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24 Octobre 2017 | 4, Heshvan 5778 | Mise à jour le 23/10/2017 à 19h07

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Rubrique France/Politique

L’islamophobie : le redoutable alibi

Georges Bensoussan sort du tribunal, acquitté, accompagné de ses 2 avocats, Maître Michel Laval (à droite) et Maître Guillaume Lasmoles (à gauche) DR

C’est un mot-valise que l’on commente aujourd’hui dans les médias et jusqu’aux palais de justice. Au lendemain de la relaxe de l’historien Georges Bensoussan, poursuivi par le CCIF et plusieurs associations antiracistes, enquête sur les usages contestés du concept d’islamophobie.

«Soumission » de Michel Houellebecq ? Un roman « clairement islamophobe » selon le journaliste de France Inter, Ali Baddou. La manifestation du 11 janvier 2015 en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher ? Le sociologue Emmanuel y décèle, dans un essai polémique « Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse » (Seuil), une « dimension islamophobe inconsciente ». L’interdiction du burkini, polémique ravageuse de l’été dernier ? « Le produit d’une islamophobie nourrie par les attentats terroristes et d’une politique de stigmatisation soutenue par [des] maires aux idées courtes » s’alarme le quotidien allemand Süddeutche Zeitung, reprenant l’argumentaire du Collectif contre l’islamophobie en France. 

L’association, née en 2003, n’est pas pour rien dans le succès d’une expression désormais reprise jusqu’au plus haut sommet de l’Etat : François Hollande l’utilisera, pour la première fois, lors de ses vœux aux corps diplomatiques, en janvier 2015. Chaque année, le CCIF publie, sur le modèle des actes antisémites, le recensement des actes islamophobes. Pour l’année, il comptabilisait 580 « actes », un chiffre en baisse de 35,9% sur un an, en dépit d’un classement généreux, mêlant les « attaques » proprement dites (25 en 2016) aux « discriminations » (419) à l’appréciation hautement subjective. 

Course à l’inflation à des fins politiques, associée à la recherche d’une reconnaissance sociale du mouvement ? En janvier, c’est en attaquant Georges Bensoussan que l’association dirigée par Marwan Muhammad a fait parler d’elle pour des propos tenus sur l’antisémitisme « tété avec le lait de la mère » dans certaines familles arabes. « L’antiracisme est devenu, comme l’humanitaire, un marché. La judiciarisation traduit une volonté de faire parler de soi, de garder son rang », relève l’essayiste Pascal Brucker, dans un entretien à Actualité juive à l’occasion de la sortie de son livre « Un racisme imaginaire » (voir p. 16) 


Synthèse de tous les racismes

Le 7 mars, la justice relaxera finalement l’historien de la Shoah et du sionisme. « Une condamnation aurait signifié quelque chose de terrible intellectuellement, politiquement, culturellement » note, pour Actualité juive, le sociologue Jacques Tarnero, qui regrette le 

« rôle du Parquet » dans l’engagement des poursuites. Quant à la Licra, l’une des parties civiles, « elle n’a pas compris qu’elle servait d’alibi à la cause qu’elle prétend par ailleurs combattre : l’islamisme politique ». 

 Que désigne-t-on par « islamophobie » ? Le mot a fait son entrée dans le Robert il y a douze ans, défini comme une « forme particulière de racisme dirigée contre l’islam et les musulmans ». En 2013, deux chercheurs du CNRS, Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, proposaient la première étude du genre sur le phénomène, Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le problème musulman (La Découverte). « L’enjeu à venir ne se situe plus dans la légitimité de l’usage de la notion d’islamophobie », écrivaient-ils, « mais plutôt dans la nécessité de la définir précisément, malgré ses imperfections, afin de limiter les risques d’instrumentalisation ». 

 Le débat est pourtant loin d’être clos sur le caractère opératoire du concept. En 2013, Alain Finkielkraut, appelé comme témoin au procès Bensoussan, regrettait qu’ « avec le concept d’islamophobie, l’interrogation sur le rôle de l’islam dans les violences commises au nom de l’islam [soit] remplacée par la solennelle dénonciation des amalgames. Ce concept frappe également d’opprobre la soumission de l’islam aux lois de la République ».

Jacques Tarnero refuse pour sa part d’envisager la résurgence d’un « délit de blasphème » en France. « On a le droit de critiquer un discours idéologique comme celui porté par une religion comme l’islam », souligne-t-il. « Le délit d’islamophobie est un non-sens quand on l’assimile à du racisme, les musulmans ne constituant pas une catégorie ethnique. »

 « Aujourd'hui, l'islamophobie est en quelque sorte un couronnement de tous les racismes antérieurs qui trouveront leur aboutissement dans cette cause » fustige-t-il. « De la même façon que le Coran se veut la synthèse du judaïsme et du christianisme, puisqu'il est la dernière Révélation, l'islamophobie se voudrait la synthèse de tous les racismes antérieurs ». « C’est un discours, notamment tenu par les Indigènes de la Républiques, qui réassignent les mots du racisme dans un projet supposé antiraciste » abonde Jacques Tarnero. « Les juifs sont les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe » défendait en 2015 la porte-parole du mouvement, l’antisioniste Houria Bouteldja, auteur depuis d’un essai aux relents racistes, « Les Blancs, les Juifs et Nous » (La Fabrique éditions). Alain Finkielkraut, toujours. « Au nom de la lutte contre l’islamophobie, on sous-estime systématiquement la haine dont les Juifs et la France font l’objet dans toujours plus de territoires de la République ». 

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