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07 Juin 2020 | 15, Sivan 5780 | Mise à jour le 04/06/2020 à 16h26

Chabbat Béhaalotékha : 21h36 - 23h01

Rubrique Judaïsme

Paracha Ki Tissa: Une Torah inaccessible au regard

La Rabbanite et psychologue Joëlle Bernheim (J.B)

Joëlle Bernheim, directrice de la Maison d’Etude Juive Au Féminin.

«Comme il s’approchait du camp, il aperçut le Veau et les danses, la colère de Moïse s’enflamma, il jeta les tables de ses mains, et les brisa au pied de la montagne»(Exode 32,19). D. lui rendra hommage pour cet acte exemplaire (1). En effet Moïse a fait oeuvre salutaire en brisant les Tables de la Loi: il s’est rendu compte nous dit Rabbi Meïr Hacohen de Dvinsk, que «s’il leur avait remis les Tables de la Loi, ils n’auraient fait que remplacer le Veau d’Or par las Tables, et ne se seraient ainsi guère écartés de leur faute»(2).

Il ajoute, que par cet acte éminemment spectaculaire, Moïse a voulu témoigner du fait que  les Tables, quoique burinées par le doigt de D., n’ont aucune sainteté intrinsèque. Elles n’ont de valeur que dans le cadre de l’Alliance. Si le peuple n’est plus fidèle à son engagement, l’Alliance est rompue, et les Tables n’ont alors guère plus de valeur qu’un vulgaire éclat de roche.

Il en va de même, nous dit le Meche’h ‘Ho’hma, pour le Tabernacle.»Il ne faudrait pas non plus qu’Israël se figure que le Tabernacle a une sainteté en soi. D. réside au milieu de ses enfants dans la mesure où ils Lui sont fidèles. S’ils rompent l’Alliance toute notion de sainteté disparaît, cette maison n’est alors qu’un lieu comme un autre, dénué de tout caractère sacré.»

 

Une Torah accessible à tous mais paradoxalement et radicalement soustraite aux regard

C’est ainsi que les Tables, lors de l’édification du Tabernacle, seront déposées dans l’Arche sainte, qui elle même sera remisée dans le Saint des Saints. Les Tables, témoignage de l’Alliance conclue au Sinaï étaient destinées à n’être plus jamais vues, y compris par le Grand-Prêtre qui pénétrait une fois l’an, le jour de Kippour, dans le Kodech haKodachim.

L’Arche, contenant les Tables de pierre, sur lesquelles sont gravées les Dix Paroles, sorte de message condensé de la Torah accessible à tous, est paradoxalement et radicalement soustraite aux regards.En effet, la rencontre de D. et d’Israël ne doit pas in fine se cristalliser autour d’un objet, fût-il porteur d’un texte, mais autour d’une parole, d’une exigence. Les Tables ne doivent en aucun cas devenir un objet de culte, mais constituer dans leur présence invisible une indication, une orientation .

Ce dispositif singulier Tables présentes-absentes, inaccessibles au regard,est supposé nous aider à accéder à une relation au D. unique, irréductible à toute représentation; à nous garder de l’idolâtrie. En effet si l’on croit avoir atteint D., si on croit posséder la vérité, on est déjà dans l’idolâtrie.On ne peut supprimer la distance qui nous sépare de D., la douleur d’être sans pouvoir être en D..

Les Tables de la Loi, gardées dans le Saint des Saints, au coeur du camp d’Israël, qui sont «mots de feu noir sur feu blanc», nous donnent le sens de notre tâche.L’écriture divine gravée sur les Tables doit nous dit le Rav Eliyahou Dessler(3),doivent venir s’inscrire en chacun de nous. Recevoir les Tables de la Loi, c’est pour chacun, à sa mesure, tenter d’intégrer la parole divine, la graver en lui.

 

(1)   cf Talmud, Masse’et Chabbat, 87a

(2)   cf «Meche’h ‘Ho’hma», de Rabbi Méïr Sim’ha Hacohen de Dvinsk (1843-1926), sur Exode 32,19

(3)   cf «Mi’htav MéEliyahou», de Rav Eliyahou Dessler (1891-1954), Tome 2, p.27

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