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16 Juin 2019 | 13, Sivan 5779 | Mise à jour le 13/06/2019 à 16h38

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Pourquoi les attentats vont certainement se poursuivre

tout en servant de leviers de propagande, les « solo djihad », coupés de réseaux djihadistes structurés, peuvent plus facilement échapper à la surveillance des services de renseignement (DR)

En difficulté, l’Etat islamique compte plus que jamais sur des cellules locales pour semer la terreur en Occident.

Et maintenant Orlando et Magnanville. En imposant des points de suspension là où l’on prierait pour l’instauration définitive du point final, l’Etat islamique a gagné une bataille. On sait désormais, en Europe comme aux Etats-Unis, qu’un attentat peut surgir au coin de la rue, que le malheur d’une gare soufflée par une ceinture explosive ou d’un bar éventré par les balles n’est plus l’apanage du Moyen-Orient. La géographie de la terreur djihadiste devient globale. L’événement bascule en litanie.
« Le niveau de la menace est sans doute très élevé » a confirmé François Hollande, dans un discours, le 14 juin, à l’OCDE. Même constat pour le patron de la CIA. « Malheureusement, malgré tous nos progrès contre l’EI sur le champ de bataille et dans le domaine financier, nos efforts n’ont pas réduit ses capacités terroristes » a estimé John Brennan, le 16 juin, devant une commission du Sénat américain.
Le paradoxe d’une organisation terroriste en grande difficulté sur son territoire – Fallouja, près de Bagdad, a été récupéré le week-end dernier par les forces irakiennes – mais hyperactive en Occident n’est qu’apparent. Les états-majors sont parfaitement conscients que les victoires cumulatives dans les bastions djihadistes auront pour corollaire, à court terme au minimum, une recrudescence des attentats terroristes sur les sols européen et américain. « Au fur et à mesure que la pression augmente sur l’Etat islamique, nous estimons qu’il intensifiera sa campagne terroriste internationale afin de maintenir sa domination sur l’agenda terroriste global » a confirmé M. Brennan. L’Euro de football, le Tour de France en juillet, les JO de Rio le mois suivant offrent autant de fenêtres de tir à forte charge symbolique pour une organisation cherchant toujours à profiter des flux de réfugiés – en partie jugulés par l’accord signé en mars entre l’Union européenne et la Turquie – pour organiser des tueries de masse spectaculaires.

"Plus enclins à approuver des attaques d’un loups solitaire"

Mais le mouvement marche sur une autre jambe. « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de sélection de cibles générée sur le plan opérationnel en l’absence d’ordre et de contrôle du quartier général de l’Etat islamique » note Clint Watts de l’Institut de recherches en politique étrangère (FPRI) de Philadelphie. A Orlando et Magnanville, comme lors de la fusillade de San Bernardino en décembre dernier, c’est de manière autonome que des cellules locales, les « solo djihad », ont conçu, planifié et semé la terreur, répondant à l’appel du porte-parole de Daech, Abou Mohammed Al-Adnani, le 21 mai, de frapper pendant le ramadan, « le mois de la conquête ». « Parfois les cibles que des loups solitaires choisissent sont moins stratégiques et symboliques, reflétant leurs agendas personnels plutôt que ceux du groupe » observe Daniel Byman, dans une note du think tank Brookings. Pour ce chercheur, « les groupes [terroristes] sont plus enclins à approuver des attaques d’un loups solitaire lorsqu’ils sont faibles ».
Mais cette stratégie de l’EI, qui repose également sur le renforcement de ses appendices au Moyen-Orient, en particulier en Libye, présente un avantage et un inconvénient. L’avantage est évident : tout en servant de leviers de propagande, les « solo djihad », coupés de réseaux djihadistes structurés, peuvent plus facilement échapper à la surveillance des services de renseignement. « Les attaques […] ont démontré l’erreur de partir du principe qu’une liste de surveillance, même exhaustive, pourrait servir comme un moyen de dissuasion » ajoute un récent rapport du Soufan Group. Ces opérations induisent néanmoins une perte de contrôle en termes d’actions et de discours dont l’organisation terroriste pourrait pâtir à l’avenir. 

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