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29 Mai 2017 | 4, Sivan 5777 | Mise à jour le 29/05/2017 à 15h58

Chabbat Nasso : 21h28 - 22h52

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Trump va-t-il « déchirer » l’Iran Deal ?

Crédit DR

Le principe de réalité pourrait conduire le futur président à atténuer ses promesses de campagne.

« Une diatribe anti-iranienne inédite depuis la crise des otages à l’ambassade de Téhéran en 1979 » se souvient la spécialiste de politique étrangère américaine, Annick Cizel (voir l’interview p.14). Ce 21 mars 2016, devant l’AIPAC, le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump vitupère contre l’Iran, « le plus grand soutien du terrorisme ». Que reste-t-il de ces dix minutes d’intense batelage ? Le Trump « Commander in Chief » suivra-t-il le tonitruant candidat qui annonçait avoir pour « première priorité » le démantèlement du « désastreux accord avec l’Iran », signé à Vienne le 14 juillet 2015 ?
« Cet accord avait été critiqué par de nombreuses personnalités aux Etats-Unis qui arrivent aujourd’hui au pouvoir aux côtés de Trump » analyse pour Actualité Juive le journaliste Michel Gurfinkiel. « Je doute qu’elles aient changé d’avis depuis ». Une vision partagée par l’ancien négociateur américain pour l’Iran Richard Nephew, qui a estimé, pour Reuters, « très peu probable » le maintien de l’Iran Deal.



Giuliani et Bolton favoris

Mardi, deux noms se détachaient pour occuper la prestigieuse fonction de Secrétaire d’Etat. Le favori, l’ancien maire de New York Rudy Giulani, avait fustigé à l’été 2015 « l’un des pires accords jamais conclus par les Etats-Unis » ; un an plus tard, il se contentait d’appeler à le renégocier. Sa candidature pourrait néanmoins être rejetée par le Sénat en raison de ses liens financiers passés avec un groupe d’opposition marxiste iranien, l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien, classé terroriste aux Etats-Unis jusqu’en 2012.

Autre option, plus musclée, celle menant à l’ancien responsable des questions de désarmement sous l’administration Bush Junior I, John Bolton. Diplomate néo-conservateur, il fut un temps l’un des plus chauds partisans du bombardement des centrales nucléaires de Natanz et Fordow. Dimanche dernier, il appelait Trump à « annuler l’Iran Deal » dans une tribune au New York Post.



« En cas d'échec, l’alternative serait la guerre avec l'Iran »

En théorie, le « Plan d’action global commun » (« Joint Comprehensive Plane of Action ») n’étant pas un traité, l’administration Trump pourrait techniquement s’en retirer, a priori, sans peine ou soutenir de nouvelles sanctions contre le programme nucléaire iranien ce qui signerait l’arrêt de mort de l’accord. Dans les faits, le résultat serait périlleux prévient le géopolitologue Frédéric Encel. « Si Trump s'amuse à remettre en cause l'accord, les autres puissances signataires pourraient très bien décider de relancer unilatéralement une coopération tous azimuts avec Téhéran. Le résultat serait dans ce cas inverse de celui escompté par le nouveau président américain ».

Son homologue iranien, Hassan Rohani, a d’ailleurs pointé, dès le lendemain de l’élection, que le texte ne pouvait « pas être changé par la décision d’un seul Etat ». « La Russie et la Chine, comme l’Union européenne, sont dans la file d’attente des investissements en Iran » ajoute Annick Cizel. La renégociation du JCPOA ? « Trump prendrait le risque en cas d'échec de n'avoir plus comme alternative que la guerre avec l'Iran » rejette l’auteur d’une récente Géopolitique de la nation France (PUF).


Dissonance
En coulisse, les promesses maximalistes de campagne semblent s’atténuer. Soixante-seize experts en sécurité nationale viennent d’appeler Donald Trump, dans une note publiée par le National Iranian American Council, à préserver l’accord. Jeudi dernier, le conseiller en politique étrangère du président élu, Walid Phares, a présenté à la BBC une approche quelque peu dissonante de celle entendue à l’AIPAC. « [Trump] va le réexaminer, l’envoyer au Congrès, exiger des Iraniens qu’ils changent quelques points et il y aura une discussion ». Une déclaration qui évoque une interview de l’ancien candidat à la chaîne NBC, en août 2015, dans laquelle il reconnaissait qu’il serait « très dur » de défaire l’accord de Vienne. Une inflexion contradictoire qui n’avait pas échappé aux experts du ministère israélien des Affaires étrangères dans une note interne récemment révélée par Haaretz.
Sarcastique, Barack Obama pouvait bien rappeler lundi qu’il « devient plus difficile de défaire quelque chose qui fonctionne ». L’apaisement avec Téhéran engagé par son administration n’en a pas moins du plomb dans l’aile, nonobstant la survie de l’Iran Deal.

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