Default profile photo

29 Mai 2017 | 4, Sivan 5777 | Mise à jour le 26/05/2017 à 12h37

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Avec Trump, Netanyahou rêve d’une nouvelle ère

Netanyahou avec les conseillers de Donald Trump à Washington (Flash90.)

En déplacement à Washington à partir du 15 février, le premier ministre israélien espère obtenir des gages sur le dossier iranien.

En posant le pied sur le tarmac américain, mardi 14 février, Binyamin Netanyahou aura peut-être un sourire aux lèvres en pensant à sa visite à venir à la Maison Blanche le lendemain. Le locataire y a changé et son successeur semble déterminé à restaurer ce qui a tant manqué ces dernières années entre les deux partenaires stratégiques : la confiance. « Il est impératif de revenir à la règle d’or de la "relation spéciale" nouée entre Israël et les Etats-Unis depuis 1967 » analyse pour Actualité juive Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Open University d’Israël. « Elle repose, entre autres, sur une complicité et une connivence entre les chefs de l'exécutif des deux pays ». A l’évidence, Donald Trump entend imprimer une nouvelle musique à l’amitié américano-israélienne, basée sur le « retour à une coopération tous azimuts sans arrière-pensées et soupçons mutuels ». Denis Charbit n’écarte pas l’hypothèse d’un ascendant du premier ministre israélien sur le magnat immobilier, à l’instar de la fascination exercée par Yitzhak Rabin sur Bill Clinton. « Il n’est pas exclu que Donald Trump soit subjugué par Netanyahou, fort de l’expérience politique dont celui-ci peut se prévaloir alors que Trump justement est un novice ». 

L’imprévisibilité du président américain invite néanmoins Jérusalem à la prudence, en dépit des appels du pied de la faction la plus à droite du gouvernement israélien, emmenée par Naftali Bennett, qui voit dans l’arrivée de Donald Trump une « fenêtre d’opportunité » pour enterrer la solution des deux Etats. Le « rappel » vaut mise en garde de la part d’un mouvement qui entend ravir à Binyamin Netanyahou la domination sur la droite israélienne lors des prochaines élections législatives. Revenir à Jérusalem avec des assurances du pouvoir américain sur quelques dossiers majeurs permettrait aussi à ce dernier de faire taire les critiques alimentées par de récentes polémiques sur des soupçons d’ingérence dans les médias. 

Troisième chef de gouvernement étranger à être reçu par Donald Trump, M. Netanyahou a pourtant noté les récentes variations de M. Trump. Sur le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, d’abord. Depuis le vote du Congrès en faveur de la délocalisation en 1995, chaque locataire de la Maison Blanche en sursoit l’application pour les six mois à venir. Officiellement, le nouveau président américain est appelé à se positionner sur la question avant le mois de juin. Le 10 février, il a reconnu réfléchir « très sérieusement » à une décision « pas facile » à prendre. 

« J'étudie le sujet et nous verrons ce qui se passera », a déclaré M. Trump au quotidien gratuit israélien Israel Hayom, proche du M. Netanyahou et détenu par le milliardaire américain Sheldon Adelson. Une posture moins enthousiaste que celle défendue pendant la campagne électorale. 



Revenir à Jérusalem avec des assurances du pouvoir américain

« Ils étaient prêts à déplacer l’ambassade à 12h01 le 20 janvier, peut-être 12h et 30 secondes », a révélé au site Politico le président de la commission sénatoriale des affaires étrangères, le Républicain Bob Corker. Depuis son investiture, Donald Trump semble néanmoins plus sensible aux possibles réactions en chaîne d’une telle décision parmi ses alliés dans le monde arabe, l’Egypte et la Jordanie en tête. « En usant de canaux discrets, Israël pourrait recommander à l’administration la manière et le timing du transfert pour que les risques potentiels soient réduits au maximum », écrit l’ancien patron des renseignements militaires israéliens (AMAN), Amos Yadlin,  dans une note pour l’Institut pour les études de sécurité nationale. « Le transfert de l’ambassade pourrait faire un tel effet sur les Palestiniens qu’ils repenseront leurs stratégie [d’internationalisation] et reprendront les pourparlers ». 

Autre enjeu de taille, la poursuite de la politique israélienne d’implantation. « Elle n’aide pas le processus, a jugé le président américain dans la même interview. 

« Trump ne pourra s’engager dans la voie de l’abandon de la solution des deux Etats pour deux peuples que s’il dispose d’une solution de rechange », décrypte Denis Charbit. « Tout au plus réitèrera-t-il la position de George W. Bush estimant qu’un traité de paix devra tenir compte des réalités sur le terrain, bref des blocs d’implantation ». Des garanties consignées dans une fameuse lettre à Ariel Sharon en 2004. 

« Trump et ses conseillers semblent plus souples [qu’Obama] sur le dossier israélo-palestinien, comprenant à juste titre qu’il ne constitue en aucun cas le problème le plus important dans un Moyen-Orient chaotique », observe Ephraim Imbar, fondateur du centre Begin-Sadat pour les études stratégiques. 

Une convergence fondamentale avec les autorités israéliennes pour qui la priorité ne se loge pas tant à Ramallah qu’à Téhéran. Pour Binyamin Netanyahou, si « fenêtre d’opportunité » il y a, elle ouvre moins de perspectives aux partisans de l’annexion de la Judée-Samarie qu’aux tenants d’une ligne dure contre le régime iranien. Le retour au centre du débat israélo-américain de ce marqueur politique du gouvernement Netanyahou depuis 2009 constituerait également une aubaine, sur le plan intérieur, contre Naftali Benett, plus centré sur le conflit israélo-palestinien, note un éditorialiste du Yediot Aharonot. 

Certes, la démission du conseiller à la Sécurité nationale, le général Michael Flynn, le 13 février, après des conversations illicites avec l’ambassadeur russe à Washington, prive les stratèges israéliens de l’appui de l’un des plus rudes contempteurs des ambitions hégémoniques de l’Iran. Elle ne remet pas en cause cependant l’ordre des priorités. « Netanyahou va tester Trump et tenter de le convaincre de le suivre sur ce terrain », prédit Denis Charbit. « Est-ce que cela signifie le retour de l’option militaire que Netanyahou appelait autrefois de ses vœux ? J’en doute ». 

Powered by Edreams Factory