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27 Septembre 2021 | 21, Tishri 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Le néo-sultan Erdogan tourne le dos au kémalisme

Crédit DR

Après l’échec du coup d’Etat, l’islamisation autoritaire du régime pourrait éloigner le pays des puissances occidentales.

Vers un régime islamo-nationaliste autoritaire
« Allahu Ekber ! Allahu Ekber ». Vendredi 15 juillet, deux Turquie se sont fait face dans la rue et l’une d’entre elles est restée K.O. En résonance avec les Turcs qui prononçaient la chahada, la profession de foi de l’islam, en guide de slogan pro-AKP, le parti au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan entend bien désormais « fermer la parenthèse du kémalisme », l’idéologie à l’origine de l’Etat turc moderne. « Erdogan est un homme pieux, sentiment renforcé par le fait qu’il vient d’échapper à la mort » estime dans Le Parisien Dorothée Schmidt, spécialiste de la Turquie à l’Institut français des relations internationales. « La religion était déjà en train de revenir au premier plan depuis la prise de pouvoir en 2002 de l’AKP […]. Le phénomène va s’accentuer ». Pour Soner Cagaptay, du think tank Washington Institute, « la Turquie affronte son moment Iran 1979 », l’année de la révolution islamique menée par l’ayatollah Ruhollah Khomeyni. M. Erdogan pourrait ainsi être tenté de surfer sur le « zèle religieux » de ses soutiens pour débarrasser la Turquie des derniers oripeaux laïcs. La reprise en main de l’armée, pilier du kémalisme, et l’islamisation en cours du système éducatif, favorisé par des purges massives parmi les enseignants, vont dans ce sens.

Affaiblir l’armée,un pari risqué ?
Cette inflexion sociopolitique rencontre encore une certaine résistance comme l’ont montré le week-end dernier les rassemblements à Istanbul sur la place Taksim, déjà théâtre d’un grand mouvement de protestation en 2013. La dynamique engagée par M. Erdogan semble néanmoins délicate à ralentir : le coup d’Etat apparaît comme une « divine surprise » pour le « sultan néo-ottoman ».
Plus de 10000 militaires, dont 34 généraux, ont été placés sous les verrous en quelques jours ; des milliers de policiers ont pour leur part été licenciés. L’état d’urgence a été instauré. Rassurant politiquement pour Erdogan, toujours méfiant vis-à-vis d’une institution tentée historiquement par le putsch (1960, 1980, 1971 et, dans une moindre mesure, 1997), ces mesures pourraient finir par coûter cher sur le plan sécuritaire. « Cela constitue une perte majeure en termes d’expertise et de mémoire institutionnelle dans une période d’augmentation des défis sécuritaires » considère Fadi Hakura, chercheur au Chatam House de Londres. Le pays a connu 14 attentats l’année dernière, organisés par l’Etat islamique ou les Kurdes du PKK.

Poutine, grand vainqueur du coup d’Etat ?
Nombre d’observateurs ont dressé un parallèle entre le putsch avorté à Istanbul et son  équivalent égyptien, plus réussi, en 2013. Celui qui était encore le « maréchal » Al Sissi avait écarté du pouvoir le président islamiste, élu, Mohammed Morsi. Le rapprochement est d’autant plus séduisant lorsqu’on le prolonge en s’interrogeant sur la réaction de l’allié commun américain. « Dans chacune des situations, la réponse immédiate de l’administration américaine à des situations en évolution rapide a été de publier des déclarations insipides appelant au calme et condamnant la violence » note Jeremy Shapiro, de la Brookings Institution. « Dans tous les cas, elle fut blâmée pour ne pas avoir agi suffisamment énergiquement, voire parfois accusée d’avoir directement incité à la violence ».
La mise en place d’une « démocrature » turque pourrait ainsi se traduire par un rapprochement avec la Russie. Les récentes excuses d’Erdogan au sujet de l’avion russe abattu dans les airs turcs, en novembre, et surtout les réactions inquiètes des gouvernements occidentaux face au risque d’un durcissement du régime turc, membre de l’OTAN, pourraient accélérer ce mouvement géopolitique.

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