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20 Octobre 2021 | 14, Heshvan 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique France/Politique

« S’occuper de tous les blessés, sans distinction »

L’hôpital Pasteur de Nice où le personnel hospitalier fut mis à rude épreuve.(DR)

Aumônier général israélite des hôpitaux de France, le rabbin Mickaël Journo a dépêché les aumôniers dans tous les hôpitaux de Nice et de la région.

« Il était normal que nous soyons là pour tout le monde : c’était une réaction naturelle de solidarité ». La voix posée du rabbin Mickaël Journo, aumônier général israélite des hôpitaux de France, ne refuse pourtant pas longtemps un aveu douloureux : « Depuis un an, tout ce qui était de l’ordre de la théorie est passé à la pratique ».
Au soir des attentats du 13 novembre, les aumôniers israélites s’étaient déplacés dans tous les hôpitaux où les blessés étaient acheminés. Le 14 juillet, Nice les a de nouveau vus sur le front. « Dès que la nouvelle de l’attentat est tombée, raconte-t-il, j’ai aussitôt mobilisé les aumôniers des hôpitaux en poste à Nice et sur toute la Côte d’Azur, mais aussi à Marseille. Nous avons fait envoyer des laissez-passer à tous nos aumôniers qui étaient bouclés dans le périmètre de sécurité pour qu’ils puissent intervenir et accéder aux hôpitaux où les blessés étaient transportés ». En plus des aumôniers, des bénévoles de la communauté juive de Nice et des cadres communautaires ont été dépêchés. Des personnes qui avaient suivi des formations spécifiques. C’est cela, « le théorique passé à la pratique » que le rabbin Journo évoquait plus haut. « On a mis en place ces formations pour vite réagir en cas d’attentats afin d’apporter une aide sur le terrain et dans les hôpitaux, mais aussi pour surveiller les questions d’ordre post-traumatiques ».
Une part importante du travail des aumôniers fut cette nuit-là de rassurer les familles, d’être à leurs côtés : elles attendaient des nouvelles de leurs proches, blessés ou disparus. Dans ces heures sombres, les différences s’estompent, et une fois encore, l’universalisme de la mission des aumôniers israélites se révèle telle qu’elle fut portée durant la Grande Guerre par le rabbin Abraham Bloch, mort au champ d’honneur après s’être occupé d’un soldat chrétien qui était mourant. « Nous nous occupons de tous les blessés, de toutes les familles, sans distinction d’origine ou de religion. Parce que notre mission, c’est d’être là pour tous ceux qui souffrent », rappelle le rabbin Journo. Y compris le personnel hospitalier mis à rude épreuve. Au matin, le rabbin Yaïr Ziri, aumônier israélite de Nice, passera même de longs moments à épauler une infirmière qui avait passé la nuit à gérer les centaines de blessés qui avaient afflué. Lui-même est encore ébranlé : il était dans un bâtiment sur la Promenade des Anglais au moment de l’attentat. « Nous sommes meurtris, ce sont les lieux de notre vie qui sont touchés explique-t-il, mais il fallait agir et il faut avancer ».
« Nos aumôniers font un travail exceptionnel, résume le rabbin Journo. Ils sont à l’écoute, emplis d’humanité et d’empathie ». Leur mission ne s’est pas arrêtée là puisqu’ils ont fourni une aide logistique aux familles qui ont passé le Chabbat dans les hôpitaux. « Nous restons en relation avec elles. On veut juste qu’elles sachent que nous sommes là si elles en éprouvent le besoin ».
Pour ce qui est de l’avenir, le rabbin Journo est fataliste mais loin d’être résigné. « Nous savons que nous sommes entrés dans une ère de terrorisme. C’est pour cela qu’à la rentrée, nous allons mettre sur pied des formations spéciales pour l’aumônerie mais aussi pour les cadres des associations juives. Nos intervenants viendront d’Israël. Ils ont hélas une longue expérience en la matière. Le but sera d’être le plus efficacement possible au service des blessés et de leurs proches ». 

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