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29 Mai 2017 | 4, Sivan 5777 | Mise à jour le 29/05/2017 à 15h58

Chabbat Nasso : 21h28 - 22h52

Rubrique France/Politique

Sheina, rescapée de l'attentat de Nice : « Nous sommes conscientes d’être miraculées »

"Merci à Hachem de nous avoir sauvées (DR)

Cinq monitrices du mouvement Habad, encadrant les enfants du Gan, avaient prévu de passer une joyeuse soirée entre copines en ce jeudi 14 juillet 2016. Sheina, Tsipora, Dvora, Sarah et Hanna ne pouvaient se douter de ce qui les attendait. Trois jours après le drame, Sheina, 18 ans, raconte.

Actualité Juive: Comment débute votre soirée ?
Sheina :
« Nous avons acheté, au restaurant Loubavitch, de quoi pique-niquer sur la plage. Sur la Promenade, nous admirions le feu d’artifice, tout en mangeant.  Le spectacle terminé, nous  regagnons le trottoir sud. La foule est compacte, nous avons du mal à avancer. Hanna, s’en va pour rentrer chez elle. Nous restons à quatre sur la Promenade, piétonne, en cette soirée festive. Des estrades avec des musiciens sont installées. La foule se presse autour. Il y a un trottoir sud, côté mer, la chaussée divisée en deux par un terre-plein avec des palmiers, et le trottoir nord avec des immeubles, cafés, restaurants,… Pour rentrer, nous devons avancer à contre-sens de la foule. Lassées de demander pardon pour qu’on nous laisse passer nous décidons de traverser pour aller sur le terre-plein central. A ce moment précis, une de mes copines me donne malencontreusement un coup avec son bras. La bouteille de coca que j’ai en main heurte ma lèvre qui se met à saigner. J’ai mal et je demande d’attendre un peu que cela se calme.

A.J.: Que se passe-t-il ensuite ?
Sheina :
Un instant plus tard, le camion du terroriste nous frôle. Lancé à une vitesse folle, il percute une dame avec qui nous venions de parler. Nous voyons d’autres victimes voltiger et s’écraser sans vie sur le sol. Paniquées, nous prenons nos jambes à notre cou et entrons avec d’autres personnes, dans un immeuble, la peur au ventre. Nous craignons qu’il y ait d’autres terroristes qui vont nous tirer dessus ou nous prendre en otages. Nous sommes tentées de ressortir mais une dame nous indique une issue de secours. Nous remontons la rue Dalpozzo en courant à perdre haleine. Nous nous réfugions dans un petit restaurant chinois pour nous cacher car nous craignons de voir surgir les terroristes. Tout cela a duré à peine un quart d’heure. J’appelle mes parents pour les informer. Ils tombent des nues car les médias n’ont pas encore diffusé la nouvelle. Vers 23 heures, l’info est enfin connue. Nous apprenons que le terroriste était seul et a été abattu.

La fragilité de l’existence
 
A.J.: Et après ?
Sheina :
Le rav Pinson, accompagné de son gendre est venu nous chercher pour  nous amener chez lui. Nous étions tétanisées, en pleurs, attendant de nous réveiller de ce cauchemar. Finalement, la mère d’une amie dont l’avion venait d’atterrir à Nice est venue. Nous avons passé le reste de la nuit chez elle à Juan-Les-Pins.
Nous sommes conscientes d’être miraculées. Nous remercions Hachem de nous avoir protégées et gardées en vie. Après un tel événement, on mesure le bonheur d’être simplement vivant. Nous avons touché du doigt la fragilité de l’existence. Aujourd’hui, notre groupe est encore plus soudé, chacune tient à rassurer l’autre, à l’aider, à le soutenir après cette épreuve pénible qui, n’en doutons pas, laissera des traces.

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