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12 Août 2020 | 22, Av 5780 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Chabbat Réé : 20h49 - 21h58

Rubrique Culture/Télé

Yvan Attal : « J'ai vécu l'antisémitisme tous les jours de ma vie »

« Israël, l’excuse principale pour se bagarrer contre les Juifs » (DR)

Face à la montée de l’antisémitisme, avec « Ils sont partout », Yvan Attal opte de prendre la caméra comme arme. En traitant par l’absurde les clichés sur les Juifs, le cinéaste prend le parti de bousculer au risque de choquer…

Actualité Juive : Vous nous amusez avec les éternels clichés dont nous sommes victimes. Comment les avez-vous choisis ?
Yvan Attal :
Ils s’imposent d’eux-mêmes. Il suffit de regarder Internet où l’on dit que les Juifs sont partout, ont de l’argent, s’entraident, qu’il y a un complot juif, que l’on en a ras le bol de la Shoah. Et où l’on attaque Israël, excuse principale pour se bagarrer contre les Juifs.

A.J. : Comment avez-vous eu l’idée de construire votre film comme une succession de sketches ?
Y.A. :
Je me suis d’abord dit que j’allais faire un film sur les clichés, et très vite       j’ai eu envie de parler plus frontalement de l’antisémitisme, d’en rire, et de démonter l’absurdité des clichés. Compte tenu de l’évolution des événements, j’ai souhaité le placer dans un contexte plus réaliste. D’où entre les sketches je me mets en scène chez un psy pour raconter avec humour comment un juif français vit ce drame aujourd’hui.

A.J. : On sent chez ce psy que vous vous moquez aussi des Juifs qui voient partout des antisémites.
Y.A. :
C’est ironique. Je me souviens quand il y a dix ans, on sentait la parole antisémite se libérer. Et puis quand cela se développait, on estimait que l’on exagérait, et ainsi de suite jusqu’à ce que cela devienne admissible. On réalise de nos jours que nous ne sommes pas paranos. J’ai eu envie d’en rire aussi.

A.J.: Vous n’avez pas envie de quitter la France ?
Y.A. :
Non. Je précise que je ne vis pas à New York pour ces raisons. Je n’y suis pas parti, j’ai d’ailleurs travaillé en France toute cette année. Ma compagne  [NDLR : Charlotte Gainsbourg] qui a perdu sa sœur [la photographe Kate Barry] a voulu quitter la France pour un moment le temps de se reconstruire. Voilà la raison pour laquelle nous sommes aussi à New York. J’aime la France et j’y crois.

A.J.: Peut-on qualifier votre humour de juif ?
Y.A. :
Ce qui caractérise l’humour juif est de rire de ses propres malheurs. Comme l’antisémitisme nous fait souffrir aujourd’hui en France, vouloir en rire c’est peut-être l’aborder avec ce type d’humour.


« J’aime la France et j’y crois »

A.J.: Que dire des sujets juifs au cinéma qui ne sont pratiquement traités que par nos coreligionnaires ? Je pense récemment à l’Affaire Halimi par Arcady et Berry, la Shoah par Chouraqui avec « L’origine de la violence ».
Y.A. :
Il faudrait se demander pourquoi   des non-juifs ne s’intéressent pas à ces sujets. Je me rends compte qu’ils ne perçoivent pas à quel point la population juive française est en danger. Je l’ai réalisé pendant l’aventure de ce film. Ils ne vivent pas les événements de la même façon. Malheureusement, on est touché que par ce qui nous concerne. Nos films témoignent d’un malaise, c’est cela qu’il faut retenir.

A.J.: Vous avez dit être déçu parce que votre film n’a pas été retenu au Festival de Cannes. Mais, on y voit peu de comédies ?
Y.A. :
Quand on finit un film au printemps, bêtement on se dit, pourquoi pas Cannes. On ne réfléchit pas au fait qu’il ne rentre pas dans la ligne de ce festival. Une grosse comédie effectivement ne ressemble pas au cinéma français sélectionné. Même si c’est un film totalement d’auteur comme le mien. Comme on a fait un film personnel, on s’est dit peut-être que… Les antisémites ne pourront pas dire encore un film sur les Juifs à Cannes. Alors, je remercie le Festival de ne pas m’avoir élu (rires).

 A.J.: Vous pensez que l’on existe comme Juif dans le regard de l’Autre ?
Y.A. :
C’est une des identités juives. Il y a peu, un serrurier a été agressé parce qu’il était pris pour un Juif. Pas de doute, l’antisémite fait le Juif. L’identité ne se résume pas qu’à cela. On a des textes, une culture, une philosophie, la Torah, un esprit totalement indépendant des antisémites. Voilà pourquoi nous sommes juifs.

A.J. : Avez-vous subi l’antisémitisme ?
Y.A. :
Tous les jours de ma vie. Dès la cour d’école, je me suis fait traiter de sale Juif, et maintenant quand je vois les messages sur Internet. Et je le subis quand je vois cette France ultragauchiste se vautrer dans l’antisionisme.

A.J.: C’est la première fois que l’on vous présente dans la presse comme Franco-Israélien.
Y.A. :
J’ai été choqué. Voilà vingt-cinq ans que je fais des films. Je suis français. Je suis né en Israël que j’aime, mais j’ai grandi ici. Il a suffi que je m’attaque à ce sujet pour que l’on me définisse ainsi. Tout à coup l’endroit de ma naissance est ressorti. Cela dénote l’esprit d’aujourd’hui. Il suffit que je parle des Juifs pour que je sois franco-israélien, comme pour minimiser mon propos.

A.J.: Vous nous rappelez que les Juifs ne représentent que 0,2 % de la population mondiale. « Ils sont partout » est un pur fantasme donc ?
Y.A. :
Dans mon film, « Ils sont partout », ce sont les antisémites. Et ils sont beaucoup plus nombreux que nous. D’après un sondage du JDD, 30% des Français croient que les clichés sont réels.

En salles : « Ils sont partout »  d’Yvan Attal avec Charlotte Gainsbourg, Dany Boon, Benoît Poelvoorde, François Damiens.

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