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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique France/Politique

Nicolas Bay en Israël: enquête sur le voyage « privé » du numéro 3 du Front national

Nicolas Bay dans un restaurant à Tel-Aviv, mardi 24 janvier (Twitter @NicolasBayfn).

Le secrétaire général du parti d'extrême droite mène depuis le milieu de semaine une visite en Israël. Objectif: séduire l'électorat juif en France.

C’est une visite « privée » qui devait rester confidentielle. Que diraient les historiques du Front National en apprenant que le secrétaire général du parti s’est rendu en Israël ? Comment réagiraient les instances juives en découvrant qu’un ancien leader de l’UED, anciennement GUD, organisait en sous-main une visite et des rencontres avec des responsables israéliens, certes de second rang ? Dans le passé, le CRIF s’était ému d’une possible visite de Marion Maréchal-Le Pen, en février 2016, à laquelle la députée avait finalement renoncée.  Cinq ans plus tôt, Louis Alliot, compagnon de Marine Le Pen et alors numéro 2 du FN, avait mené une visite de deux jours dans un pays où les membres du parti d’extrême droite FN sont toujours considérés « persona non gratae ».

Jeudi matin, Haaretz révèlait que le secrétaire général du Front, Nicolas Bay, se trouvait en Israël depuis mercredi. La visite aurait été organisée par un militant de confession juive du parti.  Le déplacement doit permettre à l’euro-député de rencontrer des Israéliens d’origine française mais aussi, et surtout, de s’afficher aux côtés d’officiels israéliens pour tenter de séduire une partie de l’électorat juif en France. Or, M. Bay le sait, il n’a aucune chance de se voir inviter par un ministre ou un haut responsable de parti. Le cliché pris en 2011 à New York réunissant l’ambassadeur israélien à l’ONU, Ron Prosor, et Marine Le Pen, avait à l’époque fait grand bruit et conduit à la réaffirmation publique de la position des autorités israéliennes : le FN demeure infréquentable, nonobstant la mise en retrait de son fondateur, Jean-Marie Le Pen.


Bay documente la visite sur Twitter

Ignoré par le pouvoir, Nicolas Bay a donc été tapé aux étages inférieurs du pouvoir. Mercredi, c’est le président des Jeunes du Likoud, David Shayan, qui l’a reçu. Sans visiblement connaître précisément l’identité de son interlocuteur. « Ce n'est qu'après la réunion, qui n'était pas officielle, que j'ai appris que Bay était du parti de Marine Le Pen », a-t-il déclaré au quotidien israélien. Avant d’ajouter qu'il ne « boycotte personne ». M. Shayan a dans le passé servi de conseiller au ministre israélien à la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, puis au ministre sans portefeuille et ancien général de Tsahal, Yossi Peled. 

Depuis les révélations du Haaretz, jeudi matin, Nicolas Bay a ouvert les vannes sur Twitter. De tweets en tweets, il documente une visite, postant des photos témoignant de la variété des acteurs de la société civile, politique et militaire israélienne prétendument ouverts aux arguments frontistes. Visite à l’hôpital français de Nazareth « avec la Mère supérieure, le directeur et le correspondant sécurité pour l’ambassade de France », café avec le secrétaire général d’un mouvement actif dans la promotion de la paix israélo-arabe, Gavri Bargil. Une palette suffisamment large pour se placer comme l’ « ami » de l’Etat juif sans renier pour autant la défense du processus de paix et la création d’un Etat palestinien, des idées promues par la ligne du parti.



L'un des clichés les plus intéressants postés voit l'euro-député attablé dans un restaurant, accompagné de six personnes. Le repas n'a pas eu lieu mercredi, comme semble l'indiquer le tweet. « Ils sont venus mardi soir » indique à Actualité juive un responsable du restaurant, situé à l'entrée du marché de Tel-Aviv. Qui a accepté d'apparaître comme les premiers convives de l'un des hommes les plus influents du mouvement de Marine Le Pen, après avoir suivi les pas de Bruno Mégret? Nicolas Bay avance deux noms: Arnon Afek et Eyal Furman. Le premier est le directeur général du ministère de la Santé. Le second, ses galons de trois étoiles à l'épaule, exerce au sein de l'armée israélienne comme commandant médical du Commandement du Front intérieur, selon le site de Tsahal.




De quoi ont-ils parlé? Notre interlocuteur israélien ne nous le dira pas: « Je sais qu'il y avait un médecin assis avec eux, un Français me semble-t-il » explique-t-il. « Mais moi, je ne m'intéresse pas du tout à la politique » insiste-t-il. 

Contacté par Actualité juive, le Crif n’a pas souhaité réagir pour le moment. 

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