cinq ans dans le cadre du Colloque des intellectuels juifs de langue française, avaient débattu aux côtés d’Emmanuel Levinas du thème général de la rencontre « La Bible au présent », de manière dissonante mais avec passion. Le philosophe Emmanuel Levinas fut d’ailleurs plusieurs fois cité au cours de la soirée.
Alors que le thème était prévu de longue date, « Qu’est-ce qu’être  juif et français ?», il s’est révélé être d’autant plus d’actualité trois jours après la sanglante nuit parisienne du vendredi 13 novembre. Les deux penseurs, chacun à leur tour, ne purent faire l’économie de commenter les sinistres attentats. Pour Gilles Bernheim, passé le temps des émotions, il importe de commencer à réfléchir grâce à des références et à se demander « qu’est-ce qui s’est passé en France qui fait que nous avons tant de mal à comprendre cette irruption de cet état de guerre » ? « Cette incapacité à nommer l’ennemi nous rend incapable de penser ce que l’ennemi nous veut » dit Gilles Bernheim et laisse le pays dans le désarroi.
Quant à Alain Finkielkraut, il nous a rappelé que les attentats ont mis un terme au bonheur de Dieu en France, selon cette expression des ostjuden appréciée des Israélites, « Heureux comme Dieu en France ». Le philosophe a rappelé sa diabolisation, sa relégation sous le terme de « réac », lui « un fils d’un rescapé d’Auschwitz nazifié alors même qu’il puise son inspiration dans Charles Péguy et non pas dans Maurice Barrès », alors même que son discours prédisait les événements actuels.


« Etre juif et Français ? »

Loin d’être un débat, les échanges sur le thème « Qu’est-ce qu’être français et juif ? » qui ont suivi, ont été l’occasion d’une argumentation complémentaire du rabbin philosophe éclairé et du brillant philosophe juif assimilé. Pour Gilles Bernheim, la question était de savoir comment faire de ses héritages, français et juif, une promesse et comment forger un avenir heureux entre ces deux identités ? Rappelant une pensée d’Emmanuel Levinas qui disait que « s’interroger sur son identité, c’est déjà l’avoir perdue », le grand rabbin a fait l’éloge de l’éducation et de l’étude. « Fais-toi un maître pour te forger une identité » disent les Pirké Avot. L’identité nationale ne peut exister sans références, celle de l’Histoire, et de l’attachement à la langue française. « Les espérances perdues nourrissent mon chagrin » a conclu le grand rabbin.
Poursuivant la réflexion de Gilles Bernheim, Alain Finkielkraut a évoqué « la promesse qui n’a pas survécu à Auschwitz ». Citant Wladimir Rabi écrivant en 1945 que « nous avons été la balayure du monde », assimiler la culture française et l’héritage national avait été la voie des Juifs de France. Comme la sienne. « Et l’antisémitisme est réapparu, mais ce n’était pas celui auquel on s’attendait car il venait de ceux qui étaient la cible des racistes. La renaissance d’une judéophobie s’est alors accompagnée d’une francophobie ». Aujourd’hui, les Français et les Juifs sont dans le même bateau. Et le philosophe a terminé avec ses mots terribles « Les Juifs sont très malheureux et je crains qu’un jour il n’ait plus leur place en France ».
Quel que fut le message douloureux transmis par Alain Finkielkraut et Gilles Bernheim, la richesse de la réflexion atténuait les malheurs du monde.

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