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24 Mars 2017 | 26, Adar 5777 | Mise à jour le 23/03/2017 à 17h41

Chabbat Vayakel-Pekoudé : 18h51 - 19h59

Rubrique France

Anne-Laure, soeur d'Ilan Halimi : « Depuis Ilan, la situation s’est aggravée pour les juifs en France »

Crédit DR

Anne-Laure Halimi-Abitbol se confie sur les dix années qui ont passé depuis l’assassinat de son frère par le Gang des Barbares.

Actualité Juive: Dix ans ont passé depuis l’assassinat de votre frère. Comment allez-vous ?
Anne-Laure Halimi :
C’est difficile. On ne pourra jamais faire le deuil d’Ilan, mais on est obligés de s’accrocher et de continuer à vivre, ne serait-ce que pour ceux qui sont encore là. Ma mère, ma soeur, moi-même, j’ai des enfants, on n’a pas le choix. Sincèrement, on ne se pose pas vraiment la question . Ça va, même si on pense à lui tous les jours.

A.J.: A la maison, sa chaise est toujours vide ?
A.-L. H. :
Bien sûr. Ilan a laissé derrière lui un vide immense. Il était l’homme de la famille, c’était le seul garçon. Le manque est toujours là et il le sera toujours, mais on fait avec, au moment des fêtes ou quand que ce soit. Pour les gens de l’extérieur, dix ans, cela représente un cap. Mais pour nous, la famille, cela ne signifie pas forcément quelque chose. Ce n’est pas plus fort qu’après deux ou trois ans. Le vide est toujours là, au même niveau. C’est comme si c’était hier. La seule chose qu’on regrette, c’est que les crimes antisémites ont continué depuis dix ans. Qu’Ilan a été le premier mais malheureusement pas le dernier.

A.J.: Vous souvenez-vous de ces vingt-quatre jours ?
A.-L. H. : 
Ils resteront gravés dans ma mémoire. J’étais jeune et à mille lieux de savoir ce qui se passait derrière ces vingt-quatre jours. Je n’imaginais pas Ilan être torturé pendant ces semaines. Si on avait su comment ça se terminerait, on aurait peut-être agi autrement, ou fait quelque chose. Je ne sais pas.

« Ilan a laissé derrière lui un vide immense. Il était l’homme de la famille »

A.J.: Votre mère a souvent exprimé des remords de n’avoir pu sauver son fils. Comprenez-vous son sentiment ?
A.-L. H. :
Je le comprends. On a tous des remords. Moi-même en tant que soeur, je me dis que je n’ai peut-être pas fait ce qu’il fallait, que je ne l’ai peut-être pas assez aidé. Aujourd’hui, ma mère avance grâce à la Torah, grâce à ses enfants et à ses petits-enfants.

A.J.: Etes-vous toujours en colère contre ces voisins qui savaient et qui se sont tus et ces policiers qui ont multiplié les loupés ?
A.-L. H. :
Les voisins auraient pu faire quelque chose, oui, mais la colère est passée. Nous, ce qui nous reste, c’est l’absence d’Ilan. On n’oublie pas ce qu’ils ont fait et on leur en veut parce que si l’un d’entre eux avait seulement dit quelque chose, Ilan aurait peut-être été en vie. Quant aux policiers, ils ont fait ce qu’ils pouvaient. Après il y a eu des failles... Mais on les a vu travailler.

A.J.: De savoir que les membres du Gang des Barbares sont quasiment tous sortis de prison aujourd’hui, qu’est-ce que cela vous inspire ?
A.-L. H. :
Que la justice est mal faite. Tout le monde a dit « J’ai rien fait » alors que tout le monde avait sa part dans ce qui est arrivé à Ilan. Que les trois quarts soient aujourd’hui dehors, c’est difficile. C’est trop tôt. Il y a des gens qui, pour moins que cela, prennent beaucoup plus d’années de prison. Une fois, il m’est arrivé de croiser dans le métro une fille mêlée à l’assassinat de mon frère. C’était très dur de savoir qu’elle était là, comme moi, et qu’elle vivait sa vie alors que ma vie à moi n’était plus la même.
 
A.J.: Les préjugés et le climat antisémite qui ont entraîné la mort de votre frère sont-ils toujours aussi forts selon vous ?
A.-L. H. :
Plus forts encore. Depuis Ilan, la situation s’est aggravée pour les juifs en France. Leur vie s’est dégradée. Plus ça va, plus on a peur. Moi-même j’ai peur, ainsi que pour mes enfants. Les actes antisémites sont de plus en plus fréquents.

A.J.: Avez-vous le sentiment que, dans le fond, la France n’a pas tiré les leçons de l’assassinat de votre frère ?
A.-L. H. :
Tout à fait même si je ne sais pas ce qu’auraient dû être ces leçons. On voulait que l’assassinat d’Ilan serve à quelque chose, mais quand on voit tout ce qui s’est passé depuis, on se dit qu’il n’a été que le premier. Cela nous attriste.

A.J.: Votre frère est devenu l’enfant de tout le peuple juif. Pouvez-vous témoigner de ces marques de solidarité ?
A.-L. H. :
Oui et elles ont été d’un grand réconfort pour toute notre famille, en particulier pour ma mère. Nous avons été très touchés par les paroles et les lettres. Cette solidarité est la force du peuple juif.

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