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17 Décembre 2017 | 29, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique France/Politique

« Et la perruque, on en fait quoi ? » A Marseille, les Juifs s'interrogent sur leur avenir

Le vieux port de Marseille (DR)

Les propos du président du consistoire de Marseille semblent avoir surtout agacé les habitants juifs de la cité phocéenne que nous avons interrogés. D’autant que pour les personnes concernées, il s’agit avant tout d’une démarche individuelle déjà mûrement réfléchie.

Après la tempête médiatique provoquée par les propos de Zvi Ammar quant aux risques liés au port de la kippa à Marseille, les Juifs marseillais s’interrogent. S’ils peuvent comprendre le souci sécuritaire qui a motivé le président du Consistoire local à parler ainsi, ils déplorent en revanche que celui-ci ait fait publiquement part de sa peur. « C’est faire plaisir à ceux qui nous cherchent des problèmes. Ils veulent nous mettre à genoux. Or, nous demander de retirer la kippa, c’est courber l’échine », regrette ainsi Alain, père de famille marseillais, habitant le quartier du Prado. Pour ce quadragénaire, le sujet n’aurait jamais dû être exprimé sur la place publique. « Quel intérêt ? s’interroge-t-il. Ceux qui portent la kippa n’attendent pas de consigne de qui que ce soit – si ce n’est peut-être de leur propre rabbin – pour le faire ou non ».

Alain, comme d’autres Juifs marseillais pratiquants, dit ne pas avoir attendu les consignes formulées suite à l’agression commise la semaine dernière pour prendre conscience du danger. « C’est une question de bon sens. Porter une kippa, aujourd’hui à Marseille où dans n’importe quelle autre ville où l’insécurité menace expose à un certain danger. Tout comme porter une montre de valeur ou des bijoux d’ailleurs ». En ce qui le concerne, porter la kippa dans la rue s’assortit de conditions. « Dans mon quartier, situé du “ bon côté ” de Marseille, la synagogue se trouve à moins de trois cents mètres. Je la porte donc pour y aller le chabbath. En revanche, lorsque je passe les fêtes chez mes parents, qui habitent de l’autre côté de la ville et qui sont plus loin de leur synagogue, je préfère opter pour la casquette. Surtout lorsque mes enfants viennent avec moi », résume-t-il.

   

« Faire preuve de discrétion est une chose, retirer la kippa en est une autre »

Isabelle, mère de famille, déplore elle aussi cette prise de parole publique. « Et la perruque, on en fait quoi ? », se demande cette femme qui se couvre la tête au quotidien. « Les religieuses se font tout autant remarquer avec leurs manches longues et leurs collants en été. Quant aux rabbins, ce n’est pas une casquette qui va les rendre plus discrets ».

Jérémy, étudiant d’une vingtaine d’années, habite du côté de la Rose, quartier populaire, situé plus au nord de la ville. D’après lui, la question de la kippa n’est qu’accessoire. « Avec ou sans, on nous reconnaît », estime-t-il sans avoir tort. « Les religieux qui portent la casquette à la place de la kippa ont une façon de la porter qui fait qu’on ne va pas les confondre avec les autres. Et même sans casquette, il y a une allure, une démarche, une attitude qui fait que si un type cherche à en découdre avec un Juif, il va facilement le repérer ». Traditionaliste, ce jeune homme dit porter la kippa le chabbath et les jours de fête et affirme ne pas avoir l’intention de changer ses habitudes.

« Nous dire de faire preuve de discrétion, c’est une chose. Nous demander de retirer la kippa, c’en est une autre. Je peux comprendre les consignes telles que “ne restez pas attroupés aux abords des lieux communautaires”. Je refuse en revanche qu’à l’intérieur de ma communauté, on me demande de renoncer à une attitude qui relève du choix religieux », analyse Philippe, un commerçant marseillais. Pour lui non plus donc, hors de question de planquer sa kippa dans sa poche. « Au contraire, ajoute-t-il. Je me demande si je ne vais pas désormais la porter plus souvent ». 

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