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23 Octobre 2017 | 3, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique France/Politique

Eric Zemmour-Gilles Bernheim: que s’est-il réellement dit à la Victoire ?

Eric Zemmour, Yves Thréard, et le grand rabbin Gilles Bernheim. (Erez Lichtfeld)

Etymologiquement, la synagogue vient d’un terme grec signifiant « assemblée » et en hébreu, Beit HaKnesset veut dire la « maison de l'assemblée ». Une interrogation qui interpelle nos consciences en découle : tout juif peut-il tout y dire ?

Près de 1300 personnes captivées par la belle affiche sont venues à la Grande synagogue le 1er juin dernier, écouter débattre le polémiste Eric Zemmour avec le grand rabbin Gilles Bernheim. Présenté par le journaliste du Figaro Yves Thréard et après un historique de la Victoire brossé par Jacques Canet, Eric Zemmour a expliqué, force citations à l’appui et dans un style brillant que personne ne peut lui enlever, ce qu’il entendait par être juif et français.
Le pamphlétaire a remercié les organisateurs de leur invitation et a expliqué en quoi cette synagogue créée par Napoléon III « incarne dans la pierre » tout ce qu’il allait dire, lui qui est « attaché aux signes et aux symboles ». Eric Zemmour a alors regretté la disparition de l’Israélite, ce Français attaché à la nation française et juif dans la sphère privée. Avec érudition, il a rappelé l’histoire de l’émancipation des Juifs en 1791 suite à la Révolution française non sans évoquer deux points qui fondent selon lui le judaïsme français : le discours du comte de Clermont-Tonnerre devant l’Assemblée précisant qu’« Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus. Il faut qu'ils ne fassent dans l'Etat ni un corps politique ni un ordre. Il faut qu'ils soient individuellement citoyens ». Deuxième point qui forge l’identité des Français juifs, la convocation du grand sanhédrin en 1807 par Napoléon. Selon lui, ce modèle de l’Israélite a perduré jusqu’au grand chamboulement coïncidant avec Auschwitz (terme qu’il préfère à celui de Shoah) et Israël. Là débutait la seconde partie de son exposé. Maniant avec précision les notions souvent incomprises d’intégrationnistes et de multiculturalisme, Eric Zemmour détailla comment une nouvelle religion liée à la culpabilité face à Vichy (au passage qu’il dit moins antisémite que les élites restées à Paris) était née avec Auschwitz ainsi qu’une rupture par la défrancisation liée à l’attachement à l’égard d’Israël. « Nous sommes sortis de l’israélitisme de la Victoire » concluait-il avant de prédire que la rupture avec le modèle français historique pour la communauté juive ne pouvait que la porter « à quitter ce pays au bord de la guerre civile ».
Puis ce fut au tour du grand rabbin Gilles Bernheim de s’interroger sur « la question de la solidarité de destin entre Français et juifs dont les deux identités sont, dans notre société, remises en cause. Et c’est parce qu’elle sont remises en cause que la question qui nous rassemble trouve sa légitimité ». Dans une intervention éblouissante où le grand rabbin a porté un regard juif sur l’identité française en exprimant ses adhésions et ses différences depuis Saint Louis, convoquant des sources multiples relevant à la fois de la tradition juive et de la culture occidentale, argumenté par l’implacable logique des questionnements philosophiques, l’intellectuel juif a prouvé une nouvelle fois la maîtrise de son savoir à éclairer l’assistance des lumières d’un judaïsme ressourcé à la modernité.
Et vint le moment du « débat » entre les deux conférenciers, ponctué par les questionnements de Gilles Bernheim sur la polémique présente dans le dernier livre d’Eric Zemmour, Le suicide français dans lequel il réhabilite Vichy, considéré comme le « sauveur » des juifs français au détriment des juifs étrangers.
Droit dans ses idées, le polémiste Eric Zemmour a livré sa vision de l’histoire de Vichy selon sa grille idéologique qui heurte les consciences : Vichy a protégé les Juifs français car 90% d’entre eux ont survécu, les statuts des Juifs n’ont tué personne, Pétain comme De Gaulle sont
dignes d’admiration, les Juifs d’Europe centrale sont responsables de l’antisémitisme dont ils étaient les victimes en prenant le travail des « Français »… En résumé, des propos donnant la nausée.

Le polémiste Eric Zemmour a livré sa vision de l’Histoire de Vichy

Il faut l’écrire noir sur blanc : tous les Juifs de France ont été touchés par la politique antijuive de Vichy. Les 76 000 Juifs de France déportés vers les camps d’extermination ont pu l’être avec la complicité du gouvernement de l’Etat français avec à leur tête, Pétain. Quand le 3 octobre 1940, le gouvernement de Vichy promulgue le Statut des Juifs aucun distinguo n’est fait en fonction des origines françaises ou étrangères. Un document conservé au Mémorial de la Shoah dévoile même des annotations de la main de Pétain qui les renforce. Un alinéa notamment a été barré d'un trait de crayon qui prévoyait d’épargner « les descendants de Juifs nés français ou naturalisés avant 1860 ».

Pétain n'entendait donc faire aucune différence entre les Juifs français et les Juifs étrangers. Idem pour le Second Statut qui allonge la liste des professions qui leur sont interdites. A cette date, tous les Juifs de France sont obligés de se faire recenser. Le point culminant de cette politique étatique discriminatoire est l’obligation, pour tout Juif, de porter l’étoile jaune, le 29 mai 1942. S’ensuit en décembre 1942, l’apposition de la mention "juif" sur la carte d’identité – française bien sûr - et la carte d’alimentation. Quant aux Juifs d’Algérie, donc Français depuis le décret Crémieux de 1870, ils subiront également des mesures d’exception. 27 rabbins français en poste ont été déportés et le fait qu’ils soient français ne les a pas épargnés. La liste est également longue des lettres adressées personnellement au maréchal Pétain pour faire libérer des camps d’internement situés sur le territoire français des citoyens juifs français. Les missives resteront sans réponse. Sans oublier la rafle du Vél’ d’Hiv’ des 16 et 17 juillet 1942 qui a été précédée d’une circulaire du directeur général de la police Emile Hennequin demandant, au-delà des exigences allemandes, à ce que les familles ne soient pas séparées et que les enfants, nés le plus souvent en France, donc français, soient raflés avec leurs parents. Au-delà des querelles de clocher, il importe de rappeler ces faits pour que les lumières de la vérité triomphent de l’obscurantisme.

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