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22 Août 2019 | 21, Av 5779 | Mise à jour le 08/08/2019 à 12h19

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Des trésors de la Genizah du Caire dévoilés au public

Une sélection de manuscrits peut être consultée par le public (sur rendez-vous) (DR)

Un responsum signé de la main du grand décisionnaire rabbinique Moïse Maimonide (XIIe siècle), une très ancienne ketoubah illustrée, des livres éducatifs pour enfants en hébreu datant du Moyen-Age ou encore l’un des tout premiers manuscrits de la mer Morte…

Voilà quelques-uns des trésors inestimables issus de la célèbre Genizah du Caire, que le public peut en ce moment découvrir et manipuler librement, à la bibliothèque de l’Université de Cambridge, au Royaume-Uni.
Cette bibliothèque possède la plus grande collection de manuscrits - quelque 193 000 fragments au total - provenant de la synagogue égyptienne de Fostat (vieux Caire) : rédigés entre 870 et 1880, ces documents ont été retrouvés dans la Genizah de la synagogue, ce lieu traditionnel du judaïsme où l’on conserve les textes en hébreu devenus inutilisables. Les manuscrits ont été acquis par Cambridge en 1897, par l’intermédiaire du rabbin et universitaire Solomon Schechter. Intrigué par des fragments que lui avaient rapporté deux soeurs écossaises, de retour d’une expédition en 1896, Schechter s’était alors rendu sur place et y avait très vite compris l’importance de sa découverte.
« Les documents de la genizah du Caire ont permis non seulement d’apporter un éclairage inédit sur le monde juif médiéval oriental, mais aussi sur l’histoire du monde musulman et chrétien, et ce dans une multitude de domaines : économique, sociologique, religieux » explique la chercheuse Melonie Schmierer-Lee, qui travaille au sein de l’unité de recherche sur la Genizah à Cambridge.
« De nombreux documents étaient placés dans la Genizah parce qu’ils comportaient le nom divin. Mais certains se sont aussi retrouvés là par erreur, par hasard, voire par paresse. Outre les manuscrits religieux (haggadot, livres de prières, bibles), on a ainsi récupéré des ordonnances médicales, des listes de course, de la poésie, des lettres ou des factures qui nous apportent de précieux renseignements historiques sur la vie des gens ».
Les documents retrouvés montrent que les juifs étaient pleinement intégrés dans la société orientale, qu’ils étaient souvent lettrés, qu’il existait des contrats pré-nuptiaux afin de résoudre certains problèmes liés aux femmes agounot ou encore que filles et garçons étaient éduqués ensemble. « On a aussi retrouvé de rares témoignages de victimes des Croisades racontant dans le détail de terribles scènes de massacres » ajoute Melonie Schmierer-Lee.
Créée dans les années 70, l’unité de recherche de la Genizah est notamment chargée de la conservation et de la numérisation des manuscrits. Un travail long et fastidieux auquel s’attèle une petite équipe de dix chercheurs qui doivent séparer les fragments collés ensemble puis les nettoyer minutieusement en veillant à ce qu’ils ne se désintègrent pas. Chaque mois, des centaines de nouveaux fragments sont mis en ligne. A l’heure actuelle plus de 18 000 manuscrits ont été numérisés.
L’université de Cambridge collabore par ailleurs depuis 2011 au Friedberg Genizah Project, un projet israélo-canadien qui vise à mettre en ligne la totalité des manuscrits de la Genizah, aujourd’hui dispersés aux quatre coins du monde, de New York à Cambridge en passant par Jérusalem. « Nous avons reçu un million de livres sterling de la part du projet pour nous aider à numériser la collection de Cambridge » explique Melonie Schmierer-Lee. Le Friedberg Genizah Project utilise notamment un logiciel innovant, inventé par des ingénieurs israéliens de l’université de Tel-Aviv, qui utilise le principe de la reconnaissance faciale, afin de recoller ensemble des fragments de manuscrits déchirés et dispersés à travers la planète.

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