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03 Décembre 2020 | 17, Kislev 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Israël

Abbas, le chant du cygne

Crédit : FLASH90

Affaibli, le président de l’Autorité palestinienne pourrait bientôt laisser le pouvoir à Marwan Barghouti ou Mohammed Dahlan.

La dernière fois que la rumeur l’a annoncé mourant, au début de l’année, Mahmoud Abbas est allé manger une glace devant les caméras. Le coup de com’ a bien fonctionné. Pas suffisamment néanmoins pour éteindre la thèse du déclin du président de l’Autorité palestinienne. A 81 ans, Mahmoud Abbas voit son horizon politique s’assombrir. Fragilisé par deux opérations liées à son tabagisme excessif, contesté par des jeunes loups ambitieux, il sait qu’il joue avec sa campagne d’internationalisation du conflit israélo-palestinien sa dernière bataille.
Mahmoud Abbas a été élu à la tête de l’AP en 2005 avec 62,5% des suffrages. Onze ans plus tard, confronté à l’usure du pouvoir, il ne fait plus l’unanimité. Selon un sondage du Palestinien Center Policy and Survey Research, publié en décembre dernier, 64% des Palestiniens souhaiteraient désormais son départ. Abou Mazen – son nom de guerre – renoncera-t-il au pouvoir ? S’il a démissionné de la direction du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), en août 2015, l’hypothèse d’un retrait absolu du président palestinien apparaît peu crédible.
Ces derniers mois, M. Abbas a verrouillé les institutions et écarté plusieurs voix critiques, notamment Yasser Abed Rabbo, remplacé par Saeb Erekat comme secrétaire général de l’OLP. « Abbas a éliminé les premiers signes de la démocratie palestinienne durant la dernière décennie, rendant virtuellement impossible pour tout rival de le défier sur l’arène politique » écrivent les chercheurs Jonathan Schanzer et Grant Rumley dans le dernier numéro de la revue Infocus du Jewish Policy Center.
 Peu croient également que le successeur de Yasser Arafat nommera de son vivant un « héritier » pour limiter le risque de luttes de pouvoir fratricides après sa mort. Quant à la procédure prévue par la loi fondamentale palestinienne – intérim de 60 jours par le président du conseil législatif palestinien puis élections – elle a du plomb dans l’aile : l’assemblée n’a plus de réelle effectivité depuis 2007 et son dernier président, Aziz Dweik, est un membre du Hamas.
 Quel que soit le scénario, un nom revient avec insistance pour l’après-Abbas : Marwan Barghouti. Ancien chef des Tanzim et des Brigades des martyrs d’Al Aqsa, l’une des organisations responsables des attentats terroristes pendant la seconde Intifada, il dort en prison depuis 2002, condamné à cinq peines de prison à vie, assorties d’une peine de sûreté de 40 ans. Après avoir été l’un des leaders de la militarisation de l’action palestinienne, Barghouti prône désormais une stratégie d’isolement diplomatique d’Israël qui passerait par la multiplication d’actions non violentes destinées à alerter l’opinion publique internationale. Signe de son influence croissante, il fait actuellement l’objet d’une campagne pour devenir le prochain lauréat du prix Nobel de… la paix. En mars, un sondage le plaçait en tête des favoris pour reprendre la tête de l’AP, avec 33% d’opinions favorables, devant Ismaïl Haniyeh (24%). L’une des clés de la réussite de Barghouti pourrait d’ailleurs venir du soutien que pourrait lui accorder, plus ou moins explicitement, le Hamas.
  
A 81 ans, Mahmoud Abbas voit son horizon politique s’assombrir.
Mohammed Dahlan, le chef historique de la sécurité préventive de l’AP à Gaza, a également appuyé publiquement la candidature de Barghouti. Mais dans la coulisse, l’ex-patron des Forces préventives de l’AP avance ses pions. Entre Dahlan et Abbas, le courant n’est jamais passé. Dès ses premières armes dans les années 1990 à Gaza, l’ancien chef du mouvement de jeunesse du Fatah entre dans le viseur du compagnon de route d’Arafat, représentant de l’ancienne garde de l’OLP. Le coup d’Etat du Hamas à Gaza, en 2007, donne à Mahmoud Abbas, désormais seul au pouvoir, l’occasion de régler ses comptes. Dahlan est « exfiltré » de Ramallah en 2011. La direction de l’AP fera courir le bruit de sa complicité dans plusieurs tentatives d’assassinat contre Yasser Arafat.
Mohammed Dahlan conseille depuis le sheikh des Emirats arabes unis dans le domaine diplomatique. Sa haine tenace contre Abbas lui a fait dire récemment qu’il considérait son exercice du pouvoir comme un « échec ». Apprécié des Egyptiens et des Jordaniens mais aussi d’Israël pour son expérience dans la lutte contre l’islamisme radical, Dahlan, 54 ans, peut-il prendre de vitesse ses rivaux, notamment grâce à sa puissance   financière ? « Je ne pense pas qu’il [en] ait le pouvoir » nuance le commentateur militaire Ehoud Yaari, lors d’un colloque organisé par le Besa Center, début juin,   à Tel-Aviv.
D’autres hypothèses sont sur la table. On évoque le modèle d’un triumvirat réunissant l’ancien Premier ministre Salam Fayyad, le neveu de Yasser Arafat, Nasser Al Kidwa, et Majid Faraj. Chef des renseignements palestiniens, ce dernier avait été sévèrement critiqué l’hiver dernier pour avoir déclaré que ces services avaient empêché deux cents attaques contre des cibles israéliennes. Signe que la relation à l’Etat hébreu sera la pierre de touche du programme du futur président palestinien.

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