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29 Mai 2017 | 4, Sivan 5777 | Mise à jour le 29/05/2017 à 15h58

Chabbat Nasso : 21h28 - 22h52

Rubrique France/Politique

Quelle diplomatie pour Emmanuel Macron ?

(wikipedia)

En matière de politique internationale, le candidat d’En Marche ! ne devrait pas engager de révolution.

Trente-deux pages et pas une ligne de politique internationale. Le document-programme publié par Emmanuel Macron sur son site, jeudi 2 mars, en marge  de sa conférence de presse, ne permet pas de se faire une idée précise de ce qui pourrait constituer les axes de sa politique étrangère et de défense en cas d’élection à l’Elysée. Le candidat d’En Marche s’exprimera « plus en détail dans les semaines qui viennent » sur ces sujets régaliens, a-t-il assuré devant un parterre de journalistes venus en nombre au Pavillon Gabriel. 

Seule exception à la règle : la question européenne. « Emmanuel Macron assume le projet européen. C’est quelque chose, selon moi, de politiquement inattendu », assure à Actualité juive François Heisbourg. Le président de l’International for Strategic Studies, qui a conseillé l’intéressé sur les questions de défense, appuie la « remise à niveau des forces conventionnelles françaises » et la « pérennisation de la dissuasion nucléaire ». « Pour le reste, je me garderais de le mettre dans une case pour l’instant ». 

Retour au gaullo-mitterrandisme ou prolongement du néo-atlantisme de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ? Interrogé par le quotidien libanais L’Orient Le Jour, le 26 janvier, sur la manière dont la France sous sa présidence pourrait contribuer à la sortie de crise en Irak, il indiquait vouloir « renouer avec une politique française gaullo-mitterrandienne », citant le refus de Jacques Chirac de participer à la seconde guerre d’Irak en 2003. « Je ne suis pas dans une logique d’immixtion, je suis dans une logique de service, de responsabilité et de stabilité ». 

Dans un long texte disponible sur le site Enmarche.fr, exempt pour l’heure de propositions,  M. Macron décrit  « un monde de menaces et d’opportunités », marqué par « l’instabilité et de nouvelles menaces » : le « terrorisme, les guerres civiles, l’afflux de réfugiés et les frontières qui se ferment ». Il pointe également le climat de néo-guerre froide, source de tensions. « La présidence de Donald Trump inquiète nos concitoyens et bouleverse les équilibres mondiaux, au profit de la Chine ». Mais nulle trace de tropisme russe, façon Marine Le Pen ou François Fillon. « La Russie de Vladimir Poutine mène une politique étrangère dangereuse qui n’hésite pas à s’affranchir du droit international », écrit le candidat qui promet dans le dossier 

« constance » et « exigence » notamment en matière de droits de l’homme. « Macron porte un regard froid sur la Russie autoritaire, révisionniste et anti-occidental de Vladimir Poutine », estime François Heisbourg. 


Climat de néo-guerre froide

Au Moyen-Orient, « en proie à la guerre », il réaffirme, en deux phrases, une position classique de la diplomatie française dans le conflit israélo-palestinien. « La sécurité d’Israël est pour nous un principe intangible, de même que la légitimité de l’Etat palestinien. Nous devrons rechercher les conditions d’une paix juste et durable, qui permette aux deux Etats de coexister en sécurité ». Reste à en préciser les modalités pratiques : envisagera-t-il de reconnaître ledit Etat palestinien ? 

Estimant que « les conditions de l’entrée de la Turquie dans l’Union ne sont clairement pas réunies », M. Macron souhaite que la France « retrouv[e] sa place au Moyen-Orient, en particulier pour accompagner la résolution de la crise syrienne. ». Une critique, à fleurets mouchetés, de l’approche française dans ce dossier. Le mois dernier, M. Macron expliquait, à L’Orient Le jour, refuser de « poser comme condition préalable la destitution de [Bachar El] Assad ». 

« L’ouverture vers l’Iran devra se poursuivre, continue M. Macron si l’accord nucléaire de 2015 est respecté et si l’Iran concourt à la stabilité régionale ». « Entre ce que l’on peut vouloir et ce que l’on « peut pouvoir », il y a une certaine marge », nuance François Heisbourg, pointant le pouvoir de nuisance iranien. Equilibre, « indépendance » : Emmanuel Macron estimait déjà, en janvier, que la France devait « parler à l’Arabie Saoudite et à l’Iran » sans « s’ingérer dans le jeu d’influence de ces deux puissances ». Un rapprochement trop franc avec Téhéran serait en effet « une manière d’insécuriser l’Arabie Saoudite [et] Israël ». 

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