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16 Novembre 2018 | 8, Kislev 5779 | Mise à jour le 14/11/2018 à 18h15

17 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h51 - 18h00

Rubrique Israël

Nouvelle enquête sur les enfants yéménites disparus

Tsahi Hanegbi (DR)

Le gouvernement a annoncé l'ouverture d'une nouvelle procédure destinée à faire la lumière sur le sort des nombreux enfants yéménites disparus entre 1950 et 1954.

Sur proposition du Premier ministre, le gouvernement a chargé le 26 juin le ministre sans portefeuille Tsahi Hanegbi d'étudier la possibilité de publier les protocoles, tenus secrets, des différentes commissions qui ont enquêté en 1967, 1995 et 2001sur la disparition au début des années 50, de nombreux enfants d'immigrants yéménites.
On ignore le nombre exact des bébés concernés. La dernière commission d'enquête a reçu un peu plus de 800 demandes de renseignements, mais de nombreuses familles concernées n'ont peut-être pas effectué les formalités nécessaires. Le journal suisse Le Temps fait état, dans un récent article de 3 500 à 5 000 enfants de familles yéménites ou orientales « disparus sans laisser de trace dans des hôpitaux et déclarés morts ».
Les circonstances de ces disparitions varient selon les familles : dans certains cas, on a déclaré à des accouchées qui venaient de voir leur bébé et de l'entendre crier, que le nouveau-né avait succombé. D'autres enfants ont disparu de la crèche d'un kibboutz, au cours d'une hospitalisation ou lors d'une séance de vaccination où ils avaient été conduits sans leurs parents.
Mais partout, le scénario a été le même : on a annoncé aux parents que leur enfant était mort sans leur montrer le corps, sans leur permettre de participer aux obsèques, sans leur remettre de certificats de décès. L'ouverture des tombes effectuée dans certains cas quelques décennies plus tard n'a pas permis de retrouver de corps correspondant à l'âge ou au profil génétique des enfants prétendument décédés.


Mettre fin à des décenniesde silence, voire de mensonge

Les pouvoirs publics ont toujours fait état de la grande pagaille qui régnait à cette époque dans les camps de transit, les hôpitaux et les crèches pour expliquer que des erreurs s'étaient peut-être produites. Mais selon l'hypothèse la plus couramment avancée par les familles et leurs défenseurs, les enfants auraient été enlevés pour être confiés à des familles d'Israël ou de diaspora qui les auraient adoptés.
On ignore si ces enlèvements ont été le fait d'individus bien introduits agissant plus ou moins de leur propre chef – dans certains cas pour gagner de l'argent – ou s'il s'agissait d'une politique impulsée par les pouvoirs publics pour confier ces enfants à des familles plus aisées, plus cultivées, voire selon certains moins religieuses. Dans tous les cas de figure, ces enlèvements auraient été inspirés par une forme de paternalisme, voire même de racisme et de mépris pour la communauté d'origine de ces enfants.
Inutile de décrire la souffrance des familles qui s'interrogent depuis plus de 60 ans sur le sort de leurs bébés disparus. Le fait qu'aucune enquête n'ait permis de fournir des réponses satisfaisantes à leurs questions prouve bien que   les pouvoirs publics ont quelque chose   à cacher.
Plusieurs députés ont décidé de relancer le débat sur cette affaire et ont exigé, au cours d'une récente réunion de la commission des Affaires intérieures de la Knesset, que la lumière soit enfin faite sur ces disparitions. Ils jouissent d'un large soutien au sein du Parlement et du gouvernement. Mais cela suffira-t-il pour mettre fin à des décennies de silence, voire de mensonge ? 

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