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15 Décembre 2017 | 27, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Israël

Mais qui sont les habitants des implantations israéliennes ?

Pour Blum, les deux-tiers de la population n'habitent pas là pour une raison idéologique (Crédit : FLASH90).

On les prend pour des cow-boys à la conquête du Far-West, des illuminés biberonnés aux doctrines de Meïr Kahana, des racistes et des expansionnistes. Mais un simple détour par Ma'ale Adoumim ou Efrat suffit pour douter de ces images d'Epinal.

Les habitants de Judée-Samarie en sont conscients, et ont pu connaître un malaise devant les accusations de la communauté internationale montrant du doigt « les colons » seuls responsables des fiascos diplomatiques empêchant l’avènement d'un État palestinien et in fine de la paix dans la région. Mais, comme toujours, la réalité est à la fois plus complexe et plus simple.
Mickaël Blum est journaliste, spécialiste des questions dites « des territoires » il est co-auteur, avec Claire Snegaroff, d'un ouvrage sur la question “Qui sont les colons” paru en 2006 chez Flammarion. Il habite Elazar, dans le Goush Etsion. « Les implantations accueillent aujourd'hui à peu près 400 000 habitants. Ma théorie est que l'on y retrouve les mêmes profils démographiques que dans le reste du pays, et dans les mêmes proportions : des riches et des pauvres, des gens de gauche et de droite, des séfarades et des ashkénazes, des religieux et des laïcs ».
Parmi les religieux, explique un autre observateur de ces milieux, on trouve tous les courants : « le Goush Etsion à forte population américaine est proche de la Modern Orthodoxy, à Itamar le rav Miliburg dispense une pensée nationale-hassidique assez bien construite autour d'une synthèse entre idées loubavitch, breslev et sionistes. L’idéologie du rav Kook fils irrigue beaucoup d'autres implantations. Mais il y a aussi des villes ultra-orthodoxes comme Beitar ».
Daniel Jacob, un habitant d'Efrat, une ville de 10 000 habitants située à 30 mn de Jérusalem explique que sa ville est constituée « à quasi 100% de dati-léumi (religieux-patriotes), politiquement à droite. Mais aujourd'hui la plupart des gens sont venus car c'est plus facile et moins cher de construire ici qu'à Jérusalem ». Pour lui, la réputation des « colons » est caricaturée à l’excès : « Tout cela prend un aspect différent quand on vit ici. Des colons racistes, anti-arabes, expansionnistes, cela n'a rien à voir avec la réalité d'ici ». Il se définit « puisqu'il faut bien se définir, pas à l'extrême-droite, mais à droite. J'ai des considérations pour les Palestiniens, mais il n'y a pas plus de raison que la frontière s'arrête ici qu'entre Tel-Aviv et Jérusalem ».


« Les mêmes profils démographiques que dans le reste du pays »

Les contacts entre Juifs et Arabes sont également beaucoup plus nombreux que l'on pourrait l'imaginer. Travail, soins, ateliers et fermes « mixtes » le Goush Etsion est « un bon exemple de coopération, même s'il subsiste des craintes. On se souvient aussi des maires de villages arabes venus visiter des Juifs pour Souccot et arrêtés à leur retour par la police palestinienne... » rappelle le journaliste.
Pour Blum, les deux-tiers de la population n'habitent pas là pour une raison idéologique.  « nous ne sommes plus dans les années 70, peu de gens sont liés au mouvement Goush Emounim qui a permis les premières implantations. L'essentiel de la population vit dans des villes comme Ma'ale Adoumim ou Ariel. Les populations vivant à Beit El ou Itamar, très idéologisées, sont minoritaires ».
Mais il existe aussi des « implantations de gauche rappelle-t-il, comme le kibboutz Na'an dans la vallée du Jourdain très marqué par l'idéologie d'Itshak Tabenkin un penseur du parti travailliste qui a donné son nom à un autre kibboutz dans la même vallée ».
Pour le journaliste, l'écrasante majorité des habitants est même légaliste : « Les gens disent : si Amona est illégal, il faut évacuer. A part « les jeunes des collines » les habitants de Judée-Samarie sont légalistes, il n'y aura aucune grande manifestation pour contrer l'évacuation de quelques maisons. Mais cela pour une simple raison : « Personne n'imagine, conclut Blum, qu'il y aura un Etat palestinien dans la région, ou qu'un jour tout devra être évacué ». Le développement tous azimuts de la région a créé une certitude bien ancrée : la partie est déjà gagnée.

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