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29 Mai 2017 | 4, Sivan 5777 | Mise à jour le 26/05/2017 à 12h37

Rubrique Israël

Israël sous le feu diplomatique

Condamnations internationales, menaces palestiniennes,mais aussi débat intérieur. Le gouvernement israélien doit organiser sa défense sur la loi de régularisation des avant-postes de Judée-Samarie.

Depuis le 6 février, le tumulte ne retombe pas. En adoptant la loi sur la régularisation des implantations édifiées sur des terrains contestés, la Knesset a déclenché un véritable tir de barrage. L'Union Européenne a été la première à condamner le texte, suivie par le président Hollande qui l'a dénoncé comme

« contraire au droit international », alors qu'il recevait Mahmoud Abbas à l'Elysée. Le nouveau Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres a « regretté » la loi, qui aura « d'importantes conséquences juridiques pour Israël ». Même réprobation de Berlin à Londres en passant par Moscou. Seule l'administration américaine s'est abstenue d'entrer dans la danse, laissant le porte-parole de la Maison Blanche indiquer que le sujet attendrait la rencontre de Binyamin Netanyahou avec Donald Trump.

Le chef de l'Autorité Palestinienne n'a donc pas eu grand mal à battre le rappel de la communauté internationale, de même qu'il a déjà laissé planer la menace d'une action judiciaire devant le Tribunal Pénal International, mais aussi de la rupture de la coordination sécuritaire avec Israël. Pour faire front sans perdre de temps, le ministère israélien des Affaires étrangères a briefé l'ensemble de son personnel diplomatique dans le monde, qui a reçu l'argumentaire en huit points, destiné à défendre la position d'Israël. Le document, validé par le chef du gouvernement, explique notamment que la loi permettra d'indemniser les Palestiniens et que les terres concernées seront placées sous une autorité dédiée en attendant un règlement de l'ensemble du conflit israélo-palestinien. Mais le mémo précise aussi que la Cour Suprême d'Israël a compétence pour examiner tous les textes votés par le Parlement. C'est ce qui explique sans doute que la vivacité des réactions diplomatiques n'ait pas été plus loin que le réflexe pavlovien de condamnation. Au fil des années, on a appris dans les chancelleries à attendre le dernier mot de la Cour Suprême israélienne. 

Or la réalité est que la loi sur la régularisation des implantations ne fait pas consensus non plus au sein de la coalition israélienne. Binyamin Netanyahou y était opposé avant de céder aux pressions de son aile droite et en particulier du parti sioniste religieux de Naftali Bennett. Fort opportunément retardé par sa visite éclair à Londres, le Premier ministre israélien n'était d'ailleurs pas rentré à temps pour participer au scrutin. Le ministre de la Défense et chef du parti Israël Beitenou, qui a pourtant suivi les consignes de vote, reste convaincu que le texte est une erreur. « La loi n'a rien à voir avec l'œuvre de peuplement [de la Judée-Samarie]. C'est même le contraire ! Elle va porter atteinte aux implantations et renforcer le pouvoir judiciaire », s'insurge Avigdor Lieberman, qui accuse ses partenaires de la majorité de « sacrifier l'intérêt national au profit de l'intérêt électoral », et leur reproche de « préférer les slogans aux résultats ».

Difficile donc de s'y retrouver, alors que la zizanie règne au sein même d'Israël. Il semble effectivement que le chef du gouvernement aurait préféré la poursuite du statu quo. Faire entrer la Judée-Samarie dans le champ de compétence de la Knesset, tant que ce territoire n'est pas annexé pose un vrai problème juridique. Tout le monde attend maintenant la réponse des juges israéliens.

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