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19 Août 2019 | 18, Av 5779 | Mise à jour le 08/08/2019 à 12h19

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Fabrice Balanche : « Nous sommes à la veille d’une nouvelle vague d’attaques terroristes »

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Alors que l’Etat islamique fait l’objet d’une opération simultanée contre deux de ses places fortes, en Irak et en Syrie, le chercheur au Washington Institute estime que le mouvement pourrait se replier en Libye.

Actualité Juive : Mettriez-vous en parallèle les opérations menées actuellement contre l’Etat islamique à Mossoul et à Raqqa ? Ont-elles la même valeur stratégique  ?
Fabrice Balanche :
Non. L’offensive sur Mossoul est préparée depuis des mois, avec des moyens considérables. Aujourd’hui, la ville est quasiment encerclée par les forces de la coalition, à l’exception d’un point de passage à l’ouest qui sera bientôt fermé par les milices irakiennes avec la reprise de la ville de Tal Afar. Les Kurdes, les milices chiites et les forces de la coalition se sont mis d’accord pour savoir comment procéder, ce qui n’est pas du tout le cas à Raqqa. Les accords entre les Russes et les Américains ont échoué. Les Etats-Unis ne disposent donc pas de force capable et désireuse, au niveau local, d’aller à Raqqa. Dimanche dernier, les forces démocratiques syriennes (FDS), menées par les Kurdes, ont annoncé une offensive sur la ville mais cela relève en fait du marketing. Les Kurdes redoutent un affrontement avec les Turcs et souhaitent obtenir une protection américaine.

A.J.: La perte des deux villes signifierait-elle le début de la fin de l’Etat islamique ?
F. B. :
Je parlerais plutôt d’un affaiblissement. On parle de territoires qui ont accueilli, à l’apogée de l’EI, jusqu’à dix millions d’habitants. Soit autant de ressources financières grâce à des prélèvements fiscaux permettant de financer des opérations terroristes, d’accueillir de nouvelles recrues et d’endoctriner des milliers d’adolescents dans des camps d’entraînement.
Est-ce le début de la fin ? Je crois que nous sommes malheureusement à la veille d’une nouvelle vague d’attaques terroristes qui touchera les pays occidentaux et qui cherchera à déstabiliser les régimes arabes. On pourrait également assister à un rapprochement avec Al Qaïda. 


"On peut  imaginer que Daech revienne dans le giron d’Al Qaïda"
A.J.: Sous quelle forme ?
F. B. :
L’Etat islamique différait d’Al Qaïda en raison de son ambition territoriale alors qu’Al Qaïda privilégiait un fonctionnement en réseau. S’il perdait ses territoires de combat, l’EI reprendrait la même stratégie que le mouvement d’Al Zawahiri : la multiplication des attentats dans le monde contre des cibles occidentales. On peut d’ailleurs imaginer que Daech revienne dans le giron d’Al Qaïda, ce qui limitera les affrontements entre djihadistes en Syrie. La seule réserve concerne la querelle des générations qui pourrait demeurer entre les deux groupes.

A.J.: Les Russes ont récemment indiqué qu’ils empêcheraient les djihadistes de Mossoul de rejoindre Raqqa. Où pourraient dès lors se replier les fidèles d’Al Baghdadi ?
F. B. :
Ils prendraient le maquis. Daech contrôle de vastes étendues désertiques en Irak et en Syrie d’où il sera difficile de les chasser. Baghdadi peut également décider de délocaliser le siège du califat dans le sud libyen où il compte des fidèles. Il faut se souvenir que dans les premiers siècles de l’islam, une époque qui sert de référence à l’EI, les survivants du califat omeyyade, attaqués par les Abbassides, s’étaient réfugiés à Cordoue…

A.J. : Un renforcement du pôle libyen représenterait-il une menace accrue pour l’Europe ?
F. B. :
Les terroristes venant de Syrie et d’Irak passent déjà aujourd’hui tranquillement par la Turquie. Depuis la Libye, il faudrait emprunter la Méditerranée sur des barques, ce qui n’a rien d’évident. Je crois que cela constituerait surtout une menace pour les pays du Maghreb qui ne manqueraient pas d’être déstabilisés par l’installation d’un califat au sud libyen. Après Mossoul, il faudra s’occuper de Raqqa. Et après Raqqa, de la Libye. 

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