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17 Février 2020 | 22, Shevat 5780 | Mise à jour le 12/02/2020 à 17h37

Rubrique Sport

«Opération couvre-chef» au stade Vélodrome, l'autre match de l'OM

"On ne doit pas agresser quelqu’un parce qu’il a une kippa" (DR)

A quelques heures du match OM-Montpellier (16e de finales de Coupe de France), plusieurs groupes de supporters marseillais ont répondu à l'appel du grand rabbin de France Haïm Korsia. Ils porteront un couvre-chef pour afficher leur solidarité aux Juifs, dix jours après l'attaque à la machette d'un enseignant juif de la ville.

Cette saison, l’OM fait peine à voir à domicile. Alors que l’équipe dirigée la saison dernière par Marcelo Bielsa avait bâti sa réussite sur ses statistiques au Vélodrome (13 victoires en 19 matchs), le club n’a connu le goût de la victoire qu’à deux reprises sur ses terres depuis août : contre Troyes (6-0, 3e journée) et face à Bastia (4-1, 5e journée). Depuis ce 13 septembre, les nuls et les défaites s’enchaînent, les joueurs de Michel, le successeur d’"El Loco" sur le banc, sauvant les meubles à l’extérieur (5 victoires en 10 rencontres). C’est donc avec quelques nuages au-dessus de leurs têtes que ces derniers fouleront la pelouse du Vélodrome ce soir face à Montpellier, pour le compte du 16e tour de la Coupe de France. Le bon moment pour un sursaut ? Peut-être, mais l’essentiel se jouera, une fois n'est pas coutume, ailleurs que sur la pelouse. En contre-champs.

Au lendemain de l’agression à la machette d’un enseignant juif, Benjamin Amsellem, par un adolescent de 15 ans à Marseille, qui a suscité un débat national sur le port de la kippa, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, a en effet lancé un appel aux supporters de l’OM :

« Lors du prochain match de l'OM, contre Montpellier, j'appelle tous les spectateurs à venir avec un couvre-chef quel qu'il soit : une casquette, un chapeau, un bonnet... Une façon de dire : on est solidaires. »

 Pour Raphaël Haddad, conseiller en communication du grand rabbin Korsia, le choix du stade comme théâtre de cette opération s’est imposé de lui-même. « Puisque la question était celle de la légitimité des Juifs à être Juifs dans l’espace public, on s’est dit qu’il fallait en faire la démonstration. Et le cœur de cette ville, c’est le Vélodrome ». Rapidement, l’appel fait son chemin sur les réseaux sociaux. « On savait qu’existait un double risque : qu’il suscite le rejet ou pire l’indifférence » nous confie-t-il mercredi, à quelques heures du match. « Mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. La proposition a rencontré un grand écho dans la communauté et au-delà ».

L’enjeu principal de l’affaire résidant dans la portée du dit « au-delà », les regards se sont tournés vers les supporters du club marseillais. Des premiers contacts sont pris dès mercredi par l’équipe du grand rabbinat de France. Un échange se tient également entre Haïm Korsia et le président du club, Vincent Labrune. « L’OM n’a à aucun moment montré une quelconque forme de réserve vis-à-vis de cette manifestation. On aurait peut-être apprécié néanmoins que la direction aille plus loin ».

 

Soutien des supporters

Trois groupes de supporters affichent rapidement leur solidarité à la démarche. Le Club central des supporters de l’OM d’abord, historiquement le premier groupe de fans (création en 1972, l'ère des Skoblar et Magnusson) et qui compterait aujourd’hui environ 2500 membres. Dans un communiqué publié sur leur site le 14 janvier, on pouvait lire :

« Quelles que soient nos origines, nous sommes des hommes et des femmes qui souhaitons vivre librement et en paix. Porter un couvre-chef, un chapeau, une casquette…Mercredi 20 janvier, au stade, suite à l’appel du grand rabbin de France, pour simplement faire passer un message de solidarité, pour que tous ces attentats, ces agressions cessent. Pour ne plus avoir peu d’être ce que vous êtes, pour que toutes nos cultures soient une richesse. Pour notre liberté ? Fiers d’être marseillais, français, chrétien, orthodoxe, juif, musulman…Fiers d’être ce que vous êtes. Mais toujours dans la non-violence, le fair-play et le respect ». 

Le Handi fan club et surtout le Club des amis de l’OM, et ses 3500 membres, ont suivi.

Quant aux Yankees, ils n’ont finalement pas souhaité prendre part à l’action initiée par le grand rabbin de France. « Leur numéro 2, Christian Coulibaly, m’a dit qu’il y adhérait et qu’il appellerait ses membres à le faire. Leur numéro 1, Michel Tonini, m’a expliqué ensuite qu’il adhérait à l’idée mais qu’il ne le ferait pas ». Interrogé par Le Monde,M. Tonini se justifie en affirmant que « les clubs de supporters de l’OM n’ont pas à porter sur leurs épaules les problèmes issus d’un fait divers dramatique qui rejaillit sur le pays ». « Il considère qu’il ne suffit pas de se payer de mots mais qu’il faut mener des actions sur le terrain » juge Raphaël Haddad, président de l'agence de communication Mots-Clés.

Contacté par Actualité Juive, le président du Club des amis de l’OM explique sa décision par la dimension « cosmopolite » de la ville. « Il y a de la place pour tout le monde ici » explique au téléphone Patrick Hamou, de son accent chantant. « On ne doit pas agresser quelqu’un parce qu’il a une kippa. Quand on voit un match de ballon, il n’y a pas de couleur, pas de religion ».

« Haim Korsia a volontairement parlé de couvre-chef et pas de kippa car c’est un signe propre aux Juifs. Ca serait comme demander aux Juifs de porter une croix en soutien aux chrétiens d’Orient » abonde Raphaël Haddad. « Par contre, on peut demander aux supporters d’avoir un geste qui exprime une solidarité ».


Affluence en berne 

Combien seront-ils ce soir à couvrir leurs têtes ce soir alors que la température ne devrait pas dépasser les 10 degrés au moment du coup d’envoi, à 21 heures ? Affectée par les résultats décevants du club en championnat et les tensions lancinantes entre supporters et direction olympienne sur la gestion des abonnements, la billetterie est à la peine et la tendance à la baisse ces dernières semaines ne devrait pas s’inverser ce soir : 15 à 25 000 spectateurs sont attendus dans un stade dont la capacité atteint 67 000 places. De quoi potentiellement impacter la portée de l’opération. « C’est pour cela que les groupes de supporters ont préféré déclaré en amont leur adhésion à notre démarche » note M. Haddad.

De son côté, Patrick Hamou ne se lance pas dans des estimations à l’emporte-pièce sur le nombre de participants à l'opération. « C’est difficile à dire. Cela va notamment dépendre de l’affluence et la gestion des matchs de Coupe de France est particulière en matière de billetterie » avance Patrick Hamou. Il est beaucoup moins dubitatif sur l’issue du match : « Allez l’OM ».

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