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13 Décembre 2017 | 25, Kislev 5778 | Mise à jour le 12/12/2017 à 17h23

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique France/Politique

Georges Bensoussan : « Le CCIF et les Indigènes de la République jouent un rôle éminent dans la montée des tensions en France »

(wikipedia)

L’historien, spécialiste de la Shoah*, fait l’objet d’une nouvelle procédure judiciaire intentée par le Comité contre l’islamophobie en France. Pour Actualité juive, il analyse la stratégie d’intimidation des islamistes en France.

Actualité Juive: Que s'est-il passé depuis votre passage à l'émission « Répliques » d'Alain Finkielkraut sur France Culture, le 10 octobre 2015 ?

Georges Bensoussan : Suite à la diffusion de l'émission, un groupe d'une vingtaine de personnes, parmi lesquelles Alain Gresh et Shlomo Sand, signent une pétition sur un blog hébergé par Mediapart. Elles y dénoncent mes propos qualifiés de « racistes » et d’« islamophobes », et appellent le Mémorial de la Shoah à prendre ses distances avec moi. Sur ces entrefaites, le sociologue français d'origine algérienne, Smaïn Laacher, que j'avais cité (mais sans verbatim) durant l’émission porte plainte contre moi en me reprochant de l’avoir diffamé. Il retirera cette plainte en février 2016, sans négociation ni contrepartie. L'affaire semble donc terminée. En réalité, non, elle rebondit en mars 2016 lorsque le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) dépose un signalement au parquet pour « trouble à l'ordre public », c’est-à-dire ici « incitation à la haine raciale ». Après les auditions d’usage, le parquet annonce en octobre 2016 qu'il donne suite à ce signalement. En conséquence, il y aura procès et il se tiendra le 25 janvier 2017 devant la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris.

 

A.J.: Quelle a été la stratégie du CCIF? Il dénonce dans un communiqué des propos « dangereux et dignes des discours de l'extrême droite ».

G.B.: Le CCIF poursuit là une stratégie d'intimidation désormais bien rodée. Elle passe par l’accusation de racisme et d’ « islamophobie », ce « racisme imaginaire » comme dit Pascal Bruckner qui vise à disqualifier et discréditer toute parole critique pour la faire taire. C’est le retour au temps du « blasphème » d’Anciens régimes… L'intimidation se décline sur plusieurs niveaux: intimidation morale, c’est l'accusation de racisme, la plus infamante qui soit dans notre société; intimidation financière, ce sont les frais de justice et des condamnations éventuelles; l’intimidation professionnelle, en poussant le Mémorial à ne pas me reconduire dans mes fonctions de responsable éditorial : comment un « raciste » pourrait-il continuer à travailler dans cette institution ?  Cette stratégie vise à salir, à délégitimer et à faire peur. C'est ce que le journaliste Brice Couturier appelle à raison le « djihad judiciaire ». Le CCIF et ses alliés des Indigènes de la République, sans compter ceux que Gilles Kepel appelle les « islamo-gauchistes », jouent un rôle éminent dans la montée des tensions en France.


A.J.: Faut-il s'inquiéter de la judiciarisation exponentielle de la pensée, notamment sur les questions liées à l'intégrisme islamiste ?

G.B.: Cette stratégie finit en effet par porter ses fruits. Sous la pression de la répétition des procès et des ennuis judiciaires, d'aucuns pourraient hésiter longuement avant de participer au débat public. Si ces intimidations peuvent ne pas jouer sur certains individus, elles agiront sur la majorité.

 

A.J.: Dans la pétition de soutien signée par une centaine d'intellectuels et de personnalités (Jacques Tarnero, Élisabeth Badinter, Élisabeth de Fontenay, Pierre Nora, Pascal Bruckner, le grand rabbin de France Haïm Korsia, etc.),on peut lire : « Ce terrorisme culturel complète le terrorisme qui tue ». Comment cette affaire s'inscrit-elle dans le débat public français, marqué ces derniers mois par des polémiques à répétition (déchéance de nationalité, burkini)?

G.B.: Ce « djihad judiciaire » constitue un des éléments du djihad général mené en France aujourd'hui par l’islam politique. On me reproche de dire qu’il existe un antisémitisme culturel, transmis dans les familles (de là l’expression « tété avec le lait de la mère ») dans certains milieux d'origine arabe en France. On me reproche aussi d’évoquer la formation d'une contre-societé qui tend à se couper de la nation en estimant que la charia prévaut sur les lois de la République, voire en inversant les règles communément admises de l’intégration. Cette stratégie judiciaire s'inscrit donc dans une stratégie politique plus globale, et en cela ces procès à répétition constituent un test de la résistance de la nation. 

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