Default profile photo

17 Décembre 2018 | 9, Tevet 5779 | Mise à jour le 17/12/2018 à 17h07

Rubrique France/Politique

Bernard Abouaf et Pierre Gandus : « Radio Shalom doit redevenir une radio d’information tournée vers Israël »

De gauche à droite : Lorino, Bernard Abouaf et Pierre Gandus. (DR)

Après un procès fleuve sans cesse reporté, le tribunal de commerce de Paris, chose rare, a rejeté le jeudi 6 octobre dernier le plan de continuation de Radio Shalom proposé par Roger Assaraf au profit du plan de cession des salariés. Comment le pot de terre a pu l’emporter sur le pot de fer ? Récit de Bernard Abouaf et Pierre Gandus, les nouveaux directeurs de la radio avec Armand Amsellem.

Actualité Juive: Soulagés ?

Pierre Gandus : Un peu beaucoup.

Bernard Abouaf : Mais on ne réalise pas encore.


A.J. : Vos auditeurs et nos lecteurs ne sont sans doute pas au courant des événements de ces derniers mois ?

P.G. : Le 18 décembre 2014, la société qui gère Radio Shalom était mise en redressement judiciaire…

B.A. : …avec 1 million de dettes cumulées avec l’association.


A.J.: Avant cette date, ressentiez-vous que la radio n’allait pas bien ?

P.G. : Oui, bien sûr. Des huissiers débarquaient pour prendre du matériel. Des lettres d’huissiers arrivaient pour réclamer des paiements, des saisies sur compte. Nous recevions des menaces au moment des paiements des salaires à la fin du mois.

B.A. : Le vrai changement est intervenu quand Robert Assaraf a dû décrocher pour des raisons de santé alors qu’il connaissait bien la presse juive et qu’il protégeait la rédaction. Robert Assaraf a créé Marianne, il a été un homme de presse toute sa vie.

P.G. : Robert qui comprenait le fonctionnement de la rédaction et la respectait, en a été le gérant jusqu’en 2012 mais a commencé à décrocher progressivement au moment où sa fille est décédée. Il a alors confié la gestion de la SARL à son frère Roger Assaraf et les ennuis ont débuté.


A.J.: Concrètement pour l’équipe, qu’est-ce qui se passe ?

B.A. : Il y a une légitimité et une crédibilité de Radio Shalom – ce que Robert a toujours pensé – quand arrive Roger qui déstabilise toute la rédaction. Quand il nous a carrément proposé de « passer » sur son association, nous avons pris une avocate qui nous a conseillé de ne rien accepter. Et depuis deux ans, on s’est retrouvé dans une guerre que l’on n’a pas déclenchée.

Lorino (animateur) : On est passé par un ascenseur émotionnel allant de l’optimisme au désespoir le plus total.


A.J.: Vos auditeurs se sont-ils aperçus de cette dégradation de vos conditions de travail ?

B.A. : Des animateurs et des journalistes ont été renvoyés. Des émissions ont été remplacées par de la musique.

P.G. : Une période très difficile qui a duré 22 mois.



« Tout le monde était avec nous »


A.J.: Vous attendiez-vous à cette décision en votre faveur du 6 octobre dernier ?

P.G. : Jusqu’à la dernière minute, on était très partagé, mais on avait un faisceau de ressenti de différents acteurs judiciaires qui nous laissaient penser qu’on allait gagner.

B.A. : J’étais le représentant des salariés et j’assistais à toutes les audiences. En arrivant à la dernière audience, le CSA reconduisait Roger Assaraf, l’administrateur disait se prononcer en sa faveur tout comme la mandataire disait que les créanciers étaient pour lui. La messe était dite et pourtant, au moment de voter, l’administrateur dit soutenir le plan des salariés pour l’avenir de la radio, la mandataire dit ne pas croire en la méthode de gestion de Roger, le procureur soutient les salariés, et le CSA rend un accord favorable au plan de cession, celui des salariés parce qu’on les connaît, et moi je vote pour mon équipe. En tant que croyant, je vivais un miracle : tout le monde était avec nous alors qu’on avait l’impression du contraire.


A.J.: Que va-t-il se passer maintenant ?

P.G. : On va essayer de renouer avec la ligne de la radio qui a toujours été la voix de la paix, le soutien au processus de paix, le dialogue interreligieux dans un contexte différent et plus compliqué. On va tenter de trouver des passerelles et l’on a de nombreux projets, notamment de redonner la parole à ceux qu’on entendait peu, de redynamiser la grille des programmes. On a tout à refaire progressivement et le challenge est motivant. 

B.A. : Radio Shalom est constituée par une équipe légitime et crédible qui est habitée. Elle doit, par ailleurs, redevenir une radio d’information tournée vers Israël et le Proche-Orient. Les projets sont nombreux.

Powered by Edreams Factory