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29 Mai 2017 | 4, Sivan 5777 | Mise à jour le 29/05/2017 à 15h58

Chabbat Nasso : 21h28 - 22h52

Rubrique France/Politique

Benjamin Amsellem : « Je porte une casquette désormais. Cela me rassure »

Crédit DR

En exclusivité pour Actualité Juive, l’enseignant de l’école « La Source » a accepté de revenir sur son agression. Marqué par l’événement, il veut néanmoins en tirer un enseignement positif. « Cela a réveillé les consciences ».

Actualité Juive : Comment allez-vous une semaine après votre agression ? 

Benjamin Amsellem : C’était une semaine très éprouvante et en même temps très enrichissante. Ça a été dur psychologiquement. Mais je suis bien entouré par ma famille, mes amis, la communauté, les rabbins, notamment le grand rabbin de France, Haïm Korsia.

Le terroriste a voulu faire beaucoup de mal. Grâce à D-ieu, beaucoup de bien en est finalement sorti. Cela a réveillé les consciences, à la fois dans la communauté juive et parmi les hommes politiques et la société dans son ensemble. Des lettres de non-juifs, notamment des musulmans, m’ont été adressées de toute la France. 


A.J.: Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que votre agresseur n’avait que 15 ans et s’était radicalisé sur Internet ?

B. A. : C’est très effrayant. L’agresseur était un enfant normal, qui avait de bonnes notes en classe. Quand les gens ont des antécédents, ils peuvent être suivis, on peut anticiper. Là, c’était imprévisible. D’autant plus que notre quartier, Saint Tronc, est très tranquille. J’ai grandi ici. J’ai étudié à l’école où j’enseigne aujourd’hui. Je portais la kippa dans la rue et je n’avais jusqu’ici jamais rencontré le moindre souci.


A.J.: Est-ce que votre agresseur vous a dit quelque chose en vous attaquant ? 

B. A. : Je marchais pour aller à l’école et je n’ai pas vu arriver mon agresseur. J’ai commencé à sentir des coups dans le dos. Il m’a fallu quelques secondes pour réagir. Je me suis ensuite protégé comme j’ai pu avec mon livre. J’ai essayé de m’enfuir. J’ai trébuché. L’agresseur s’est mis alors devant moi. Il n’a rien dit, mais son visage était rempli de haine. J’étais convaincu à ce moment-là qu’il voulait me tuer. J’ai senti son intention dans son regard. Je n’avais aucun doute là-dessus.


A.J.: Comment réagissez-vous au débat en cours sur la kippa ?

B. A. : Zvi Ammar a parlé comme un père à ses enfants. Il a un souci de protection pour sa communauté. Sa première réaction a été de dire : « protégez-vous ». J’en ai discuté avec des rabbins ces derniers jours. Si on peut se protéger tout en respectant la hala’hah qui demande de se couvrir la tête, c’est préférable. En ce moment, personnellement, je porte une casquette. Cela me rassure. 


A.J.: Et vos enfants ? 

B. A. : Mes enfants aussi. Jusqu’ici, la question ne se posait pas pour moi. Mais je leur ai demandé de porter une casquette depuis mon agression. 


"Il faut réussir à surmonter cette peur "

A.J.: Est-ce qu’il est difficile d’être juif et d’être pratiquant ces temps-ci à Marseille ? 

B.A. : Dans certains quartiers, je ne me serais pas promené avec une kippa sur la tête, notamment dans les quartiers nord de la ville. Mais je n’ai jamais eu de problème en me promenant avec une kippa. Ce qui m’est arrivé est exceptionnel mais cela fait peur. Une tension s’est installée depuis la semaine dernière. Les gens, juifs ou pas, sont inquiets. Le fait que cela se soit passé dans un quartier aussi calme du IXe arrondissement a renforcé ces craintes. Mais il faut réussir à surmonter cette peur. 


A.J.: Avez-vous repris votre activité professionnelle ? 

B. A. : J’ai besoin de repos pour l’instant. Un suivi psychologique m’a été proposé ainsi qu’à ma famille. Mais tout cela est encore frais. Il y a une reconstruction à faire. J’aimerais être en pleine forme lorsque je reviendrai devant mes élèves de CM2 pour leur apporter le meilleur. 


A.J.: Avez-vous reçu des messages de vos élèves ? 

B. A. : Oui beaucoup. « On vous attend », « Refoua chelema » (« Bon rétablissement »), « on vous aime bien ». 


A.J.: Est-ce qu’il vous est arrivé ces derniers jours de penser à réaliser votre alyah ?

B. A. : Il est évident que j’aime Israël. Mais il y a une grande communauté à Marseille et l’on s’y sent bien. Je me sens bien en France. 

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