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23 Septembre 2019 | 23, Elul 5779 | Mise à jour le 23/09/2019 à 15h27

Rubrique Israël

Douze ans pour obtenir le guett

Crédit : FLASH90

Douze ans après la séparation d’avec son mari et quelques années de lutte pour tenter de récupérer un guett déposé chez un rabbin très peu coopératif, une Française vient, enfin, de divorcer religieusement… grâce à un tribunal rabbinique de Tel-Aviv.

Dans les annales des agounote, c’est une histoire peu banale. Voilà une douzaine d’années, un couple se sépare (2004). Outre les différends (classiques) d’ordre personnel, les deux ne sont pas d’accord sur la répartition des biens. Un an plus tard, sans qu’aucun divorce civil n’ait été prononcé, le mari dépose un guett chez un rabbin orthodoxe d’une grande ville de province. Ce qui, en soi, peut tout à fait s’entendre.
 En effet, bien que selon la loi française, le divorce religieux ne peut se donner qu’après l’obtention du divorce civil, certains rabbins craignant que le mari ne change d’avis se font remettre le divorce religieux en attendant. Mais, ce qui est inédit en la circonstance, c’est que ce rabbin-là remarie religieusement l’époux sans transmettre le guett à celle qui, aux yeux de la loi juive (et française), est toujours son épouse. Le voilà donc bigame. A noter, en passant, que celui-ci divorcera de cette « seconde » épouse et que le même rav le mariera avec une troisième… Après des efforts (vains) pour trouver un terrain d’entente économique, le divorce civil est prononcé en 2011.
 Cela va-t-il faire évoluer la situation ? Le rabbin va-t-il enfin céder aux demandes répétées de la femme de lui transmettre son guett ? Pas du tout. En effet, celui-ci reproche à cette dernière de s’être adressée aux autorités civiles en matière de liquidation de la communauté. « En représailles », diront certains protagonistes de l’affaire, il continue, donc, à refuser tout transfert d’un guett qui dort, probablement, dans les locaux de son tribunal rabbinique parallèle. Bref, tant qu’elle n’accepte pas d’en passer par sa vision des choses, elle doit rester agounah.
 
Une histoire peu banale
S’ensuit un jeu pervers où les deux protagonistes de l’histoire se renvoient la balle. Si la dame se plaint de son mari, celui-ci répond qu’il a bien donné le guett ; et si elle se tourne vers le rabbin, celui-ci réplique qu’il n’attend que le feu vert de l’époux. Ce qui est faux, comme il le reconnaîtra auprès d’un responsable spirituel parisien auquel il confiera qu’il n’a pas l’intention de changer de politique. En parlant de Paris, la dame se tourne vers certaines de ses autorités rabbiniques qui, tout en lui donnant verbalement raison, éviteront d’intervenir dans le litige. Par peur du rabbin ? Pour ne pas faire de vague ?
Finalement, voici trois ans, le dossier est transmis aux tribunaux rabbiniques israéliens et à l’organisation « Yad LaIsha » qui se bat en faveur des femmes dont les maris refusent de divorcer religieusement. L’épouse trouve, auprès d’eux, aide et réconfort. Mais pour être vraiment efficace, il faut que le mari vienne dans le pays. Or, tout récemment, la mère de ce dernier décède et celui-ci part pour la semaine de deuil en Israël. Sa présence est signalée à ces mêmes tribunaux rabbiniques et au Rav Maïmon dont les services sont spécialisés dans ces problèmes d’agounote. Une mesure d’interdiction de sortir du pays est délivrée à l’époux. Ainsi qu’une convocation à venir s’expliquer devant un beit din de Tel-Aviv, sous l’autorité du Rav Shtessman, et notamment d’évoquer sa situation particulière en tant que (ex) bigame.
Là encore, le mari essaye de tergiverser soulignant que la procédure ne peut être menée à bien étant donné que l’on a affaire à des citoyens français… Puis, reste médusé lorsque le tribunal lui montre que sa femme est devenue, entre-temps, citoyenne de l’Etat hébreu et que tout se passe, donc, dans la plus stricte légalité. Peu de temps après cette « révélation », le mari cède et remet un guett en bonne et due forme à son épouse, qui a déclaré que ce jour était le plus heureux de sa vie.

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