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18 Décembre 2017 | 30, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique France/Politique

Affaire Bensoussan: la Licra et SOS Racisme se sont-ils trompés de combat ?

Fallait-il aller s’asseoir sur le banc des parties civiles aux côtés du CCIF ? Devaient-elles s’impliquer dans ce procès, à l’issue duquel l’historien a été relaxé ? Oui, absolument, réaffirment les deux associations.

Quelques jours après la relaxe de l’historien Georges Bensoussan prononcée (le 7 mars) par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, nous avons demandé aux associations Licra et à SOS racisme si, finalement, elles ne regrettaient pas leur présence parmi les parties civiles et, de fait, de s’être retrouvées aux côtés du controversé CCIF, le Collectif contre l’Islamophobie en France. Absolument pas répondent-elles. Mieux, « si le parquet décide de faire appel [il peut le faire dans les dix jours qui suivent la relaxe prononcée en première instance ndlr], nous y serons à nouveau », annonce déjà le président de SOS Racisme Dominique Sopo.
Et ce dernier d’expliquer : « Lorsque l’on est un intellectuel tel que Georges Bensoussan, un homme qui maîtrise la langue et ses concepts, on a une responsabilité sur sa parole. De multiples démarches avaient auparavant été initiées pour lui demander de revenir sur ses propos. Or, il a préféré se draper dans un orgueil mal placé. Ainsi, cet historien s’est, par ses mots, abaissé à l’essentialisation d’une population, c’est-à-dire dans un mouvement de généralisation négative de groupes humains. Il est en effet grave de dire que « dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère », et en faire ainsi une généralisation dont on ne pourrait pas s’extraire. Cette généralisation donne en outre l’impression d’être dans un enfermement. Cela envoie le signal d’une impossibilité de dialogue ».
Pour l’avocate Sabrina Goldman, présidente de la commission juridique de la Licra et qui représentait l’association à l’audience contre Georges Bensoussan, « il fallait justement être présent à ce procès pour opposer une autre voix que celle du CCIF ». « Nous sommes en désaccord avec la défense opposée par le CCIF. Je l’ai d’ailleurs dénoncée dans ma plaidoirie », poursuit l’avocate.
 Dans sa lettre publiée sur Causeur.fr le 3 février dernier et visant à expliquer pourquoi la Licra était présente dans le procès contre Georges Bensoussan, Alain Jakubowicz, le président, rappelle en effet que Me Goldman « n’a évidemment pas manqué de faire observer que le CCIF avait dévoilé son vrai visage, celui d’une association baignant dans le déni effroyable de l’antisémitisme, à l’instar de cette sociologue, qu’il a fait citer à la barre, et qui a expliqué que la haine des juifs qui sévit dans certains quartiers relevait du simple ‘ressentiment’ ».
De plus, le fait que ledit CCIF soit partie civile dans un procès ne représente pas pour la Licra une cause de non-intervention. « Nous étions également assis à ses côtés dans le procès contre Marine Le Pen (qui avait comparé les prières de rue à l’occupation ndlr) ».
Si Alain Finkielkraut a décidé de démissionner du comité d’honneur de la Licra au lendemain du procès de Georges Bensoussan, aucun des membres du bureau exécutif (plus d’une vingtaine) ne lui a emboîté le pas. Pour autant, la décision de se porter partie civile dans ce procès a provoqué des remous en interne. « Il y a eu beaucoup d’échanges. Nous n’étions pas tous du même avis et nous avons aussi reçu un grand nombre de réactions de militants », confirme Sabrina Goldman. Pour laquelle, cette controverse prouve aussi le « pluralisme des idées », qui règne au sein de la Ligue.

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