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16 Février 2020 | 21, Shevat 5780 | Mise à jour le 12/02/2020 à 17h37

Rubrique Israël

Comment les experts israéliens analysent les attentats de Paris

Gaby Ashkénazi (FLASH90)

Pour les spécialistes de la défense israélienne, les attentats de Paris s'expliquent d'abord par une conception du monde dépassée et inadaptée de la part de la France et des autres pays d'Europe.

« L'Europe n'était pas préparée à ce type d'attaque ». Au lendemain des attentats qui ont frappé Paris, le diagnostic de Gaby Ashkénazi est sans appel. Pour l'ancien chef d'état-major de Tsahal, la France n'est pas seule à avoir refusé de regarder la réalité en face, même après les attentats de janvier. Daech n'a jamais caché ses objectifs et c'est ouvertement que le mouvement terroriste a promis de s'en prendre à la France. Gaby Ashkenazi, comme d'autres responsables actifs de la défense israélienne estime que Daech a exploité les failles et les points faibles des régimes démocratiques européens, qui de leur côté ont préféré continuer à croire que le conflit se limitait au Proche-Orient et ne les concernait pas directement.

Pour faire face à cette nouvelle réalité qu'il est désormais impossible d'occulter, la doctrine de défense telle que les Israéliens la recommandent aujourd'hui à leurs alliés français et européens, repose sur trois piliers : frontières, renseignement et actions préventives. L'espace Shengen a vécu. La France et l'Europe, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ont voulu croire que les conflits de civilisation étaient révolus, et depuis la fin de l'ère soviétique, que leurs frontières pouvaient s'ouvrir sans limitation, car la démocratie avait gagné et ne serait plus jamais menacée. Le terrorisme islamiste vient de s'engouffrer dans la brèche qu'il faut donc refermer. Les Etats d'Europe vont devoir reprendre le contrôle de leurs frontières, et en particulier avec la Turquie, recommande notamment le ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon. 


Les mesures n’ont pas été prises

Le renseignement doit être plus efficace. « Les Européens ont compris qu'il y avait un danger, mais les mesures qui auraient dû être prises ne l'ont pas été, comme par exemple une réforme de la législation permettant l'écoute de terroristes potentiels » estime encore Moshe Yaalon. Sans tomber dans certains excès américains, il y a des dispositions qui peuvent améliorer le traitement et l'analyse des informations pour une utilisation optimale. Cela passe aussi par la coopération internationale, qu'Israël pratique déjà avec ses alliés européens, dont la France. « Israël a des informations. Nous ne sommes pas exactement un acteur subalterne dans ce domaine. Les renseignements que nous obtenons, nous les partageons avec la France et avec d'autres Etats concernés; et pas seulement depuis hier » a déclaré Binyamin Netanyahou au lendemain des attentats du 13 novembre.

« Quand on est en guerre, il ne faut pas avoir peur de tuer, et il ne faut pas avoir peur d'être tué » rappelle pour sa part le général Ashkenazi. « On ne vainc pas la terreur depuis le ciel », estime l'ancien chef d'état-major, convaincu que les frappes aériennes en Syrie ou en Irak ne seront pas la solution. « Daech a des points de vulnérabilité, surtout s'il est attaqué sur terre ». Des actions contre le mouvement terroriste sur son terrain sont possibles et nécessaires.

« En Europe, l'équilibre entre la sécurité et les droits de l'homme penchait jusqu'à présent en faveur des droits de l'homme. Mais il n'y a plus le choix : il faut faire pencher la balance du côté de la sécurité pour défendre la démocratie » affirme le ministre israélien de la Défense, qui espère que la France et l'Europe ont maintenant compris que « dans la lutte antiterroriste, nous sommes tous dans le même bateau ». 


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