Default profile photo

06 Juin 2020 | 14, Sivan 5780 | Mise à jour le 04/06/2020 à 16h26

Chabbat Béhaalotékha : 21h36 - 23h01

Rubrique Judaïsme

Peut-on étudier la Torah la veille de Noël ?

Au Moyen Age, les rabbins interdirent à leurs fidèles de se rendre à la synagogue et dans les maisons d’étude, afin de ne pas se mettre en danger (image d'illustration, Flash 90).

Certains ont l’habitude de s’abstenir d’étudier les textes saints la veille du 25 décembre, alors que les chrétiens se réunissent pour célébrer Noël. Bien que cette coutume possède plusieurs sources fiables, la grande majorité des communautés juives n’accordent aujourd’hui pas d’importance à ces restrictions.

Dans un passé pas si lointain, la nuit de Noël était propice aux règlements de compte. Certains villages chrétiens d’Europe organisaient des « chasses aux Juifs », peuple déicide, se défoulant après la messe de minuit, bercés par un antisémitisme ambiant. Il était donc particulièrement dangereux pour les Juifs de sortir le soir du 24 décembre. Les rabbins interdirent à leurs fidèles de se rendre à la synagogue et dans les maisons d’étude, afin de ne pas se mettre en danger.

Même lorsque les menaces disparurent avec le temps, les communautés d’Europe continuèrent à rester chez eux, s’abstenant d’étudier la Loi juive pour marquer le deuil des Juifs assassinés au fil des années ce soir-là, car un endeuillé ne doit pas étudier la Torah. « Pour que le deuil soit observé comme il se doit, explique le Rav Jérémy Habib, certains Sages exhortèrent même les Juifs de se priver de relation conjugale ce soir-là. » 


Bitoul Torah

Le Hatam Sofer (Rabbi Moché Schreiber, vers 1800), explique que ce soir-là, les chrétiens se lèvent à minuit pour la Messe. Les rabbins ont donc limité l’étude de la Torah avant minuit pour que les Juifs puissent se coucher tôt et se réveiller justement à minuit pour étudier. Il n’y aurait ainsi aucune accusation contre le peuple juif : « Eux prient leur dieu à minuit, et le peuple élu dort ? »

« Mais le principal problème de cette coutume, continue Rav Habib, c’est le ‘bitoul Torah’. C’est une grave faute de ne pas étudier la Torah lorsqu’on en a l’occasion. S’abstenir de se pencher sur un livre de Talmud le temps d’une demi nuit, voire d’une nuit entière, est loin d’être évident sur le plan halakhique. »

Pour éviter une perte de temps inutile, certains consacraient cette nuit à des réunions concernant les problèmes de leurs communautés à régler. Sur le plan kabbalistique, d’aucuns affirment que les forces d’impureté sont tellement fortes la nuit de Noël, qu’étudier la Torah permettraient d’alimenter ces forces. « C’est difficile à concevoir, affirme Rav Habib. Comment oser prétendre que la plus grande mitsva de la Torah qu’est l’étude, puisse alimenter l’impureté ? C’est contraire à toute logique ésotérique. »


Une pratique minoritaire

Cette coutume a beaucoup été répandue en France par le mouvement Habad. Il faut toutefois bien garder en tête que jamais le monde séfarade n’a pas pris cette habitude, et que même dans les communautés ashkénazes, elles étaient peu nombreuses à ne pas étudier.

Le Rav Ovadia Yossef (le grand décisionnaire séfarade contemporain) rapporte qu’il n’y a strictement aucun problème à s’adonner à la réflexion des textes sacrés la nuit de Noël, et c’est l’attitude acceptée par l’écrasante majorité des ashkénazim.

Powered by Edreams Factory