Default profile photo

16 Décembre 2017 | 28, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Israël

La nouvelle équation israélienne face à la Russie

Batteries de défense antiaérienne S-300 installées dans la ville côtière de Tartous, base logistique de la marine russe en Syrie. (DR)

La présence aérienne russe dans le ciel syrien pourrait limiter les capacités d’action israéliennes dans la région.

L’année 2016 a marqué le vingt-cinquième anniversaire de la restauration des relations diplomatiques entre l’Etat d’Israël et la Russie. Elle a dans le même temps donné naissance à une nouvelle configuration géopolitique entre les deux partenaires au Moyen-Orient, dans laquelle Jérusalem doit avaler certaines couleuvres pour préserver une relation plus que jamais stratégique. Avec le retour en force de la Fédération russe dans la région, sur fond de guerre syrienne et de crise de la puissance américaine, Israël doit composer bon gré, mal gré. Et dispose de certains atouts dans son jeu.
Si Binyamin Netanyahou s’est vu contraint, depuis plus d’un an, de repenser à nouveaux frais les relations israélo-russes, l’émergence de Vladimir Poutine comme « le nouvel homme fort au Moyen-Orient », selon la formule du New York Times, n’y est pas pour rien. Les relations politiques bilatérales se révèlent efficaces et régulières, les échanges entre les états-majors militaires se poursuivent, même si des mesures ont été prises pour éviter des accrochages dans les airs entre avions israéliens et russes. Il arrive même que ces derniers, engagés dans des opérations à la frontière syrienne, pénètrent l’espace aérien israélien de manière impromptue. Jusqu’ici, Tsahal n’y a jamais riposté, au regard des accords plus ou moins tacites entre les deux camps.
Une rencontre a néanmoins eu lieu, début octobre, à la Kyria, le centre du ministère de la Défense à Tel-Aviv, entre responsables militaires israéliens et russes. Objectif : établir de « nouvelles procédures et règles en matière d’ouverture de feu » qui s’ajouteraient aux mécanismes de coordination déjà en place. Le sujet a probablement été au menu de l’entretien téléphonique entre Binyamin Netanyahou et Vladimir Poutine, le 21 octobre dernier. Sixième exercice du genre depuis le début de l’année, la conversation témoignait à la fois de la proximité des deux leaders mais surtout de la nécessité d’une coordination bien huilée dans un contexte régional particulièrement tendu, rythmé par les affrontements à Alep, en Syrie, et à Mossoul, en Irak.


Le territoire israélien désormais dans le viseur du système russe

« La signification diplomatique de ce mécanisme de prévention des conflits ne doit pas être surestimée » analyse le major général de réserve israélien Yaakov Amidror, dans une note publiée par le Begin-Sadat Center for Strategic Studies. « Pas plus qu’Israël ne doit compter sur l’espoir que les Russes limiteront les opérations du Hezbollah et de l’Iran contre Israël ou feront quoi que soit pour les réduire ».
Le plus sérieux challenge posé à l’armée israélienne par la montée en puissance russe se trouve à Tartous. C’est là, dans cette ville côtière de l’Ouest de la Syrie qui abrite historiquement une base logistique de la marine russe, qu’ont été installées, début octobre, des batteries de défense antiaérienne S-300. Ce déploiement intervient un an après celui du S-400, un système anti-aérien capable, grâce à un radar à balayage électronique, de détecter des cibles et de les abattre sur un rayon de 400 kilomètres. Une enquête parue dans le Washington Post en a tiré les conséquences : le territoire israélien se retrouve désormais dans le viseur du système russe. La quasi-totalité des mouvements de l’armée de l’air israélienne peut désormais être suivie à la trace depuis Tartous. La nouvelle, anticipée depuis des mois par les stratèges de Tsahal, renouvelle l’équation militaire israélienne dans des proportions inédites depuis plus de trente ans. La paix avec l’Egypte en 1977 et la destruction des défenses aériennes syriennes lors de l’opération « Courtilière 19 » (Mivtsah Artsav Tsha-esré), en juin 1982, avaient assuré à l’armée de l’air un quasi-monopole dans les airs proche-orientaux. C’est pour conserver cet équilibre des forces que des missions ont été menées en Syrie, au Liban ou au Soudan, dans un passé récent, pour empêcher l’acquisition de matériels perfectionnés par le Hezbollah ou le Hamas. Jusqu’ici, Vladimir Poutine n’a pas remis en cause le statu quo. « La volonté de la Russie de tolérer les opérations des forces aériennes israéliennes au-dessus de la Syrie reflète une certaine compréhension de la position d’Israël. D’une certaine manière, la permission tacite qu’elle accorde aux opérations israéliennes d’interruption des transferts d’armements légitime ces opérations » décrypte Yaakov Amidror.
Des questions restent néanmoins en suspens. Jérusalem peut-elle compter sur la permanence de cette tolérance russe ? Comment réagira le maître du Kremlin en cas de confrontation majeure au Liban contre le Hezbollah, dont on s’inquiète en hauts lieux des progrès opérationnels permis par la collaboration avec les experts russes sur le terrain syrien ? La présence des S-300 russes sur son territoire amènera-t-elle enfin le président syrien Bachar El Assad à prendre quelques risques et à riposter à des frappes israéliennes, comme ce fut le cas en septembre ? C’est bien un tremblement de terre auquel pourrait bientôt faire face la doctrine de défense de Tsahal.

Powered by Edreams Factory