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24 Juin 2017 | 30, Sivan 5777 | Mise à jour le 23/06/2017 à 12h34

1er juillet 2017 - Chabbat 'Houkat : 21h39 - 23h03

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Trump, année 0

Le président Donald Trump prête serment (WIKIPEIDA.)

Dans son discours d’investiture, le nouveau président américain a promis de mettre un terme au « carnage américain » laissé par son prédécesseur.

Qui pensait sérieusement que Donald Trump abandonnerait, sur le perron de la Maison Blanche, les habits du candidat offensif et clivant qui l’ont mené au pouvoir ? Le quarante-cinquième président des Etats-Unis s’est livré  à un portrait binaire et dystopique de l’Amérique, lors de son discours d’investiture, le 20 janvier. Dépeignant son élection comme la victoire du « peuple » contre les élites, incarnées par Washington, le magnat a mis en garde « l’establishment » présumé responsable de tous ces maux : « Ce carnage américain s’arrête ici et s’arrête maintenant », a-t-il tonné devant  250 000 personnes. Un score largement inférieur au 1,8 million de personnes réunies pour Barack Obama en 2009.

Derrière cette intervention d’une quinzaine de minutes, deux hommes à l’influence grandissante : Steve Bannon, ancien rédacteur en chef du site conservateur Breitbart, désormais « conseiller stratégique » à la Maison Blanche, et Stephen Miller, un juif de 31 ans devenu la plume en chef du président pendant la campagne électorale, après avoir fréquenté l’idéologue suprématiste Richard Spencer. 

Continuité dans les hommes, constance dans le propos. Donald Trump a manié au Capitole une rhétorique qui a fait ses preuves face à Hillary Clinton l’an dernier, articulée autour du slogan : « America First » (« L’Amérique d’abord »).  Le concept est associé dans l’histoire américaine à un mouvement d’opposition à l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1941, incarné par le controversé Charles Lindbergh. Une proximité à nuancer selon Annick Cizel, spécialiste de politique étrangère américaine à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris III. « L’America First de Trump s’inscrit certes dans un temps où les Américains se considèrent en « guerre » contre le terrorisme international depuis le 11 septembre », note l’historienne pour Actualité juive.  « Elle participe néanmoins à un discours plus large de Donald Trump sur le protectionnisme économique, dans le cadre d’une compréhension restreinte de l’intérêt national hors du système multilatéral de 1945 ». 



Sphères d’influence


L’ère Trump n’est pourtant pas exempte de rupture. Le 23 janvier, le président américain mettait fin à la participation américaine au Partenariat transpacifique, signé en 2015 pour faire contrepoids à l’influence de la Chine. La primauté donnée au bilatéralisme pourrait néanmoins être délicate à mettre en place. « Comment cela fonctionnera en pratique dans un monde qui a longtemps penché vers le multilatéralisme et le globalisme demeure incertain » s’interroge le think tank américain Soufan Group. 

Trump au pouvoir, c’est bien la fin de l’ordre du monde américain qui est en train de s’écrire, au profit d’« alliances bilatérales, ad hoc » et d’une réforme probable de l’OTAN. « On assiste à une forme d’isolationnisme proche de celui de George Washington, à la naissance des Etats-Unis, et qui s’accompagne d’un refus du multilatéralisme pour embrasser l’unilatéralisme », rappelle Annick Cizel qui relève dans le discours du 20 janvier des références à la « destinée manifeste », concept central de la politique étrangère des Etats-Unis au XIXe siècle, jusqu’au premier conflit mondial. Donald Trump a également tourné le dos au prosélytisme démocratique de l’ère George W. Bush, présent au Capitole. « Nous n'imposerons pas notre mode de vie mais nous dirigerons plutôt par l'exemple » s’est engagé le nouveau président. 

Les visées de Donald Trump sont ailleurs. « Nous rassemblerons le monde civilisé contre le terrorisme islamiste, que nous éradiquerons totalement de la surface de la Terre », a-t-il promis. Un objectif ambitieux qui pourrait passer par un rapprochement bien compris avec Moscou sur la base d’une répartition des sphères d’influence. « Le refus américain d’envoyer une délégation à Astana pour négocier une sortie de crise diplomatique en Syrie amène à penser que Washington laisserait la Russie exprimer son influence pleine et entière sur l’éventuel processus de paix », estime Annick Cizel. Un choix stratégique qui induirait une priorité accordée par l’état-major américain au cas iranien, « l’un des rares points de convergence au sein de l’administration Trump ». Un virage très bien vu par le gouvernement de Binyamin Netanyahou.

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