Default profile photo

26 Juillet 2017 | 3, Av 5777 | Mise à jour le 25/07/2017 à 17h24

29 juillet 2017 - Chabbat Devarim (Chabbat 'Hazon) : 21h16 - 22h31

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Annick Cizel : « Israël devrait profiter de la nouvelle géopolitique de Trump au Moyen-Orient »

Crédit : HUMANITE.FR

Maître de conférences à l’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, Annick Cizel estime que la vision de la région du nouveau président des Etats-Unis demeure truffée d’inconnues.

Actualité Juive: En matière de relations internationales, dans quelle école de pensée classeriez-vous Donald Trump? Peut-on parler de néo-isolationnisme ?
Annick Cizel :
Essayer de classer Trump dans une case idéologique est impossible. Peut-on parler d’isolationnisme ? Dans l’histoire des Etats-Unis, cela renvoie à deux références : la doctrine Monroe de 1823 et, jusqu’au tournant du XXe siècle, la revendication de « l’hémisphère américain » (l’Amérique centrale et du sud) comme arrière-cour des Etats-Unis au dépend de l’Europe, ce qui n’était pas en tant que telle de l’isolationnisme. Ce que nous lisons aujourd’hui comme une grille isolationniste de la part de Donald Trump est selon moi une mauvaise interprétation de son slogan « America First », que nous associons à l’isolationnisme de Charles Lindbergh en 1941 contre l’entrée en guerre des Etats-Unis. Ce n’est pas du tout ce que nous dit Donald Trump. En parallèle de l’usage de ce magnifique slogan électoral, il ajoute, dans son grand discours d’août 2016, « Make America Safe Again », « rendre l’Amérique de nouveau sûre ». Pour garantir la sécurité des Etats-Unis et des citoyens américains de par le monde, M. Trump prévoit dans son programme l’augmentation du budget de la Défense et la modernisation de l’arsenal nucléaire américain. Il n’annonce dès lors pas du tout une politique isolationniste mais prépare plutôt une politique interventionniste au dépend potentiellement de ses alliés historiques ; c’est le sens du « America First ». Autrement dit, une politique unilatéraliste.

A.J.: Quelles pourraient être les convergences de vue entre Donald Trump et Vladimir Poutine
au Moyen-Orient ?
A.C. :
La coopération entre les deux puissances, russes et américaines, si on en croit M. Trump, va devenir un axe majeur de sa politique extérieure. Son vice-président s’est placé dans une posture plus traditionnellement républicaine de néo-guerre froide. Mike Pence a affiché davantage de méfiance vis-à-vis des velléités d’affirmation de la puissance russe au Moyen-Orient. La position très pro-Poutine du président Trump semble quant à elle annoncer un partage des tâches en Syrie qui laisserait les coudées franches à la Russie, permettant à celle-ci de compléter sa sphère d’influence dans la région, en alliance sans doute avec l’Iran. On touche là à un point d’incohérence majeur dans le discours du futur chef d’Etat : comment arrivera-t-il à réconcilier la mise en avant d’intérêts convergents avec la Russie et la volonté de mettre fin à l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 et d’augmenter drastiquement les sanctions contre Téhéran ? Comment parviendra-t-il à résoudre ce jeu d’équilibriste en ayant l’Iran à la fois dans le camp des amis de la Russie et des ennemis des Etats-Unis ?


« Les relations avec l’Etat hébreu s’étaient distendues sous Obama »

A.J.: Le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi a été le premier dirigeant arabe à féliciter Trump pour sa victoire. Est-ce l’amorce d’un réchauffement des relations de Washington avec les capitales arabes, après les crispations observables sous l’ère Obama ?
A.C. :
Les élections américaines, et ce hiatus de deux mois et demi jusqu’à l’investiture du prochain président, servent, une fois de plus, de révélateur aux tensions internes au Moyen-Orient et aux rapports de force en train de se redessiner dans la région. L’Egypte et l’Arabie Saoudite, fortes de cinquante ans de relations très privilégiées avec Washington, se retrouvent aujourd’hui en marge des priorités de Washington. A l’inverse, l’Iran s’est rapproché, à la surprise générale, des Etats-Unis. L’Egypte qui a été humiliée, marginalisée par l’administration Obama, au profit d’Israël, se réjouit donc de la victoire de Trump. 

A.J.: Et l’Arabie Saoudite ?
A. C. :
Le Congrès américain à majorité républicaine a retourné en septembre le veto du président Obama sur la loi demandant justice contre les pays soupçonnés de soutenir le terrorisme. Barack Obama avait apposé son veto pour protéger son alliance avec l’Arabie Saoudite, notamment dans le conflit yéménite. Avec cette loi promulguée, qui ouvre désormais la possibilité pour les victimes du 11 septembre d’attaquer des puissances étrangères, les relations entre Washington et Riyad pourraient devenir infiniment plus complexes qu’elles ne l’ont été depuis 1945.

A.J.: Tensions à venir avec l’Iran mais réconciliation délicate avec l’Arabie Saoudite : quelle puissance bénéficierait alors de cette nouvelle géopolitique « trumpienne » au Moyen-Orient ?
A.C. :
Israël bien évidemment. Trump a expliqué pendant la campagne que les relations avec l’Etat hébreu s’étaient distendues sous Obama. Lors des deux derniers mandats, les Etats-Unis ne se sont jamais désolidarisés d’Israël lors des votes concernant l’admission d’un Etat palestinien dans une enceinte des Nations unies. La ligne n’a jamais été rompue malgré une diplomatie personnelle pas vraiment au beau fixe entre Barack Obama et Binyamin Netanyahou. Profitant néanmoins de cette distension des relations entre les deux leaders, Donald Trump s’est engouffré dans la brèche pour proclamer son amour pour Israël et annoncer que toute sa politique serait faite en faveur d’Israël.
Une question se pose toutefois. Quand le candidat Trump appelle les alliés de l’Amérique à se défendre eux-mêmes, et notamment à se nucléariser eux-mêmes dans le cas du Japon et de la Corée du Sud, cela remet dans la balance la revendication notamment saoudienne d’acquérir la bombe atomique. On peut dès lors se demander dans quelle mesure la politique moyen-orientale de l’administration Trump sera favorable à Israël ou plutôt à une recrudescence des dangers envers Israël, aux frontières d’Israël.

Powered by Edreams Factory