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04 Avril 2020 | 10, Nisan 5780 | Mise à jour le 03/04/2020 à 17h15

Rubrique Sport

PSG: Thiago Motta, no gain, no peine

Il suffit de tendre l’oreille pour comprendre que Thiago ne demande pas en priorité plus d’argent, ou plus précisément pas seulement de l’argent (DR).

Où il est question de salaire et de statut au royaume d'Ibra et David Luiz.

Au carrefour de l’été, à l’heure où l’enthousiasme du début de saison autorise tous les espoirs, on est tombé par hasard sur un tweet de Blaise Matuidi, taulier infatigable du milieu parisien, posté le 20 juillet: “No pain, no gain” accompagné du hasgtag #DreamBigger. Paris compte bien prendre du galon sur la scène internationale et la réalisation de ses objectifs – la finale de la Champions League, au-delà du titre en L1 – passera par la sublimation des joueurs de son effectif (Matuidi donc, Cavani, Verrati, la paire Thiago Silva-David Luiz et dans une moindre mesure Zlatan) et le recrutement de top players capables de “rêver plus grand” (Angel Di Maria).

Sept joueurs qui, ô surprise, bénéficient des plus beaux salaires du club de la capitale. Derrière l’astronomique 1,35 million mensuel versé à Ibrahimovitch, se régalent Thiago Silva (1,05 M), David Luiz (0,95 M), Di Maria (0,9 M), Cavani (0,8 M) et Matuidi (0,77 M). Loin derrière, à la huitième place, tel un vulgaire porteur d’eau, l’Italien Thiago Motta (33 ans dans quelques jours) se débat avec ses 550 000 mensuels.

L'”affaire Thiago Motta”, légère perturbation sur l’autoroute sur laquelle surfe le Paris SG depuis deux matchs, c’est d’abord bien sûr une affaire de blé. Pourquoi gagner très bien sa vie quand on peut gagner très très bien? A l’instar des grands patrons des world companies, l’internationale du PSG a ses grands patrons dont les exigences sont souvent insatiables. Why not, c’est le système, répondront les cyniques, qui souligneront, à raison, que ces stars génèrent des revenus bien plus élevés que la ligne bancaire versée à la fin du mois par leur employeur. Le club paie cher un joueur<<<Ce joueur remplit les caisses du club en gagnant des titres, vendant des maillots floqués à son nom et remplissant le stade et ses 4500 sièges VIP (les revenus générés par le Parc des Princes représenteront cette année entre 90 et 100 millions d’euros contre 20 millions lors du rachat du club par le Qatar)<<<<Le club prolonge le contrat du joueur avec une belle revalorisation à la clé. CQFD.


Salaire et mérite

Mais autre chose que la simple avidité se joue dans la posture du milieu italo-brésilien. Il suffit de tendre l’oreille pour comprendre que Thiago ne demande pas en priorité plus d’argent, ou plus précisément pas seulement de l’argent.

“On a discuté, mais pour le moment cela n’a rien donné. Je suis ouvert à toutes les solutions, même à partir. Il faut que l’on soit tous d’accord au club sur la responsabilité que j’ai dans cette équipe. Moi je sais ce que j’apporte à l’équipe, peut-être que je me trompe. Ou peut-être que ce sont les dirigeants du Paris Saint-Germain qui ont tort. Je ne sais pas si le président a conscience de mon apport dans l’équipe. En tout cas, jusqu’à maintenant, ce n’est pas le cas. Ou peut-être qu’il a raison. Que je ne suis pas tant important que ça dans cette équipe. A la fin, c’est lui qui va choisir”.

Une thèse circule depuis un paquet de temps sur la gestion d’un vestiaire de foot pro: le salaire attribue le mérite et pas l’inverse. De l’axiome découlent deux règles: 1) pour se faire respecter, un coach doit exiger le plus gros salaire de l’effectif (une condition non négociable posée par Mourinho dans ses derniers clubs pour calmer les éventuels ardeurs d’Etoo ou de Christiano Ronaldo); 2) mieux vaut éviter de rester trop longtemps silencieux après qu’un partenaire ait obtenu un joli contrat.

Qui dit salaire doré, dit en d’autres termes reconnaissance d’un statut à part dans l’effectif. “Il faut que l’on soit tous d’accord sur la responsabilité que j’ai dans cette équipe” dit Thiago Motta. Message subliminal: sans moi, cette équipe ressemblerait à une Rolls: impressionnante à l’arrêt, complètement dépassée pour gagner une couse de Formule 1. Manque d’équilibre, difficulté à gérer les temps faibles, expérience du vice limitée (la fameuse “queue de poisson” à fond sur un virage tendu). A voir les matchs du PSG, difficile de ne pas donner raison au contestataire qui figure comme l’incontestable chef d’orchestre de cette équipe. L’ancien joueur de l’Inter, dont les stats persos résument le niveau du monsieur (91 ballons touchés contre le Gazélec Ajaccio dimanche, un taux de perte ridicule), est un métronome.


Blanc à la rescousse

Conscient de l’influence de son joueur et des conséquences d’un départ vers l’Atlético Madrid, Laurent Blanc est sorti du bois, après plusieurs sorties contrastées pendant la préparation d’avant-saison (en gros, je compte sur lui mais il n’est pas prêt mentalement à joueur tant qu’il a une jambe dans l’avion).

“J’ai toujours considéré qu’il s’agissait d’un joueur important et je l’apprécie beaucoup”.

Il ne faudrait pas beaucoup insister pour qu’on y voit un appel du pied insistant adressé par l’entraineur à son président. Nasser, le maître du jeu, le signataire des chèques, celui qui, par un encouragement lancé dans la presse (cf. Cavani au printemps) notamment, maîtrise parfaitement la grammaire psychologique du joueur de foot.

Voilà peut-être là pourquoi Thiago Motta n’a pas totalement tort de monter au créneau. Lui qui court depuis des mois pour obtenir un rendez-vous avec son président a dû pas mal cogiter en apprenant, en fin de saison dernière, qu’Ibra – on le rappelle, le joueur le mieux payé du club – avait été reçu en grande pompe à domicile (Qatar) par Nasser, en compagnie de son agent. Malgré ses demandes répétées, Thiago n’a pour l’heure obtenu que de discuter avec Olivier Létang, directeur sportif adjoint du PSG….

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