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27 Septembre 2022 | 2, Tishri 5783 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique France/Politique

Gilles Clavreul : « Il y a une tenaille identitaire en France »

Crédit DR

La Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA) organisait, le 24 novembre, au Palais de la Porte Dorée, une journée « Mobilisés contre le racisme et l'antisémitisme ». L’occasion pour historiens, responsables associatifs et ministres – dont le premier d’entre eux, Manuel Valls – de livrer leur regardsur leurs engagements.

Actualité Juive: Est-il plus difficile de mobiliser les jeunes aujourd’hui dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme que dans les années 1980 ?
Gilles Clavreul :
A l’époque, la mobilisation antiraciste était très forte. Surtout, elle était consensuelle. Les Français de toutes origines qui s’engageaient dans ce combat ne se regardaient pas les uns les autres en se concurrençant. Les choses sont beaucoup plus compliquées aujourd’hui. Concurrence mémorielle, accusation de deux poids, deux mesures ; ce sont des sujets qu’il ne faut pas fuir. Avec le Premier ministre, nous avons voulu repartir de la base : qu’est-ce qu’être Français ? Qu’est-ce qui nous réunit ? Ce sont des valeurs communes, une envie de vivre ensemble. Nous sommes potentiellement tous victimes des discours de la haine. On peut être la cible de l’extrême droite, des antisémites, des complotistes, des homophobes.
Depuis deux ans, les choses sont en train de changer. Les attentats n’y ont pas été étrangers, occasionnant un sursaut dans la société. Des associations proposent des projets. Nous avons fait renaître la semaine de l’éducation contre le racisme, à la fin du mois de mars, qui était passée sous les radars avec le temps. On est capable d’obtenir des résultats. Depuis le début de l’année, on constate une forte baisse des actes racistes (-44%), antisémites (-62%) et antimusulmans (-54%). Nous sommes parvenus à enrayer la dynamique. Mais restons prudents : un incident, et cela peut repartir.

A.J.: Ces facteurs de déclenchement, par exemple la reprise d’un affrontement au Proche-Orient, sont par définition difficiles à anticiper. 
G. C. :
C’est pour cela qu’il faut être à la fois lucide et clair sur les risques et les menaces qui sont devant nous. Il y a une tenaille identitaire en France, comme dans tous les pays occidentaux. A une extrême droite populiste, qui n’a jamais été aussi forte et décidée à déstabiliser la société, répondent des courants de repli intégristes religieux. Ces deux-là se renforcent l’un l’autre. Si on n’y prend pas garde, si on ne montre pas notre détermination, la tenaille se refermera. Mais effectivement, les événements extérieurs, tel un redémarrage du conflit israélo-palestinien, peuvent avoir des répercussions en termes de violence, comme on l’a vu depuis quinze ans.


«Les événements extérieurs, tel un redémarrage du conflit israélo-palestinien, peuvent avoir des répercussions en termes de violence.»

A.J.: Vous vous inquiétiez cet après-midi de la traduction politique d’une flambée des actes racistes. Estimez-vous que la campagne électorale, et son lot d’outrances, peut contribuer à l’inverse à susciter des passages à l’acte ?
G. C. :
Je suis très attentif et très soucieux qu’il n’y ait pas de dérapages dans le débat public. Je prendrai à chaque fois que nécessaire mes responsabilités pour pointer des dérives. J’ai déféré par exemple la campagne d’affichage contre les migrants du maire de Béziers, Robert Ménard. J’estime non seulement qu’elle est illégale et doit être sanctionnée. Mais il est également très grave d’attiser les sentiments de haine. Quels que soient les responsables politiques, quels que soient leurs bords, devant des interprétations pour le moins approximatives de l’histoire, il faudra rappeler certains principes. 

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