Default profile photo

17 Décembre 2018 | 9, Tevet 5779 | Mise à jour le 17/12/2018 à 17h07

Rubrique Israël

40 ans de l'Opération Yonathan

Jacques Tarnero : « A Entebbe, les salauds sont les terroristes, allemands et palestiniens »

"A l’époque le Quai qui est piloté par Jean Sauvagnargues, va déplorer l’action contre l’Ouganda tout en se félicitant de la libération des otages sans nommer leurs libérateurs" rappelle Jacques Tarnero (Crédit DR)

Si la liberté a un prix, l’exploit d’Israël à Entebbe en porte le témoignage. Pour le marteler, le sociologue, essayiste et documentariste Jacques Tarnero prépare un documentaire, “La liberté a un prix/Freedom is not free” dont la sortie est prévue au printemps 2017.

Actualité Juive : Vous travaillez actuellement sur un film documentaire concernant le raid d’Entebbe dont on célèbre ces jours-ci le quarantième anniversaire. Quelle en est l’origine ?
Jacques Tarnero :
L’idée de faire un film sur Entebbe est née du souvenir que j’avais de cette affaire. Pour moi, il représente la plus parfaite illustration du code éthique de Tsahal à propos de la « pureté des armes ». Je ne connais pas beaucoup d’opérations militaires incarnant à ce point la lutte du Bien contre le Mal. Je pourrais intituler ce film : « Les salauds, les héros et les corniauds », tant chacun est dans un rôle exemplaire. Les salauds sont les terroristes, allemands et palestiniens. Ils vont trier entre les passagers, séparant les otages israéliens et juifs des autres otages non-juifs. Et ce sont des Allemands d’extrême gauche qui vont participer à ce tri ! Au nom de la libération des peuples et de la justice pour les Palestiniens ! Le salaud grotesque c’est Idi Amin Dada qui va héberger et protéger les terroristes. Les héros, ce sont les passagers otages, dignes jusqu’au bout. Ce sont les membres de l’équipage de l’Airbus d’Air France qui ont refusé d’abandonner leurs passagers. Ils méritent d’être nommés Justes parmi les Nations car ils ont protégé des Juifs au péril de leurs propres vies. Le commandant de l’Airbus d’Air France, Michel Bacos est un héros en Israël. Il a eu cette parole fabuleuse quand la télévision lui a demandé : « Comment saviez-vous que c’étaient les Israéliens qui venaient vous libérer ? ». Il a répondu : « Et qui d’autre vouliez-vous que cela fût ? ». Cette réponse a déplu à certains dans les hautes sphères françaises à l’époque. Les héros, ce sont enfin les soldats de ce commando de l’armée israélienne qui ont accompli cet invraisemblable exploit. Il faut nommer deux d’entre eux : Yoni Netanyahou qui commandait la force d’assaut et qui a été le seul soldat de Tsahal tué, et Sorin Hershko, qui est resté paralysé à vie après qu’une balle lui a sectionné la moelle épinière. Les pilotes des avions Hercule, sur qui reposait toute la réussite de cet exploit, sont aussi des personnages fabuleux de modestie. Ils ont réussi quelque chose d’invraisemblable. Les corniauds enfin ce sont tous ceux qui ont fait la fine bouche devant cet exploit : il s’agit d’un avion français, de passagers français, d’un équipage français et c’est Israël qui vient les libérer. La France de Giscard d’Estaing dit merci du bout des lèvres. La presse de gauche fait la grimace ou condamne : Libération titre « championnat du terrorisme, Israël en tête » !

A.J.: Le commando terroriste est-il une illustration du nazislamisme ?
J.T. :
Le commando se définissait comme révolutionnaire d’extrême gauche. Il anticipe la conférence de l’ONU à Durban contre le racisme, en 2001 où l’on a crié des « mort aux Juifs » au nom de l’antiracisme. L’identité politique de ce commando est au contraire exemplaire du renversement du sens des mots. Il prétend agir pour la justice et il va trier entre les passagers, séparant juifs et non-juifs. Ainsi il va reconduire - au nom de la liberté - les gestes des bourreaux nazis de la génération d’avant. Personne n’a voulu comprendre à l’époque ce que symboliquement cela signifiait de la part de jeunes Allemands : la rédemption du crime nazi par le crime révolutionnaire. Joshka Fischer, gauchiste à l’époque (il deviendra ministre des Affaires étrangères du chancelier Shroeder) va dénoncer cette action. Elle constituera pour lui un révélateur et sa rupture avec l’extrême gauche. Ce n’est qu’au début des années 80, après la montée en puissance de l’islamisme que le gauchisme va virer à l’islamogauchisme.


"Le Quai d’Orsay est resté fidèle à lui-même"
A.J.: On ne le répète pas assez : en quoi l’action militaire israélienne pour libérer les otages a été exemplaire ?
J.T. :
L’action militaire israélienne est exemplaire à plusieurs titres. D’abord la prise de décision. Celui qui décide est seul, et le Premier ministre Yitzhak Rabin a décidé. Tout repose sur lui, comme sur le pilote du premier avion Hercules qui va poser son appareil dans le noir. Cela aurait pu tourner à la catastrophe tant les risques étaient grands. Il a fallu une audace inouïe pour imaginer une telle opération. Il faut se remettre dans le contexte psychologique de l’époque. Il y a eu le traumatisme de la guerre de Kippour, celui de l’attentat des jeux olympiques de Munich, de Maalot, de Lod. Israël n’arrête pas de porter le deuil, et brusquement avec une énergie fabuleuse Israël renverse le cours de l’histoire et ceci grâce à une poignée d’hommes. Israël a utilisé la force armée pour combattre un terrorisme ignoble à tous points de vue qui avait pris des civils innocents en otage. Que l’Humanité et Libération à l’époque, aient condamné l’action d’Israël est aussi exemplaire de cette ignominie idéologique dont la gauche de la gauche est souvent friande.


A.J.: Et paradoxalement, le Quai d’Orsay a condamné les victimes. Entebbe serait-il une étape dans « la politique arabe de la France » ?
J.T. :
Le Quai d’Orsay est resté fidèle à lui-même, c’est-à-dire un organe réactionnaire, perpétuant une vision absurde du rôle de la France au Proche-Orient, faisant les yeux doux à ses ennemis, alors qu’elle se prétend protectrice des Chrétiens d’Orient... Les locataires du Quai d’Orsay se rêvent en Lawrence d’Arabie illusoires. A l’époque le Quai qui est piloté par Jean Sauvagnargues, va déplorer l’action contre l’Ouganda tout en se félicitant de la libération des otages sans nommer leurs libérateurs. La « politique arabe » de Giscard d’Estaing a sans doute été la plus antipathique pour Israël, suivie de peu par celle de Chirac.

A.J.: En conclusion, quelles sont les leçons à retenir d’Entebbe que vous traiterez dans votre long-métrage ?
J.T. :
Les leçons d’Entebbe se résument en une formule qui est celle gravée dans le monument à Washington, honorant les marines américains tombés à Omaha Beach : « freedom is not free ! », « la liberté n’est pas gratuite ». Elle a un prix, celui du courage, et Israël, cette nuit du 3 au 4 juillet 1976 était l’incarnation du courage, c’est-à-dire tout ce qui fait défaut à l’Europe aujourd’hui.

Powered by Edreams Factory