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29 Mai 2017 | 4, Sivan 5777 | Mise à jour le 26/05/2017 à 12h37

Rubrique Communauté

Lionel Stoléru, la disparition d’un homme-orchestre

Lionel Stoléru (g) et le grand rabbin Roitman (Famille Roitman.)

Il s’était rangé de la vie politique pour vivre sa passion de la musique. L’économiste Lionel Stoléru, ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing et de François Mitterrand est décédé le mercredi 30 novembre à l’âge de 79 ans.

Il a composé la partition de sa vie sans jamais renoncer à ses convictions, en suivant toujours les notes de sa musique personnelle. En 1969, quand Valery Giscard d’Estaing, ministre des Finances, lui demande de venir le rejoindre dans son cabinet un samedi, il lui dit « Monsieur, je suis juif, je ne travaille pas le samedi, mais je suis disponible le soir et le dimanche ». Lionel Stoléru était ainsi. « Tout est une affaire de priorité personnelle. Je ne suis pas un juif orthodoxe, mais j’ai toujours tenu à affirmer mes convictions personnelles et mon judaïsme », nous avait-il confié il y a plusieurs années.
C’est à Douai que le fils d’Elie Stoléru et Fernande Blum, né à Nantes en 1937, a commencé sa carrière politique. Après de brillantes études à Polytechnique, à l’Ecole des Mines de Paris et à Stanford aux Etats-Unis où il décroche un doctorat en économie, Lionel Stoléru devient secrétaire d’Etat dans le gouvernement Chirac sous Giscard d’Estaing et celui de Michel Rocard sous François Mitterrand. Spécialiste des questions économiques et industrielles, le centriste conseille et publie beaucoup, en particulier sur la pauvreté et la réduction des inégalités.
Dans cette même ville de Douai, l’homme politique en devenir, qui avait reçu une éducation juive traditionaliste, s’engage dans la vie communautaire. A partir des années 60, participant aux activités du mouvement de jeunesse « Torah Ve Tsion » du grand rabbin Paul Roitman, Lionel Stoléru prend sur lui d’organiser un Talmud-Torah autour d’une poignée de personnes. Sabine Roitman, la belle-fille du rabbin Paul Roitman, se souvient : « C’était un pilier de Torah Ve Tsion, très attaché au judaïsme et à Israël. A l’arrivée des juifs d’Afrique du Nord, il partait dans les banlieues et en province pour recomposer des communautés en leur donnant des éléments de judaïsme. C’était un vrai militant », estime celle qui travaillait, par ailleurs, avec lui dans son cabinet sous Rocard.

« J’ai toujours tenu à affirmer mes convictions personnelles et mon judaïsme »

En dépit d’un agenda chargé, Lionel Stoléru assume des responsabilités communautaires. Il devient membre du Consistoire de Paris, du Fonds social juif unifié, il préside la Chambre de Commerce France-Israël et fonde la Maison France-Israël, avenue Marceau, qu’il est malheureusement contraint de vendre, faute de financement. « Mes engagements professionnels et communautaires étaient deux univers qui s’enrichissaient mutuellement. Seulement, il fallait faire preuve d’une certaine modestie et ne pas s’afficher ostensiblement », nous avait-il expliqué au sujet de son emploi du temps. Ils s’enrichissaient à tel point que c’est quasiment sur le modèle de Torah Ve Tsion qu’il fonde le GENEPI en 1976, rappelle Sabine Roitman. Ce Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées permet à des bénévoles formés de pénétrer l’univers carcéral et ainsi de le décloisonner.
Vingt ans plus tard, rattrapé par sa passion de la musique (qu’il avait aussi étudiée à Stanford), Lionel Stoléru crée l’Orchestre Romantique Européen. Le chef d’orchestre compose la Symphonie Juive, jouée pour la première fois avec cinquante musiciens Salle Gaveau. Lionel Stoléru a été enterré lundi 5 décembre au cimetière du Montparnasse. Fidèle de la synagogue Chasseloup-Laubat, il s’y rendait tous les dimanches matin pour mettre les tefilin avant de se recueillir sur la tombe de son épouse, Francine, décédée en 2009. Ils avaient une fille, Emmanuelle.

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