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16 Janvier 2019 | 10, Shevat 5779 | Mise à jour le 15/01/2019 à 12h30

19 janvier - Chabbat Béchala'h (chabbat Chira) : 17h07 - 18h20

Rubrique France/Politique

Georges Malbrunot : « Le Qatar voulait prendre le contrôle sur l’islam de France »

Christian Chesnot (g) et Georges Malbrunot (FRANCE3)

Grand reporter au « Figaro », le co-auteur (avec Christian Chesnot) de “Nos très chers émirs” (Michel Lafon, 17,95 euros) livre un récit accablant des relations entretenues par les élites françaises avec le Qatar et l'Arabie Saoudite.

Actualité Juive : Votre livre s’ouvre sur des révélations explosives. Des élus français ont régulièrement sollicité le Qatar pour obtenir des versements de liquidités ou des cadeaux en nature. Depuis, aucune trace de sanction ou de démission. Surpris ?
Georges Malbrunot :
On peut en effet regretter que les conséquences politiques du livre, en dépit de l’intérêt de l’opinion publique et des médias, aient été jusqu’ici inexistantes. Cela tient à une forme d’omerta sur ces questions. A la sortie du livre, le député Les Républicains Georges Fenech a  proposé à son groupe parlementaire une action judiciaire contre Jean-Marie Le Guen ainsi qu’une question d’actualité au gouvernement. Le président du groupe à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, lui a répondu que ce n’était pas souhaitable, notamment parce que Rachida Dati était également concernée, mais aussi parce que cela renvoie à la grande amitié entre la France et le Qatar sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Un proche de l’ancien émir du Qatar, Hamad, nous avait dit, il y a quelques années : « Les Français sont les moins chers à acheter ». Comme il y a des brebis galeuses dans chacun des grands partis, aucun d’entre eux n’a intérêt à ce que des sanctions soient prises contre ces responsables politiques qui se livrent, comme le secrétaire d’Etat Jean-Marie Le Guen, à un véritable trafic d’influence en proposant une campagne de lobbying pro-Qatar auprès des parlementaires et le blocage de questions gênantes au Parlement en échange de 50 000 euros, dont 10 000 euros lui revenant.

A.J.: La diplomatie française s’est-elle fourvoyée dans le dossier syrien en soutenant l’approche qataro-saoudienne en vue de signer par la suite de grands contrats ?
G. M. :
Des financiers supposés privés du Qatar, de l’Arabie Saoudite, et dans une moindre mesure le Koweït, ont versé des valises d’argent à des groupes rebelles proches des djihadistes comme Jund Al Aqsa, Al Nosra, voire Daech. Tout cela au vu et au su de nos agents de la DGSE à qui leur direction répondait à Paris : « Bachar est notre ennemi numéro 1 ». Au Quai d’Orsay, la direction du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAP) mettait en garde, dès l’automne 2012, contre une dérive islamiste de la rébellion.
L’Arabie Saoudite et le Qatar ont fait dériver la France vers une posture politique d’apprentis sorciers. Nous avons désormais 700-800 djihadistes français dans la zone. Tout cela ne pouvait être dit car la France était engagée, avec les Etats du Golfe en particulier, dans une "diplomatie économique", le mantra de Laurent Fabius. Or sur les 50 milliards de dollars de contrats promis en avril 2015 par le roi saoudien Salman, seuls 3 ont finalement été signés... Nous sommes acquis aux yeux de ses pays-là. La France est un partenaire de compensation que ces pays attirent au moment des crises avec les Etats-Unis. On doit revenir à une posture ferme vis-à-vis de ces pays - notamment sur le prosélytisme.

« Le Qatar est en train de construire la plus grande mosquée d’Europe à Mulhouse »

A.J.: Quel rôle jouent ces pays dans l’évolution idéologique de l’islam de France ?
G. M. :
Le Qatar est en train de construire la plus grande mosquée d’Europe à Mulhouse. Le fonds Qatar Charity est très actif en France, mais aussi en Afrique. Au Tchad, au Mali, l’entrisme qatarien et saoudien, sous la forme du développement du wahhabisme, contredit nos intérêts.  A l’époque de Nicolas Sarkozy, l’ambassadeur du Qatar en France avait l’ambition de copier le modèle du Crif pour les musulmans. Cela a échoué en raison de l’hostilité du Maroc et de l’Algérie qui ont exprimé leur réserve auprès de l’Elysée. A travers l’UOIF, l’idée du Qatar était de prendre le contrôle sur l’islam de France. Des députés musulmans ou d’origine musulmane ont également été « arrosés » pour financer telles ou telles actions. A partir de 2013, le nouvel ambassadeur a mis un terme à cette politique, excédé par le « Qatar bashing » et les sollicitations continues de députés pour se faire payer des billets d'avion ou une mosquée.

A.J.: Qu'en est-il de cet intermédiaire contesté sur le contrat d'armement Donas commandé à la France par Riyad au profit de l'armée libanaise ?
G.M. :
  C'est un intermédiaire français qui a fait son service militaire au sein de Tsahal. Proche des milieux sécuritaires israéliens, certaines interrogations planaient sur son profil. Le propulser comme intermédiaire dans un contrat avec l'Arabie Saoudite était une boulette des services français qui sont coutumiers du fait.

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