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06 Juin 2020 | 14, Sivan 5780 | Mise à jour le 04/06/2020 à 16h26

Chabbat Béhaalotékha : 21h36 - 23h01

Rubrique Judaïsme

La Rabbanit Henkin, une femme exemplaire

Le billet de Joëlle BERNHEIM Directrice de la Maison d’Etudes Juives Au Feminin

Nous évoquions ici même,  l’assassinat,  pendant la fête de Souccot, du Rav Eitam Henkin et de sa femme Naama, sous les yeux de leurs quatre enfants âgés de 9 ans à 4 mois. Nous ne savions pas encore, que cette tragédie ouvrait une nouvelle vague d’attentats terroristes en Israël dont nous ne voyons pas la fin. Eitam, le Rav Eitam Henkin, était, le rappelions-nous, le fils de nos amis et partenaires le Rav et la Rabbanit Henkin. ‘Hanna Henkin fondatrice et directrice depuis 25 ans à Jerusalem de la Midrasha Nishmat, institution pionnière et de pointe concernant l’étude de la Torah au féminin.

Quelques jours après s’être relevée de la Shiva pour son fils, la Rabbanit Henkin s’adressait aux étudiantes de Nishmat. Sa dignité, son courage, sa force morale forcent l’estime. Sa foi et son courage sont clairement les piliers fondateurs de Nishmat. L’expression d’une foi adulte, aboutissement d’un cheminement spirituel dans un judaïsme qui comme le disait Emmanuel Levinas est une religion d’adultes.

 Nous reproduisons ici un extrait de ses propos.

« Nous traversons une période extrêmement difficile ... Le monde entier vient à moi, disant, «Sois forte, sois forte». Je veux leur dire: «Ma foi EST forte. Je n’ai jamais cru qu’Hakadoch Barou’h Hou (D.ieu) était là à nous distribuer des prix et récompenses. Je ne suis pas déçue de Lui. Hakadoch Barou’h Hou nous a placé dans ce monde pour remplir un objectif. Chacun de nous a un rôle à jouer dans l’accomplissement de la mission divine. Parfois ce rôle est plaisant et gratifiant. Parfois il ne l’est pas. Mais chacun de nous doit accomplir sa mission propre, c’est pour cela que nous sommes dans ce monde. Aujourd’hui la famille Henkin est en train d’apprendre à tenir un rôle nettement moins plaisant, et ceci est lié au fait que le destin de notre famille est indéfectiblement lié à celui de l’Etat d’Israël et du peuple juif depuis tant d’années.

Malheureusement depuis le retour des Juifs sur la terre d’Israël à l’époque moderne, de nombreuses vies ont été perdues. Mais ce qui est important c’est que nous comprenions ce que nous sommes en train de vivre, en dépit de ce tribut si lourd. Nous vivons une période décisive de notre histoire. En dépit de tout, je crois de tout mon être que les miracles dont nous sommes témoins - la fondation de l’Etat d’Israël, le rassemblement des exilés venus de tous les confins du globe, ne sont pas moins puissants que les miracles qui ont accompagné la sortie d’Egypte.

Nous sommes tous mis à l’épreuve. La période est très loin d’être facile. Mais nous allons de l’avant. Nous avons un objectif, et nous voulons remplir cet objectif. Notre rôle, maintenant, tout de suite, chères étudiantes, est de retourner à l’étude de la Torah, de travailler et cultiver nos «middot» (nos qualités morales, les vertus), et d’aller toujours plus loin et plus avant dans Ahavat Israël, l’amour d’autrui et du peuple d’Israël.

J’espèrerais pouvoir être comme une Bat kol (littéralement une fille de la Voix exprimant l’attente divine) capable d’appeler et de favoriser l’unité du peuple juif. Grandissons dans l’Amour de notre peuple, multiplions les bonnes actions. Ensemble nous allons paver le chemin. »

 

La posture morale et spirituelle de la Rabbanit Henkin confrontée à l’épreuve ultime de la perte d’un fils, qui plus est l’héritier spirituel, le continuateur, nous renvoie directement à une conception de la foi juive, aussi hautement héroïque et exigeante que celle de la Rabbanit Henkin, celle qui est explicitée par le ‘Hazon Ich (Harav Avraham Yeshaya Karelitz (1878-1953), dans son opuscule «Emounah et Bita’hon (Foi et Confiance en D.). Il dit en substance. On observe un contresens très répandu concernant la notion de Bita’hon- confiance. Comme si cela signifiait que chaque fois que l’homme se trouvait face à un avenir incertain, le Bitah’on exigerait d’avoir une confiance parfaite que tout finalement se déroulera dans le sens de son espérance. S’il n’est pas dans cette disposition d’avoir totalement confiance que tout se passera pour le mieux, ce serait du fait d’une insuffisance de sa foi. Ce serait un grave contresens d’après lui. Le vrai Bitah’on exigerait d’avoir la ressource de penser et de croire, que même si l’issue est l’épreuve, l’homme aura confiance de penser qu’il va trouver avec l’aide de D. les forces, et les moyens de faire face et dépasser  l’épreuve qui l’amène immanquablement dans un-delà, et un autre lieu de lui-même qu’il n’aurait su concevoir.

Madame la Rabbanit Henkin se situe à cette hauteur.

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