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24 Juin 2017 | 30, Sivan 5777 | Mise à jour le 23/06/2017 à 12h34

1er juillet 2017 - Chabbat 'Houkat : 21h39 - 23h03

Rubrique France/Politique

Ariel Goldmann : Chaque année...

(Alain Azria)

Le billet de la semaine par Ariel Goldmann Président du FSJU / AUJF et de la Fondation du Judaïsme Français

Chaque année, les juifs de France sont appelés à faire preuve de générosité envers les plus démunis lors de la grande campagne de l’Appel national pour la Tsédaka organisée par le FSJU et  dont Dominique Farrugia et Yvan Attal sont, cette année, les parrains dévoués. Je les en remercie du fond du cœur en votre nom.
Chaque année nous demandons au public de se mobiliser dans un élan de solidarité pour redonner de l’espoir à ceux qui n’en ont plus. Cette générosité collective démontre que nous sommes capables de nous rassembler pour soutenir des familles et des enfants en difficulté, pour aider des personnes âgées à se sentir moins seules, pour alléger le fardeau de ceux qui souffrent.
Nous ressentons toujours un sentiment de fierté lors du lancement de cette campagne car nous savons que quelques semaines avant la fête de Hanouka les juifs de France montrent leur attachement à des valeurs immuables de charité, de partage et d’ouverture vers l’autre malgré la crise économique et sociale qui touche la plupart de leurs familles.
Ce combat contre la précarité, la pauvreté et l’exclusion, est un beau message d’universalisme que nous exprimons avec force dans une société de plus en plus inégalitaire où il nous appartient de maintenir un certain niveau de cohésion sociale. Cet esprit de solidarité est notre réponse à la violence sociale qui touche les plus fragiles.

« Un attachement à des valeurs immuables de charité »

Dans ces périodes de fortes tensions, s’ouvrir à l’autre c’est refuser de tomber dans le piège de ceux qui veulent transformer la France en une nation phobique en proie à des peurs savamment entretenues. C’est refuser la fatalité du désespoir. Ces peurs nous le savons conduisent le plus souvent au totalitarisme, après que les opinions publiques ont été manipulées par des prédicateurs.
« Quiconque ne retient pas les leçons de l’histoire est contraint de les apprendre à nouveau à ses dépens ». Cet adage résonne tout particulièrement aujourd’hui tant le climat anxiogène qui règne en Europe nous replonge par un effet de miroir dans la période des années 30 qui vit des théories nauséabondes devenir des réalités et qui aujourd’hui sont prêtes à reprendre de la vigueur.
Impossible disions-nous encore il y a dix ans ! Pourtant force est de constater que ces idées reprennent vie et se répandent sur les réseaux sociaux, galvanisées par cette mécanique infernale qu’est le complotisme.
   Il nous faut donc résister collectivement à cette grave dérive populiste qui se déverse sur toute l’Europe et qui nous fait courir un grand danger car du populisme au complotisme il n’ y a qu’un pas et souvent une même mécanique.
Le populisme se nourrit en effet d’amalgames dangereux qui par leur répétition et leur ampleur deviennent des faits acquis.
Les stéréotypes relatifs aux juifs sont nombreux. Ils ont été répertoriés dans l’étude réalisée il y a un an par Brice Teinturier et l’institut IPSOS pour la Fondation du Judaïsme Français. Nous devons donc être aux avant-postes et lutter pied à pied pour les déconstruire car nous avons été victimes de ces amalgames, au cours des siècles. Ils consistent à cataloguer les gens au regard de leurs origines ou de leurs orientations sexuelles, jugées dangereuses pour nos sociétés.
Résister aux amalgames c’est aussi dénoncer les dérapages dangereux, ces derniers mois ont voulu placer les juifs de France en dehors de la République, estimé que nous étions inféodés aux puissances de l’argent de Wall Street, que nous préférions enseigner le Talmud que les savoirs fondamentaux dans nos écoles, que l’abattage rituel était barbare tout comme la circoncision, etc.
Ils sont inquiétants car ils imprègnent les esprits et influent sur des opinions publiques dont nous mesurons de scrutin en scrutin la versatilité et la volatilité. Résister à ces amalgames grandissants c’est faire preuve d’une vigilance de tous les instants en évitant d’être des censeurs. C’est redire constamment que les juifs sont profondément républicains, qu’ils sont parfaitement respectueux des pays dans lesquels ils vivent parfois depuis des siècles. C’est rappeler que nous avons participé à l’édification de la France. Nous ne devons donc pas renoncer sinon à nous enfermer dans un fatalisme destructeur. Ne pas baisser les bras et continuer à les ouvrir aux autres, tel est mon message à l’approche d’une nouvelle année que je souhaite prospère et sereine à chacun des lecteurs d’Actualité Juive.

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