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20 Juillet 2019 | 17, Tammuz 5779 | Mise à jour le 17/07/2019 à 18h17

Rubrique Culture/Télé

Katy Bisraor Ayache : « Il y a un lien entre le mariage et celui de D.ieu et du peuple juif »

Avocate auprès des tribunaux rabbiniques, la journaliste Katy Bisraor Ayache dévoile, de façon érudite et accessible, la cérémonie du mariage.

Actualité Juive : Nous nous rencontrons au lendemain de Chavouot où se lit la ketouba racontant le mariage de D.ieu et du peuple hébreu…
Katy Bisraor Ayache :
De nombreuses traditions du mariage juif sont liées au don de la Torah, comme sonner le chofar ou allumer des bougies. Il y a véritablement un lien entre le mariage d’un homme et d’une femme et le mariage de D.ieu et du peuple juif.

A.J.: De la connaissance naîtrait la véritable joie de la houpa ?
K.B.A. :
C’est l’idée du livre. Durant mes études pour être to’enet rabbanit - avocate devant les tribunaux rabbiniques -, j’ai découvert la symbolique de la cérémonie du mariage. Quand vous comprenez la signification des mots, la raison des gestes et des coutumes, la cérémonie nuptiale prend une tout autre dimension. C’est cette découverte que j’ai voulu faire partager.

A.J.: Avec la volonté de prouver, textes et enquêtes à l’appui, que la cérémonie du mariage, pour être ancestrale, n’en est pas moins moderne…
K.B.A. :
Depuis quelques années, un nombre croissant de jeunes, notamment à Tel-Aviv, considère le mariage comme archaïque. La symbolique des prières et des étapes du mariage juif prouvent, si on lit les textes, qu’il y a au contraire quelque chose de très actuel dans cette cérémonie. Sans doute est-ce la raison pour laquelle elle s’est perpétuée de façon quasi identique à travers les millénaires.

A.J.: Pourquoi la lecture du livre s’organise-t-elle en quatre temps ?
K.B.A. :
Je me suis d’abord intéressée aux questions que se posent de futurs mariés. J’ai découpé la cérémonie de la houpa, tout en décrivant ce qui se passe avant : les fiançailles, le mikvé, le henné, la bague, la kétouba, les sept bénédictions, etc. Chaque chapitre est composé de questions/réponses, comme c’est souvent le cas dans le savoir juif. Voyez d’ailleurs comment en Israël aujourd’hui, de nombreux rabbins adoptent ce jeu de questions-réponses sur le web.

A.J.: Viennent ensuite les parenthèses : midrash, anecdotes, histoires et éclairages sur le sujet…
K.B.A. :
J’ai pensé utile d’éclairer les différentes étapes par des midrashim qui apportent une dimension explicative, voire poétique. J’ai aussi rencontré des femmes qui m’ont raconté leur propre expérience. Un troisième temps, les tossafot, est destiné aux lecteurs qui veulent aller plus loin. Ces tossafot sont en lien avec les notes en fin d’ouvrage. Il est essentiel de montrer que chaque mot a une source dans les Textes.


«Dans le monde juif,  on apprend d’abord comment défaire le lien avant de le faire»

A.J.: Arrêtons-nous sur la notion de kinyan, littéralement acquisition. Vous expliquez que la Michna décrit l’acte des kidouchim comme un acte de kinyan, point qui, selon des mouvements féministes, est à l’origine du problème de la femme agouna…
K.B.A. :
Il est impossible de parler du mariage sans évoquer le divorce. La kétouba en parle. Dans le monde juif, on apprend d’abord comment défaire le lien avant de le faire. Le kinyan peut en effet être traduit de façon littérale mais il signifie aussi -et c’est le cas ici- « création ». Par le mariage, l’homme crée une nouvelle entité. Sans toucher à la structure du mariage, il faut trouver des solutions halakhiques. C’est le défi du monde juif dans les années à venir.

A.J.: De prestigieuses autorités rabbiniques ont fort bien accueilli le livre, au vu des lettres de recommandations qui l’ouvrent…
K.B.A. :
Il n’est ni simple ni anodin qu’une femme écrive sur un sujet qui touche à des questions de halakha. Il y a en Israël un phénomène grandissant, encore peu courant en France, qui voit des femmes orthodoxes entrer dans l’étude des lois juives. Qu’une autorité rabbinique accepte de donner une lettre de recommandation à un livre écrit par une femme est une forme de message.

A.J.: Terminons sur la beauté de la kala !
K.B.A. :
C’est aussi une façon de dire au marié : celle que tu as épousée est belle ! Mais, et c’est clair dans le Talmud, la beauté, ce n’est pas seulement extérieur !  l

Katy Bisraor Ayache, « Le mariage. Tout sur le mariage juif », Editions Pardess Création, 589 pages, 26euros

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