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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 11/12/2017 à 18h56

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique France/Politique

Franklin Rausky : Le monde n’est pas une chambre d’enfants

(DR)

Les perspectives de la semaine par Franklin Rausky, Universitaire.

Dans la tourmente et l’agitation des temps post-modernes, notre vieille planète Terre ne vit pas dans la douceur d’un merveilleux conte de fées. En proie aux atroces attentats d’un terrorisme au nom de la foi, d’un vandalisme incendiaire des trésors de la culture, d’une intraitable passion fanatique habitée par le rêve atroce d’une vie de l’Un sans l’Autre, « le monde n’est pas une chambre d’enfants », comme le signale, dans une formule cruellement précise, le sociologue Gérard Rabinovitch, dans un lucide essai récent, au titre énigmatique, évocateur de la déroutante configuration de la société d’aujourd’hui : « Somnambules et Terminators- Sur une crise civilisationnelle contemporaine » (Editions Le Bord de l’Eau, 2016).  Somnambules… Avez-vous dit « somnambules » ? Oui, c’est d’un étrange somnambulisme politique, idéologique, social, culturel que dont Rabinovitch, chercheur au CFNRS, directeur de l’Institut Emmanuel Levinas et professeur à l’Institut Elie Wiesel, auteur d’un remarquable essai sur un inquiétant objet de la recherche en sciences sociales : la destructivité.  Le somnambulisme désigne, depuis le Moyen Age, une étrange perturbation de la conscience où l’homme endormi se lève, marche, parle, chante, danse, écrit, agit, en état de sommeil, les yeux fermés. A la fin du XVIIIe siècle, Mesmer et Puységur, maîtres de la thérapie magnétique, appellent « somnambules » les individus hypnotisés, des « dormeurs-éveillés » qui parlent et agissent en état inconscient. Dans le sillage de l’écrivain juif allemand antinazi Hermann Broch, Rabinovitch dresse le portrait d’un personnage troublant : le fanatique contemporain, habité par la passion de détruire, par la haine de la différence, par une volonté mortifère illimitée, au double visage génocidaire et suicidaire, associant une cruauté démoniaque et une inertie de la pensée. Le terroriste somnambulique contemporain, intellectuellement anesthésié, soumis, possédé par l’injonction toute-puissante d’un Absolu Totalitaire qui commande de tuer au nom de la foi, n’est pas un « kamikaze », un militaire suicidaire à la japonaise. Celui-ci était un pilote, un combattant de l’Empire du Japon, au cours de la Seconde Guerre mondiale, luttant, au sein d’une armée régulière, contre une armée régulière ennemie, celle des Etats-Unis. Le kamikaze ne bombardait jamais des cibles civiles. Pour Rabinovitch, il serait plus exact de définir le terroriste du XXIe siècle comme un zombi, terme d’origine africaine qui désigne un individu possédé par des forces maléfiques, un personnage extrêmement violent envers les êtres humains, un humain robotisé, sans conscience morale, sans volonté propre, sans sentiment d’humanité, une personne vidée de toute personnalité singulière et autonome, un sujet transformé en objet mécanique, une marionnette sans intelligence ni sens critique, victime de manipulations qui s’emparent de son esprit afin de le rendre corvéable à merci. Face aux aventuriers ténébreux du djihad, « terminators », machines à tuer, la nouvelle génération de la civilisation contemporaine est désemparée, livrée à l’absence de cadres symboliques, contaminée par le mercantilisme footballistique le plus grotesque, aux drogues, à la pornographie, au spectacle grossier des téléréalités, à la perversion esthétique du sadisme-masochisme et de ses jeux de cruauté jouissive, aux rumeurs et aux scandales de l’Internet… Pourtant, face à cette menaçante civilisation de mort, il est toujours possible, nécessaire, urgent, de proposer une civilisation de vie. C’est la seule vraie « guerre des civilisations » du monde post-moderne. 

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