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17 Décembre 2017 | 29, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Moyen-Orient/Monde

André Kaspi : « Donald Trump veut couvrir le Moyen-Orient d’un tapis de bombe »

Alors que Donald Trump et Hillary Clinton sortent comme les grands vainqueurs du "Super Tuesday" de mardi, l'historien spécialiste des Etats-Unis André Kaspi décrypte la posture du trublion conservateur.

Actualité Juive : Quelles sont les idées-force du programme de politique extérieure de Donald Trump ?
André Kaspi :
Cela demande beaucoup d’imagination de les énumérer car je crois qu’il n’en a pas beaucoup. Trump souhaite stopper l’immigration en provenance du Mexique et construire un mur entre ce pays et les Etats-Unis aux frais des Mexicains. Il veut également punir les entreprises américaines installées au Mexique. Il estime que la Chine envahit le marché américain et qu’il faut établir des droits de douane importants sur les produits chinois.

A.J.: Qu’en est-il pour le Moyen-Orient ?
A.K. :
Pour vaincre Daech, Trump veut couvrir le Moyen-Orient d’un tapis de bombe.  Il estime que les relations américano-israéliennes ont été mal engagées par Barack Obama. Son objectif est donc de raccommoder celles-ci. Il a par ailleurs de la sympathie pour Vladimir Poutine.  Son programme ne va pas plus loin : en matière de politique extérieure, comme sur le reste d’ailleurs, Donald Trump demeure très vague. Il dit vouloir redonner aux Etats-Unis leur place dans le monde, que les Américains ne vont plus se laisser faire. Ce sont davantage des propos démagogiques que rationnels.

A.J.: Dans quelle école le classeriez-vous ? Réaliste ?  Isolationniste ?
A.K. :
C’est une position qui n’est ni tout à fait isolationniste ni réaliste. Je dirais qu’il est tonitruant. Trump est inclassable parmi les candidats, au regard de ce qu’on pourrait appeler son programme. Il y a une question qu’on ne se pose jamais sur Donald Trump : pourquoi veut-il être président des Etats-Unis ? Voici un homme de 69 ans, très riche – sa fortune est estimée à 4 milliards de dollars – qui possède des immeubles aux Etats-Unis et à l’étranger. Pourquoi subitement désirer être élu à la tête de son pays ? C’est assez mystérieux.

A.J.: Une hypothèse ?
A.K. :
Il essaie d’imposer sa marque, la marque Trump. Il s’agit d’une sorte d’exaltation de sa personnalité, un signe de sa volonté de démontrer qu’il est capable d’aller plus loin que la construction dans le bâtiment. Le succès ces derniers mois, ces foules qui viennent l’acclamer, tout cela a renforcé son désir d’accéder au sommet politique.

A.J.: Diriez-vous que son succès est le reflet de la réaction de la classe moyenne blanche aux évolutions démographiques et culturelles de l’Amérique ?
A.K. :
Son succès tient au fait qu’il existe un grand mécontentement vis-à-vis de la classe politique et, dans le camp républicain, à l’égard des élus qui n’auraient rien changé au Congrès. On constate une envie de renverser la table, de crier très fort. Donald Trump est celui qui parle au nom de ces Américains muets qui protestent contre Washington et Wall Street. C’est le porte-parole de ceux qui n’acceptent pas la situation actuelle des Etats-Unis… même si lui-même ne fait pas du tout partie de la classe moyenne.

A.J.: Face à Donald Trump, quels seraient les atouts du candidat démocrate, a priori Hillary Clinton ?
A.K. :
Sur la connaissance des affaires internationales, Hillary Clinton a beaucoup d’avance sur Trump, du fait de son expérience à la Maison-Blanche au côté de son mari Bill Clinton (1992-2000), puis comme Secrétaire d’Etat de Barack Obama (2008-2012). Mais une élection présidentielle ne se joue pas sur la politique extérieure. C’est un complément et même par certains côtés un piège, comme dans le cas de l’affaire libyenne pour Hillary Clinton. Il est évident néanmoins que cette dernière pourrait séduire une majorité d’Américains en cas d’investiture, ce qui me semble difficile à imaginer pour Trump.

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