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30 Mai 2017 | 5, Sivan 5777 | Mise à jour le 29/05/2017 à 15h58

Chabbat Nasso : 21h28 - 22h52

Rubrique Communauté

Henri Minczeles, ce prince ashkenaze s’en est allé…

Henri Minczeles, lors de la Lecture des Noms durant le Yom Hashoah. (Marylou Tremil)

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de notre ami, Henri Minczeles, le 10 mars dernier, à la suite d’une intervention chirurgicale, après une péritonite. Ses obsèques se sont déroulées le 15 mars à Bagneux en présence des siens, de ses très nombreux amis et de personnalités issues du monde Juif.

Né le 10 juin 1926 à Paris de parents originaires de Pologne qui gagnèrent la France en 1924 et 25, Henri dont l’enfance est liée au 18e arrondissement, fut douloureusement marqué par l’arrestation de son père le 14 mai 1941 lors de la rafle du « billet vert », suivie de sa déportation sans retour à Auschwitz le 17 juillet 1942, par le convoi 6. Henri était alors âgé de 16 ans, son frère Roger, lui était âgé de 10 ans et demi. Henri gardait pieusement la dernière lettre écrite par son père à sa mère avant son départ pour Auschwitz, dans laquelle il affichait un certain optimisme : « Je pars aujourd’hui même. Peut-être nous reverrons-nous en Pologne ? Ne crains rien on ne tuera pas tant de monde. Veille sur les enfants… Je te prie de ne pas pleurer sur notre sort. Sois courageuse. Nous sommes encore jeunes. Je t’embrasse bien fort avec les enfants…» 

Par miracle, le reste de la famille échappa à la rafle du 16 juillet. Mais Henri qui avait contracté la tuberculose se retrouva en sanatorium en compagnie de son ami Jo Amiel. Plus tard, revenu à Paris sous un faux nom, il effectua de fausses cartes d’identité, trouva un emploi comme apprenti décorateur et participa à la Libération de Paris, sous la houlette des jeunesses socialistes. Puis, il adhéra au Bund et rejoignit le centre Medem, tout en suivant les cours de formation des journalistes. En 1959, il eut le bonheur d’épouser Léa Radacz, puis 2 enfants sont nés, un garçon et une fille  et 4 petits-enfants. Avant sa retraite, Henri exerça comme comptable et directeur dans le textile. Puis, il devint pleinement journaliste, et auteur à succès d’ouvrages  notoires dont : « Vilna, Wilno, Vilnius, la Jérusalem de Lituanie », « Histoire générale du Bund, un mouvement révolutionnaire Juif », « Lituanie Juive, message d’un monde englouti » en collaboration avec Yves Plasseraud, « Yiddisland » avec Gérard Silvain, « Histoire des Juifs de Pologne, religion, culture, politique …»

« Ces années de créativité » comme me le confiait Henri « furent les meilleures de ma vie », avant d’ajouter avec un bon sourire : « Ce fut là une belle revanche sur le destin. » Chaque publication, récompensée par bien des prix prestigieux donnait lieu à des émissions de radio, notamment à  « Mémoire et Vigilance », et à des conférences-débats passionnantes, et ce, partout en France et à l’étranger. Il est des hommes que l’on ne saurait oublier tant ils font montre de l’éthique en actes fondée sur la fidélité Juive, le souci de la justice, et la célébration de l’amitié vraie. Henri était de ceux- là. Ce prince de la civilisation Yiddish, comme j’aimais le surnommer en le taquinant, nous manquera à jamais infiniment. 


« Henri Minczeles , chevalier de l’Ordre National du Mérite, officier de l’Ordre National du Mérite Lituanien, était une haute figure du Judaïsme Français, dont l’implication à lutter contre l’oubli, en particulier au sein du Centre Medem, du Crif, des FFDJF, et de l’Amejd du 18e fut exemplaire à tous égards. Ce « mentsch », qui une fois la retraite venue se lança dans des études d’Histoire avec obtention d’un DEA en 1986, puis un doctorat en 1991, possédait tous les talents : Militant, conférencier, animateur radio, dirigeant communautaire, journaliste, historien, Henri faisait les délices desorganes de la presse Juive, que ce soit grâce à Aby Wieviorka au « Réveil des jeunes », à « Actualité Juive » dirigé par Serge et Lydia Benattar, où nous avons longtemps partagé la page « Mémoire », à « l’Arche », ou encore aux « Cahiers Bernard Lazare » dans la proximité de Claude Hampel.

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