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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique France/Politique

Valls, Clémentine Autain et les « islamo-gauchistes »

C’est sur des questions de laïcité et de lutte contre le communautarisme musulman que l'ancien premier ministre et l'élue communiste s’étaient affrontés en 2015 (DR).

L’ancien premier ministre et candidat à la primaire de la gauche a accusé la conseillère de Paris d’accointances avec Tariq Ramadan.

La bataille des gauches continue. Décidé à rassurer sur sa capacité à rassembler les différentes sensibilités de gauche pour remporter la primaire en janvier, Manuel Valls n’est pas prêt néanmoins à se renier.  Invité de la matinale de France Inter, le 15 décembre, l’ancien premier ministre de François Hollande a manifesté ses différends profonds avec l’extrême gauche, symbolisée par deux de ses figures les plus connus : Jean-Luc Mélenchon et Clémentine Autain. 

« Parfois il y a des gauches irréconciliables quand notamment Jean-Luc Mélenchon dit que Hollande c’est pire que Sarkozy, ou que Manuel Valls c’est pire que Jean-Marie Le Pen. Ou quand Clémentine Autain s’affiche et passe des accords avec Tariq Ramadan et les Frères musulmans »

 

Une opposition ancienne

Avec l’élue communiste de Paris, les tensions sont anciennes et ne se résument à des visions fondamentalement divergentes sur le modèle économique et social en France. C’est sur des questions de laïcité et de lutte contre le communautarisme musulman que les deux s’étaient affrontés en 2015, en pleine campagne pour les élections régionales. Invité de l’émission politique de Radio J, le 22 mai, celui qui était alors locataire de Matignon avait marqué son opposition à la demande de naturalisation de l’islamologue controversé Tariq Ramadan. Il y dénonçait également les « capitulations » de certains face à la « radicalisation » islamiste.

« Il y a toujours ces capitulations, ces ambiguïtés, avec Les Indigènes de la République, les discussions avec Madame Clémentine Autain et Tariq Ramadan, ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de la violence et de la radicalisation ».

 

Comme l’avait noté à l’époque le site Arrêts sur Image, le premier à avoir publiquement ciblé les accointances « islamo-gauchistes » supposées de Clémentine Autain, est Jean-Marie Le Guen, dans un livre paru en avril de la même année, La gauche qui vient. L’ex ministre des relations avec le Parlement, et proche de Manuel Valls, revenait sur l’action de ce « qu’on pourrait être tenté de qualifier – de manière polémique – « d’islamo-gauchisme».

« Pour des raisons compassionnelles, en ne voyant les personnes d'origine arabo-musulmane que comme des victimes et des opprimés, cette gauche, bien incarnée par Clémentine Autain, est prête à céder totalement au différentialisme culturel ».  

 

Relais d’un meeting

La polémique avait rebondi, sept mois plus tard, en décembre 2015. Le mouvement « Ensemble !  », dont Clémentine Autain est la porte-parole, relaie sur son site une invitation à un meeting « contre l’islamophobie et l’état d’urgence ». L’un des intervenants de la soirée se nomme … Tariq Ramadan. Critiqué par plusieurs médias, dont Le Figaro et Causeur, la numéro 2 de la liste de Claude Bartolone en Seine-Saint-Denis ne s’était pas rendue à la manifestation. Certains avaient néanmoins vu dans la mention d’ « Ensemble » la manifestation d’un intérêt pour les thèses du petit-fils du fondateur des Frères musulman, Hassan El Banna, que d’autres propos semblait confirmer.

Deux mois plus tôt, le président de l’Assemblée nationale avait en effet déjà surpris après ses propos, toujours sur Radio J, sur ce qui lui « sert de boussole dans [son] engagement politique ».

« Il y a une phrase que j'ai toujours en tête et qui me sert de boussole dans mon engagement politique. C'est celle issue de la pensée de Monsieur Ramadan», expliquait le candidat socialiste à la présidence de la région Île-de-France. «Frère musulman, salafiste», avait alors interrompu le journaliste pour présenter le professeur. Et Claude Bartolone de poursuivre: «Il tenait ce discours en direction des enfants issus de l'immigration: “Vous ne serez plus jamais Sénégalais, Marocains, Algériens, Tunisiens, Égyptiens mais vous ne serez jamais Français donc vous êtes musulmans. » 

 

« Parfum d’années 30 » ?

Comme en 2015, la réaction de l’élue communiste de Paris n’a pas tardé aux propos de Manuel Valls au micro de Patrick Cohen. D’abord sur Facebook où, dans un post publié aujourd’hui, elle accuse M. Valls de « calomnies » et de « mensonges » que « répètent depuis des mois Manuel Valls et ses amis. Ils le savent : je n’ai jamais rencontré Tariq Ramadan, ni organisé de meetings avec lui ni partagé de tribunes avec lui ou qui que ce soit des Frères musulmans. »

Interrogé par Buzzfeed, elle ajoute :

«  Il disqualifie ceux qui contestent son bilan politique par des inepties. Vous savez, il y a 70 ans, on parlait de judéo-bolchevik. Il y a comme un parfum d’années 30.»

Les « judéo-bolchéviques » à la défense des « islamo-gauchistes » : la comparaison laisse songeur…

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