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24 Octobre 2017 | 4, Heshvan 5778 | Mise à jour le 23/10/2017 à 19h07

28 Octobre - Chabbat Lekh Lekha : 18h21 - 19h23

Rubrique Judaïsme

Parachath Miketz : Une lumière dans l’exil

(Crédit : Gustave Doré)

Pourquoi la langue hébraïque se lit-elle et s’écrit-elle de droite à gauche ? Et nos Maîtres de répondre parce qu’en lisant ou en écrivant on se dirige vers le cœur ! Et le Talmud (1) le confirme quand il nous révèle que D.ieu exige le cœur, c’est-à-dire la ferveur et la sincérité dans nos actions. Pourtant ’Hanoucca ne semble pas souscrire à cette démarche puisque nous allumons…de gauche à droite !

En fait, comme on va le comprendre aisément, il n’y a pas de contradiction entre ces deux options parce que la Thora envisage deux situations. Pour ce qui est du travail intérieur de l’homme, il n’y a pas grand-chose à chercher à l’extérieur de sa personnalité : chacun connaît les tréfonds de sa personne et c’est là, et nulle part ailleurs, que doit se concentrer tout le travail. Le cœur renvoie à deux réalités. D’une part c’est le siège des émotions : la chaleur doit accompagner, l’étude, la prière jusqu’à nos actions les plus banales et les plus quotidiennes. C’est le premier sens du texte talmudique cité plus haut. Mais le cœur c’est aussi le siège de l’âme animale qui peut générer toutes sortes de comportements violents, agressifs ou désordonnés. En « exigeant le cœur », la Thora attend de chacun un travail profond pour modifier nos traits de caractère défectueux.

Avant que le soleil ne se couche

Mais à ’Hanoucca, il en va tout autrement : on allume de gauche à droite. C’est une invitation à agir sur l’extérieur, à sortir de soi pour porter la lumière vers l’obscurité du monde. Le récit de ’Hanoucca, rappelons-le, dépeint un exil profond : au sein même de la terre d’Israël et malgré l’existence du Temple, le peuple juif subit le joug spirituel et physique de la civilisation grecque. L’allumage est alors pour nous, une leçon merveilleuse : même si au dehors, la nuit impose sa pénombre, au point de jeter le trouble et la confusion sur nos valeurs spirituelles, il faut immédiatement sortir vers cette obscurité pour la faire disparaître. Mais arrêtons nous sur une précision du Code de lois juives (le Choul’hane arou’h) porteuse d’une idée remarquable. Certains de nos Maîtres préconisent d’allumer au moment du coucher du soleil (2). Pour nous mettre en garde : même si la nuit n’est pas encore tombée sur le peuple juif mais que l’obscurité commence lentement à s’installer, il faut agir ! Rechercher les failles naissantes pour endiguer le danger à venir. Parce que ’Hanoucca fait de chacun d’entre nous des éducateurs.

Le premier éducateur

On peut comprendre à présent la simultanéité de ’Hanoucca avec notre paracha qui décrit l’action de Yossef, comparé par nos Maîtres à une lumière au sein d’un pays dépravé et idolâtre. Il est la continuité des patriarches qui installèrent le Créateur sur terre. Mais Yossef parachève ce travail en allant plus loin. En montrant au Pharaon que sa capacité à interpréter les rêves ne lui vient que de D.ieu, il souligne la dépendance du monarque à un pouvoir bien plus puissant que le sien. Mais Yossef est avant tout un éducateur et peut-être le premier : celui qui sera capable d’éduquer (et donc d’éclairer) ses enfants dans le plus sombre exil. Et de réussir.

Notes
(1)  Traité Sanhédrine, p.106b
(2) Michna béroura, parag. 1, chap. 672

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