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22 Octobre 2017 | 2, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique France/Politique

Gérard Larcher : « La frontière entre boycott et étiquetage est mince »

(DR)

Le président de la chambre haute (Les Républicains) s’est rendu en Israël du 2 au 5 janvier.

Actualité Juive : Vous êtes en Israël cette semaine, après avoir dû remettre votre visite initiale en juillet après l’attentat de Nice. Dans quelle mesure la lutte contre le terrorisme peut-elle contribuer au réchauffement des relations franco-israéliennes ? 

Gérard Larcher : Nous allons bien sûr évoquer, avec mes interlocuteurs israéliens, la lutte contre le terrorisme qui est aussi une lutte pour des valeurs. L’Etat d’Israël apporte ainsi actuellement son soutien à nos soldats engagés contre le terrorisme. 

Mais cette visite en Israël, la première d’un président du Sénat depuis douze ans, répond également à d’autres objectifs. Il s’agit de renforcer les relations parlementaires bilatérales, un sujet que j’aborderai mercredi [4 janvier, NDR] avec le président de la Knesset, Yuli Edelstein. Ces échanges nous permettront de mieux nous comprendre lorsque nous aborderons des sujets difficiles. Mon déplacement vise ensuite à mener un état des lieux de la relation bilatérale et à porter un message de reconnaissance envers l’Etat d’Israël. Israël est une véritable démocratie, vivante, bouillonnante parfois, engagée dans un cheminement très complexe vers la paix. 

J’ai également tenu à me recueillir au cimetière de Guivat Shaul à la mémoire d’Ilan Halimi, des victimes de l’Hyper Cacher et de l’école Ozar Hatorah de Toulouse. Jonathan Sandler, ses deux enfants ainsi que la petite Myriam Monsonego étaient originaires de mon département, les Yvelines. J’ai souhaité les honorer en déposant une pierre du champ de Rambouillet sur leurs tombes. 


A.J.: Vous vous êtes montré critique envers le vote d’un texte sur Jérusalem à l’Unesco à l’automne. La résolution 2334 votée par le Conseil de sécurité le 23 décembre, 

vous semble-t-elle aller pour sa part dans le sens de la paix ?

G. L. : J’ai rencontré mardi le président de l’Etat d’Israël, Reuven Rivlin, avec lequel nous avons abordé la question du chemin vers la paix et la résolution de l’Unesco. C’est un texte que j’avais condamné et j’aurais préféré que le gouvernement français en fasse de même, lors du second vote, en octobre dernier, plutôt que de privilégier l’abstention. 

Concernant l’ONU, la vraie surprise n’est pas venue du vote positif de la France mais de l’abstention américaine. Je discuterai de ces sujets demain [le 4 janvier, NDR] avec le premier ministre Benyamin Netanyahou et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. 

La question du boycott est également importante. Je suis accompagné en Israël par l’ancien ministre de la Justice, Michel Mercier, à l’origine de la circulaire interdisant le boycott des produits israéliens [adoptée en février 2010, la « circulaire Alliot-Marie » a été précisée et complétée par son successeur M. Mercier le 15 mai 2012, NDR]. A mes yeux, la frontière entre boycott et étiquetage est mince…


A.J.: Autrement dit, condamnez-vous la directive européenne, appliquée par la France cet hiver, visant à étiqueter les produits issus des implantations israéliennes en Judée-Samarie ? 

G. L. : Je ne condamne pas la directive mais je demande qu’elle soit précisée. On doit faire très attention à ce que ce texte ne devienne pas un prétexte pour le boycott d’Israël, ce qui serait inacceptable.  


A.J.: Quelles sont les chances de réussite de la conférence de paix sur le Proche-Orient, le 15 janvier à Paris ? 

G. L. : La conférence de Paris part d’une bonne intention. Je ne suis pas sûr néanmoins que les conditions soient réunies pour sa tenue. D’abord, parce qu’une des principales parties tenantes, Israël, a exprimé son désaccord concernant l’initiative. Sa date, cinq jours avant le changement d’administration américaine, pose également question. 

Par nature, je ne condamne aucun processus menant vers la paix, à condition qu’il soit mené sans arrière-pensées et en rappelant des principes préalables. Israël doit pouvoir vivre dans des frontières sûres et être reconnu par les Etats de la région. Les Palestiniens de leur côté ont également droit à un Etat viable. On a beaucoup souligné le frein à la paix que constituerait le maintien des implantations israéliennes. Mais ce n’est le seul : le déni de l’existence d’Israël par le Hamas entrave tout processus de négociation. 

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