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04 Juillet 2020 | 12, Tammuz 5780 | Mise à jour le 03/07/2020 à 09h28

Jeûne du 17 Tamouz : 03h25 - 22h45

Rubrique France/Politique

EXCLUSIF. Alain Juppé: « La sécurité d'Israël n'est pas négociable »

Pour l'ancien premier ministre de Jacques Chirac, "il est du devoir de la France de s'engager résolument pour faciliter les négociations israélo-palestiniennes" (DR).

A trois jours du second tour de la primaire de la droite et du centre, et à quelques heures du débat télévisé, le maire de Bordeaux a répondu aux questions d'Actualité juive. Laïcité, relations à Israël et à l'Iran, polémique sur "Ali Juppé": le candidat favori devenu outsider est revenu en longueur sur quelques uns des thèmes qui ont marqué la campagne.

Revenons tout d’abord sur la polémique « Ali Juppé ». Vous regrettez depuis le début de la semaine des « attaques franchement dégueulasses » Qui est à l’origine de cette campagne ? A-t-elle selon vous influencé une partie des électeurs de droite dimanche ?

Alain Juppé : Cette campagne ignominieuse été lancée à base de rumeurs plus absurdes les une que les autres: j'aurais construit la plus grande mosquée d’Europe à Bordeaux, je serais proche des salafistes. J'ai été affublé de surnoms destinés à me nuire. Cette campagne a été lancée par les milieux d'extrême droite puis relayée par d'autres. Son contenu était si outrancier et invraisemblable que je n'y ai pas prêté suffisamment attention. J'ai eu tort.

Certains se sont malheureusement laissés abuser et ont voté contre moi.

Je constate aussi que personne dans ma famille politique n’a jugé utile de dénoncer ces agissements.

C'est un rappel de ce qu'est la droite extrême et du danger qu'elle représente. Nous ne devons jamais transiger avec elle. Jamais. Elle nous a déjà conduit et nous conduirait aux abimes. Dès qu’elle fait surface, nous devons lui répondre.

 

Avez-vous été heurté de voir certains sites juifs relayer ces attaques, et de vous accuser de complaisance avec le salafisme et l’antisémitisme ?

A. J. : Ils ont été abusés comme d’autres. Il y a effectivement quelques sites qui ont diffusé ces propos. C'est une minorité mais ils m’ont aussi fait du mal dimanche dernier. J'ai apprécié la prise de position du Président du Crif lorsqu'il a rappelé que la calomnie n'a pas sa place dans le débat démocratique.

Jamais, dans toute ma carrière politique, je n’ai montré la moindre faiblesse envers l’antisémitisme. Je suis d'ailleurs inquiet de voir qu'il se manifeste à nouveau dans notre pays de manière rampante et même parfois à visage découvert. Nous devons le combattre avec la plus grande énergie.

 

Vous proposez la création d’un code de la laïcité et la liberté de choix à la cantine entre différents menus. Diriez-vous comme François Fillon que les problèmes de laïcité ne concernent ni les catholiques ni les Juifs mais les musulmans ? 

A. J. : J’ai effectivement proposé de faire adopter un code de la laïcité qui rassemblera les règles non négociables qui s’imposent à tous et à toutes les religions, pour donner des bases fermes à ceux qui font appliquer la laïcité au quotidien. Qu’est-ce qui est acceptable ? Qu’est ce qui ne l’est pas ?

Il est vrai que la question des relations entre l'Etat et la religion est réglée depuis plus de deux siècles pour la religion juive et depuis plus d'un siècle pour la religion catholique. Je n’ai jamais constaté le moindre problème à cet égard sauf lorsque certains les créent à dessein en voulant interdire aux enfants la possibilité de choisir entre plusieurs plats à la cantine ou empêcher l'installation d'une crèche de Noël dans un bâtiment public alors que tout le permet dans le respect de nos traditions. La question de la laïcité n'est en revanche pas réglée de la même manière avec la religion musulmane et c'est évidemment ce qu'il faut parvenir à faire.

A cet égard je voudrais dire deux choses: la première, c’est que je suis convaincu qu’une grande majorité des Français de confession musulmane adhère aux valeurs républicaines et respecte le principe de la laïcité. A eux, je veux garantir qu’ils pourront pratiquer librement leur religion en France.

La deuxième chose que, c’est que la France a des valeurs et une culture qui ne sont pas négociables et que la République ce sont des règles qui s'imposent à tous. Ces valeurs et cette culture, ce sont les racines grecques, latines et judéo-chrétiennes de la France, un humanisme qui nous vient de la Renaissance et de l’esprit des lumières, qui constitue notre identité. Ces règles, ce sont notamment celles de la laïcité ou l’égalité homme-femme.

Voilà les deux bornes que je veux poser : d’un côté la liberté religieuse pour tous ceux qui respectent nos lois, nos valeurs et notre culture. De l’autre, un combat très ferme contre tous ceux qui ne les respectent pas.


"L'Iran doit changer sa politique régionale"  

En matière de politique extérieure, vous avez insisté pendant la campagne sur le comportement dangereux de l’Iran sur la scène internationale. La volonté de François Fillon de se rapprocher de la Russie et par extension de Téhéran constitue-t-elle selon vous une erreur ?

A. J. : L'accord nucléaire, qui est le fruit de dix ans d'efforts à l'initiative de la France, a permis de mettre un terme au développement du programme nucléaire militaire de l'Iran. C'est un résultat remarquable mais la mise en oeuvre de l'accord exige vigilance et exigence pour que l'Iran respecte ses engagements sans finasser et renonce effectivement à son programme militaire.

Mais l'Iran doit aussi changer sa politique régionale, passer d'une politique qui inquiète ses voisins à une politique qui contribue à la sécurité et à la stabilité de la région. Irak, Yémen, Syrie, dans tous ces conflits, le rôle de l'Iran est primordial et doit changer.

Enfin, n'oublions pas la question des droits de l'homme, et en particulier celle de la peine de mort, l'Iran étant le pays au monde qui y recourt le plus, près de 900 exécutions l'an dernier, y compris contre des mineurs.

Ce dialogue exigeant doit aller de pair avec le développement de nos relations économiques et culturelles avec l'Iran pour qu'il prenne conscience des bénéfices qu'il tirera de cette évolution et que les progrès qu'en retirera la population encourageront les autorités à poursuivre dans la voie de la coopération.

 

Soutenez-vous l’initiative de paix au Proche-Orient lancée par François Hollande ?

A.J. : J'ai toujours été l'ami d'Israël, convaincu que sa  sécurité n'est pas négociable et que nos deux  pays sont liés par des liens d'une force inaltérable tissés par  l'histoire et la foi commune dans la démocratie entre autres. Je suis convaincu  aussi que la paix et la sécurité au Proche-Orient passent par un accord durable entre les Israéliens et les Palestiniens, c'est-à-dire par l'existence de deux Etats, vivant dans des frontières sûres et reconnues, capables de garantir leur sécurité, ayant Jérusalem pour capitale.

Ceci exige des négociations et il est du devoir de la communauté internationale de tout faire pour qu'elles reprennent directement entre les deux parties car le blocage actuel est excessivement dangereux.

Il est du devoir de la France de s'engager résolument pour faciliter ces négociations et je suis déterminé à prendre toutes mes responsabilités à cet égard.

 


"Nous devons nous inspirer des Israéliens face au terrorisme"

Dans une interview à l’Arche en juillet dernier, vous mettiez en rapport le terrorisme islamique en France et le terrorisme palestinien en Israël. Comment cette convergence de vues peut-elle se traduire en actes sur le plan bilatéral ? 

L’Etat d’Israël vit  sous la menace   du  terrorisme depuis des décennies et sa population paye, hélas, un lourd tribut.  La population et les services de sécurité et de renseignement israéliens ont donc fait face à des menaces de grandes ampleurs bien  avant nous. Ils ont développé des méthodes tant du point de vue de la prévention, du renseignement que de la répression. Nous devons nous en inspirer.

C’est d’ailleurs pour cela que, concernant le renseignement et contrairement à François Fillon, je veux que nous développions un renseignement présent au plus près du terrain. Le renforcement du renseignement territorial qui a été considérablement affaibli avec la réforme de 2008 qui a supprimé les RG doit être une priorité.

 

« Je ne peux pas me résoudre à voir les synagogues sous protection militaire » pointiez-vous il y a un an. Quel message souhaitez-vous délivrer aux Juifs français qui s’inquiètent de leur avenir en France ?

A.J. : Je veux leur dire que nous avons été trop laxistes au cours des années passées. Nous n’avons pas tenu compte des signaux  que constituaient notamment la hausse continue des agressions contre nos  concitoyens de confession juive. Je veux leur dire que la sécurité doit être un enjeu majeur et que nous ne devons pas hésiter.

Quand François Fillon explique que nous ne devons pas augmenter les effectifs de police et de gendarmerie, c’est un point fort de désaccord entre nous. Pire, avec le programme de réduction des effectifs de 500 000 fonctionnaires qu’il prévoit, dans 5 ans, nous aurions moins de militaires, de policiers et de gendarmes.

Je ne peux pas accepter que la France continue à baisser la garde.  Au contraire, je crois, pour ma part que nous devons renforcer les effectifs des forces de l’ordre : j’ai proposé de mettre 10 000 personnels supplémentaires sur le terrain en cinq ans pour revenir au niveau de 2007.

Je veux dire aux Juifs français que leur sécurité n’est pas un enjeu parmi d'autres. C’est un enjeu de la République tout entière qui doit protéger les siens.


Note de la rédaction: Actualité juive a sollicité en début de semaine, en parallèle d'Alain Juppé, une interview de François Fillon dans notre journal, puis sur notre site. Nous n'avons pas obtenu de réponse favorable de son équipe, au moins pour un entretien dans l'immédiat. 

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