Default profile photo

28 Novembre 2021 | 24, Kislev 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Israël

Comment Netanyahou et Poutine ont essayé de bloquer la résolution à l'ONU sur les implantations

Les manœuvres du duo Netanyahou-Trump ont mis en rage l’administration démocrate (DR).

Récit d’une initiative où les diplomaties américaine, britannique et palestinienne ont pris à revers le gouvernement Netanyahou.

Depuis des mois, les responsables israéliens phosphorent sur la dernière carte que pourrait sortir de son jeu le président américain, au crépuscule d’un double mandat au bilan bien maigre au Moyen-Orient. La réponse est tombée la veille de Hanouka, sans les atours du miracle : une abstention sur un vote au Conseil de sécurité de l’ONU, une première pour une administration qui avait pourtant bloqué une résolution assez semblable en 2011. « C’est un blitzkrieg diplomatique » analyse pour Actualité Juive Frédérique Schillo, chercheuse en histoire à Jérusalem. « Même si tout le monde a conscience que cette résolution arrive trop tard et qu’elle n’a qu’une portée symbolique, la réaction israélienne accrédite l’idée d’un tsunami diplomatique ».
L’histoire de la « 2334 » démarre par une surprise qui va prendre de court les stratèges israéliens. Alors qu’ils évaluent que la Nouvelle-Zélande, traditionnellement active dans le dossier proche-oriental, pourrait prendre le « lead » d’une résolution, c’est un texte de l’allié égyptien qui circule de main en main, mercredi 21 décembre, dans les couloirs des Nations unies, à New York. « La résolution n’était pas une surprise. Mais nous ne savions pas exactement ce qui allait arriver » confirme une source diplomatique israélienne contactée par Actualité Juive.

Trump entre en scène

Le Caire finira par reporter sine die son projet, jeudi après-midi, sous les pressions israéliennes et américaines. Plus précisément du camp Trump, sollicité par des Israéliens persuadés que les Américains ont décidé de s’abstenir. Iconoclaste jusqu’au bout, Donald Trump confirme qu’il n’entend pas s’en tenir au traditionnel devoir de réserve des candidats élus pendant la période de transition. « La résolution examinée au Conseil de sécurité des Nations unies concernant Israël devrait se heurter à un veto » écrit-il sur Twitter. Soucieux de gagner du temps jusqu’au changement d’administration, le 20 janvier, Netanyahou peut souffler. Mais c’est sans compter sur l’agenda des autres participants à cette partie de poker diplomatique. Celui de Barack Obama en premier lieu.

Obama solde les comptes

Les manœuvres du duo Bibi-Trump ont mis en rage l’administration démocrate. En vacances à Hawaï, Barack Obama étudie depuis mercredi, par téléphone, le projet de résolution égyptien. Son équipe, le jugeant déséquilibré, soutient un rejet. Selon un document publié cette semaine par un site égyptien, mais non encore authentifié, le secrétaire d’Etat John Kerry et la conseillère à la Sécurité nationale, Susan Rice, auraient assuré, huit jours plus tôt, à une délégation palestinienne que les Américains n’opposeraient pas de veto à un texte présenté au Conseil de sécurité en des termes équilibrés. Le 21 décembre, c’est le chef d’Etat américain qui va renverser la table. Aux yeux de M. Obama, avec les controverses récentes sur l’évacuation de la ville d’Amona et surtout le vote de la loi sur la « régularisation » des implantations illégales de Judée-Samarie, Benyamin Netanyahou a franchi la ligne rouge. Consigne est donnée jeudi à la représentante américaine à l’ONU, Samantha Power, de ne pas faire usage de son droit de veto. Reste à présenter un nouveau texte.
Les Britanniques vont alors jouer les chevilles ouvrières, comme l’a révélé Haaretz mardi soir. Discussions avec le représentant néo-zélandais pour prendre la relève de l’Egypte, réécriture du projet de résolution : Londres, appuyé par des Etats du Golfe, s’active pour qu’un vote ait lieu rapidement, tandis que des diplomates arabes se réunissent à New York et au Caire. Convaincus par leurs interlocuteurs, la Nouvelle-Zélande, le Sénégal, le Venezuela et la Malaisie annoncent dans une note qu’ils se « réservent le droit de présenter le projet » en cas d’abandon du Caire. Ils mettent leur menace à exécution vendredi, au bonheur de Mahmoud Abbas qui veille à ce que le texte n’aborde que la question des implantations pour ne pas incommoder Washington.

Une fenêtre de tir pour Abbas

« Nous avancerons y compris sans vous », avait lancé, frondeur, le président de l’Autorité palestinienne à M. Al Sissi, lors d’une conversation téléphonique jeudi. M. Abbas espère profiter de la fenêtre de tir que lui offrent les dernières heures de l’administration Obama, plus sensible à la question palestinienne que son successeur. Il mesure également le fragile rapport de force dont il peut encore tirer profit. Des quatre pays signataires du nouveau texte, seul le Sénégal sera encore membre du Conseil de sécurité début janvier. Le vote de la résolution 2334, le 23 décembre, sonne aussi comme un « succès inespéré » pour le leader en perte de vitesse, selon Frédérique Schillo. « Il en sort relégitimé sur la scène nationale et internationale » analyse pour Actualité Juive l’auteure en 2013 de La guerre du Kippour n’aura pas lieu (André Versaille éditeur).

Deal Netanyahou-Poutine

Dans les dernières heures précédant le vote, Benyamin Netanyahou a pourtant tenté le tout pour le tout. Il passe d’abord un coup de téléphone furieux au ministre des Affaires étrangères néo-zélandais, Murray Mccully, pour le menacer de rupture diplomatique en cas de maintien du texte. Devant l’échec de l’initiative, le Premier ministre se tourne vers Vladimir Poutine qui pourrait s’être engagé alors à œuvrer en faveur du report de la résolution. Du donnant-donnant ? Le Yediot Aharonot a en effet dévoilé mardi que des pressions russes avaient conduit M. Netanyahou à ordonner à la délégation israélienne à l’ONU de ne pas prendre part à un vote à l’Assemblée générale, le 21 décembre, visant à créer un groupe de travail sur les crimes de guerre en Syrie.
Les efforts du représentant russe, Vitaly Churkin, pour repousser l’heure de vérité, dans les minutes précédant le vote, et à la surprise générale, n’aboutiront pas. Quatorze voix soutiennent le texte, dont la France et même l’Angola qui avait pourtant promis à Israël de s’abstenir. Jérusalem annoncera dans la foulée des mesures de rétorsion (voir par ailleurs). « L’idée était d’envoyer un message. C’est un sujet trop important pour qu’on garde le silence » explique notre source diplomatique.
Concernant l’ONU, les choses seront différentes après le 20 janvier » assurait Donald Trump après le vote, vendredi. En attendant, l’administration Obama s’active. John Kerry devait présenter le 28 décembre, un plan de résolution du conflit israélo-palestinien. Cette intervention pourrait servir de base à une résolution présentée au Conseil de sécurité, dans la foulée de la Conférence de paix de Paris, le 15 janvier, que François Hollande entend transformer en tremplin diplomatique. Cinq jours avant la sortie de scène de Barack Obama.

Powered by Edreams Factory