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30 Novembre 2020 | 14, Kislev 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Israël

Gerald Steinberg : « Je ne suis pas inquiet pour le débat en Israël, mais pour ce qui se passe dehors »

Crédit : WIKIPEDIA.

Le professeur Steinberg est un homme très occupé. Le directeur et fondateur de NGO Monitor expose depuis 15 ans le fonctionnement et les ressources des organisations non gouvernementales israéliennes qui opèrent sur des fonds publics étrangers. Sa dernière révélation en date : une subvention de 30 000 euros accordée à Betselem par le Fonds Européen pour la Démocratie, pour faire campagne contre le projet de loi sur l'identification des ONG. Mais Gerald Steinberg n'est pas un censeur. Il veut un vrai débat public en Israël, pas un procès d'Israël à l'étranger.

Actualité Juive Comment voyez-vous la mission de NGO Monitor aujourd'hui ? Plus ou moins facile qu'avant ?

Gerald Steinberg : Un peu des deux. Nous arrivons mieux aujourd’hui à exposer les activités et les modes de financement des ONG, nous obtenons beaucoup plus d’informations sur leur programme politique. Il y a plus de coopération et de transparence de la part des organisations et des Etats donateurs, ce qui rend beaucoup plus difficile le maintien du secret. Mais d’un autre côté, le ton se fait beaucoup plus dur. Nous sommes beaucoup plus traités de "fascistes" ou de "racistes" dès que nous exposons ces ONG. Les attaques verbales se font beaucoup plus violentes.


A.J.: Que pensez-vous du projet de loi sur la transparence des ONG ?

GS : C’est un problème aigu, mais je ne crois pas que la solution soit dans la législation. C’est plus symbolique que réel, ce projet de présenter les ONG comme agents étrangers, ça ressemble d'ailleurs à ce qui existe dans la législation des Etats-Unis, même s’ils affirment le contraire. C’est symbolique parce que ce n’est pas ça qui va dissuader les gouvernements de donner de l’argent aux ONG ni de poursuivre leur plan politique. Il n’y a pas besoin d’une nouvelle loi. La loi de 2011 sur le financement des associations a beaucoup amélioré les choses, mais elle n’est pas encore suffisamment appliquée. La vraie action doit être sur le front diplomatique. Il a fallu des années aux responsables politiques pour comprendre l’importance du problème et que rien ne pourrait se faire sans la coopération du bureau du Premier ministre et du ministère de la Justice. La ministre précédente [NDLR : Tsipi Livni] ne voulait pas affronter les pays donateurs. Maintenant c’est en train de changer. Et puis certains Etats européens commencent à comprendre que soutenir ce genre d'organisations, c’est contre-productif. Ça ne marche pas, au lieu d’apporter plus de débat démocratique, cela provoque plus de radicalisation.


« Il faut un vrai débat public »

A.J.: Quel lien y a-t-il entre le BDS et les ONG ?

GS : Des organisations comme Breaking the Silence siègent dans des événements en Afrique du Sud ou en Europe aux côtés de partisans du BDS. Elles servent de feuille de vigne, d’alibi, pour montrer que les militants du BDS ne sont pas antisémites. Elles se font instrumentaliser. Et puis il y a beaucoup de circulation entre les différentes ONG, on retrouve les mêmes activistes qui passent de l’une à l’autre. Il y a aussi des organisations qui sont réellement extrémistes comme Taayiush [NDLR : groupe affilié au mouvement d'ultragauche Alliance for Global Justice], qui n’a même pas de statut légal en Israël. Mais le problème c’est que les ONG comme Betselem et d'autres ne tracent pas de frontières claires sur le débat politique et ne disent pas « jusque-là et pas plus loin » elles ne désavouent pas publiquement des extrémistes comme Taayiush. Elles préfèrent accuser la droite d’extrémisme. Les Palestiniens aussi instrumentalisent ces ONG en suivant leur propre agenda politique.


A.J.: Voyez-vous un vrai danger pour la démocratie, pour l'Etat d'Israël ? 

GS : Je ne suis pas inquiet pour le débat israélien, mais pour ce qui se passe dehors. Ces organisations comme Breaking the Silence utilisent l’argent qu’elles reçoivent pour participer à des manifestations à l’étranger et pas pour agir en Israël. Elles ne sont pas là comme elles l’affirment pour renforcer la démocratie israélienne mais pour dénoncer Israël sur toutes les scènes internationales et l’accuser de crimes de guerre. Elles causent un dommage physique réel à Israël. Le ton général aussi est beaucoup plus dur, virulent. Dans les médias, dans les discussions, les associations de différents bords s'affrontent à coups de dénonciations, d'insultes. Tout cela est malsain.


A.J.: Où est le point d'équilibre ?

GS : Il faut un vrai débat public et pas une loi. Il faut plus de contrôle, plus de critique. Il faut dénoncer le vrai  caractère de ces ONG qui n'est pas moral, mais bien politique. Elles exploitent leur statut pour mener une action politique. C'est vrai qu'il y a une maladie. On est dans des situations de plus en plus complexes. Mais en même temps le pays apprend à les affronter. Il y a 15 ans ou même 5 ans, peu de responsables politiques reconnaissaient qu’il y avait un problème avec les ONG. Aujourd’hui ils sont de plus en plus nombreux à le reconnaître. Je pense que ce sera encore mieux dans quelques années. Et puis j’ai confiance dans la capacité des citoyens israéliens à comprendre, à critiquer et à débattre. On ne peut pas leur faire avaler n’importe quoi. 

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